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Kb.- La grande migration Aowin ; les chefferies et royaumes
créés par ses populations
Kb1- Le royaume anyi sanvi
1 – Peuplements, conquêtes et formation
du royaume sanvi
Dès le début de la guerre en 1715 entre l’Aowin et l’Asante, le roi
Ano Asema chargera son chef de l’avant-garde Amalaman Ano de
trouver une zone de repli si d’aventure une défaite survenait. Cependant
les Aowin résisteront bien et une trêve sera conclue entre les belligérants
en 1716. Mais Amalaman Ano et ses hommes particulièrement son
neveu Aka Esoïn (Aka Siman Adu Kpanyi/Aka Sima Adu I) mèneront à
bien cette mission. Ils envahiront la région à l’Ouest de l’Aowin, usant
de force, d’alliance et créant des établissements. Les groupes fondateurs
du Sanvi qui sont arrivés de l’Aowin étaient très composites. Le noyau
dirigeant, les Brafè1, étaient sous le commandement direct d’Amalaman
Ano et de son neveu Aka Esoïn. Les deux hommes étaient membres d’un
lignage de clan ôyôkô (en Anyi, l’on dit ôyôkôfoè), et avaient plusieurs
chefs guerriers à la fois leaders d’exode qui les accompagnaient.
Nous ne reviendrons pas sur les origines lointaines des Brafè, car
elles sont aussi celles des fondateurs de l’Aowin. Cependant nous
rappelons brièvement que les étapes de leurs déplacements ont été
successivement Sessiman dans le Bono, les rives ouest de l’Ofin, les
terres Amanfi, la traditon orale indique à ce propos qu’Amalaman Ano a
vécu à Asankra Bramanye, et Nguanda Eya (Nkwanta Eya) en Aowin.
Amanlampe aurait été un village en Aowin où les Brafè auraient vécu. Et
1 - Nous pensons que le nom Brafè est une prononciation en Anyi du mot qui se dit Brafo en Twi. Il
s’agit d’un titre donné aux guerriers très proches du roi qui exécutaient les hautes oeuvres comme
les exécutions capitales.
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là serait restée définitivement la princesse Ago Dihiè une nièce
d’Amalaman Ano1. Les Brafè en préparant une zone de repli pour les
autres Aowin, ont vu passer sur leur territoire dès 1721 (date de la
défaite Aowin face à l’Asante) tous les groupes constitutifs du Moronou.
Les fondateurs d’Assuba, d’Akelesi (Akresi) et d’Ayebo sont des
Alangoua. Dans le Sanvi, le groupe Alangoua est aussi perçu à juste titre
d’ailleurs comme un Afilié, c’est-à-dire un matriclan2. Les Alangoua du
Bono appelé là-bas Adakwa, sont justement des Ôyôkô. Messou Panyi3
l’ancêtre des fondateurs d’Assuba, un Ôyôkôfoè (un membre du clan
ôyôkô) était le chef guerrier au service d’Amalaman Ano qui dirigeait
l’avant-garde. Les troupes de l’avant-garde sont passées par Kotoka. La
troupe des futurs fondateurs d’Akelesi et Ayebo, était dirigée par Bosson
Akindèlè dont le successeur immédiat sera Nogbou Dihiè. Les groupes
de l’avant-garde feront la guerre aux Agua d’Alièkulo. Ces derniers sont
des Akan lagunaires qui vivaient dans la région, avant l’arrivée des Anyi
Sanvi. Leur langue avait des similitudes avec celle de leurs voisins
Mekyibo qui les appelaient Mokyiobo. Aussi avons-nous décidé
d’appeler de ce nom ces Agua que l’on retrouve à Eboèsso (Aboisso),
Ebakulo, et Dubi. D’ailleurs un parler intermédiaire était utilisé entre
Mokyiobo et Mekyibo quand ils se rencontraient, entre autre pour
échanger. Le nom Agua que les Anyi ont donné aux Mokyiobo, est un
terme générique qui signifie simplement ceux qui étaient là, déjà
installés.
Le groupe de l’avant-garde vivra un moment à Alièkulo, pour
s’assurer de la docilité des Mokyiobo de cette localité. La tradition se
souvient que c’est la reine-mère d’Alièkulo (village anciennement
1 - DIABATE (H.), Op. cit., Thèse d’Etat, vol. IV. Enquête à Adaou, 11 août 1976, p. 369, 370.
2 - Connais-tu mon beau pays ? Assuba, les notables, mardi 5 février 1985.
3 - Messou Panyi se nomme aussi Messou Ayemu.
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nommé Ekubebo) appelée Ekola mais surnommée Mamponi (la mère des
enfants) par les Mekyibo à cause de la grande affection qu’elle avait
pour les enfants, qui refusa dans un premier temps la soumission.
Obligeant son frère Dadiè Piti, à résister en vain aux envahisseurs1. Les
Mokyiobo de Dubi peu avant ceux d’Alièkulo subiront un sort identique,
attaqués par les Anyi Sanvi de l’aile droite (Fama) dirigés par les Djandji
fondateurs d’Ayame. Les Mokyiobo de Dubi vivaient alors à Kôkôla
Namue. Leur village sera attaqué et détruit par surprise. Tchoumou s’en
ira dans la région de Grand-Lahou (pays Avikam) avec une partie de la
population. Certains originaires de Kôkôla Namue trouvent refuge à
Eboèsso, Alièkulo et Ebakulo2. Les Mokyiobo qui restent dans la zone
s’installent à Anweanu, puis Dubi Kufuenso et enfin sur le site de
l’actuel Dubi3. Lactuel Dubi a été créé sous la direction d’Assuan Kwao.
Auprès des Mokyiobo dont le siège est le Kôkôla bia (siège de Kôkôla)
et le Kpanyi Molo bia (siège de Kpanyi Molo, un notable du chef
Tchoumou au moment de l’invasion anyi), les autres sièges, ceux de
Taaku (Tano Kaku), de Busu Kpanyi, Atia Busu et Yao Amondji sont
d’origine anyi4.
Informés du sort des Mokyiobo de Dubi, ceux d’Ebakulo et
d’Eboèsso5 informent les Anyi de leur bonne disposition à coopérer et à
accepter l’autorité d’Amalaman Ano. Le chef des Mokyiobo d’Eboèsso
était alors Anuman Takpam, et celui de Bokakôkôlè d’où Ebakulo a été
créé était Manuan Kanza. Les Djandji tout comme les Alangoua
fondateurs d’Assuba séjourneront à Aka Ngolan avant de s’établir à
1 - DIABATE (H.), vol. IV. Enquête à Ebakulo. Mai 1977, p. 496. Une autre version indique
qu’Alièkulo s’appelait Ehulobo et que ses chefs au moment de la venue des Anyi étaient Djandji
puis Kolobu. Voir H. Diabaté, vol. IV, p. 556, 557.
2 - Idem, p. 579, 582, 583.
3 - Patrimoine, Dubi, 18-09-1995, Radio-C.I, informateur Manouan Assouan.
4 - DIABATE (H.), vol. IV, p. 575, 576. 2 février 1973, informateurs Kasi Aka, Kaku Mannuan.
5 - Une tradition indique qu’Eboèsso a été créé par Anjui Ebua, un betini (éotilé), voir Idem ibid,
p. 492 et suivantes.
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Djandji Bokaso. Les Djandji indiquent que leurs lointains ancêtres ont
vécu dans le Denkyira avant de lier leur avenir à celui des Aowin. L’un
de leurs anciens chefs était Asamoa Brafo, mais au moment de leur
arrivée dans le pays qui deviendra le Sanvi, leur chef se nommait Aka
Blemgbi. Leur lignage dirigeant était de clan ôyôkô, secondé par un
lignage de clan Asangulo (ce clan se dit Azanwule chez les Nzema et
Asôkôre chez les locuteurs du Twi). Des Ahua créeront Biaka et par la
suite, assureront la régence en lieu et place des Asangulo après le décès
du chef des Djandji1. Enô Kasi un chef guerrier au service des Djandji,
créera Sanhounkulo2. Les habitants d’Abèkro clament encore l’origine
denkyira de leurs ancêtres3. Ils relèvent de la zone Djandji.
Les Anyi Sanvi occuperont la zone de Ntafun en attaquant et en
expulsant les Abouré Ehivè qui y vivaient. Ils font de même avec les
Abouré Ehè qui vivaient dans la zone d’Enohoan. Ils intégreront à leurs
différents lignages, les prisonniers de guerre qu’ils feront après les
guerres de Ntafun et d’Enohoan. Nous pensons que les Mètèfoè,
Ebeyifoè et Elubufoè font partie des groupes vaincus à la guerre
d’Enohoan mais qui se sont intégrés au Sanvi, en gardant l’existence en
tant que tel de leurs matriclans respectifs4. Les Mètèfoè et Ebeyifoè sont
d’ascendance Mekyibo (Eotilé) mais vivaient dans la zone d’Enohoan,
cependant que les Elubufoè sont d’ascendance Abouré Ehè. La zone
d’Enohoan était appelée Elubôbô et c’est de ce nom que les Elubufoè
tirent leur nom.
1 - DIABATE (H.), vol. IV, p. 293.
2 - Idem, p. 453.
3 - Co 879/37, n° 15, Palaver, n° 17, Yaou, Dadiasu Aowin, march 11, 1892.
4 - Les Elubufoè vivaient à Elubôbô une région dans la zone d’Enohoan. Les Ebeyifoè vivaient à
Ebeyi. La localité d’Ebeyi ou Egbeyi se trouve encore en zone Mekyibo (Eotilé). De même les
Mètèfoè doivent avoir une ascendance éotilé ou mekyibo. En effet Mètè est une autre forme
prononcée de Méti ou Mekyi, le nom des Eotilé.
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Les Sanvi en arrivant, trouveront des groupes déjà installés mais
qui étaient des locuteurs de la langue Anyi. Ce sont les groupes que notre
savante devancière, Henriette Diabaté a appelé les Agua Anyi (Agua
Agni). Il s’agit des groupes fondateurs des villages de Siman, Kofikulo
et Kotoka. Les originaires de Siman forment un Afilié (matriclan) appelé
Simanfoè. Ils vivaient dans la grande forêt de Siman, où viendront les
trouver les Brafè d’Amalaman Ano. C’est d’ailleurs à Siman
qu’Amalaman Ano est décédé et a été inhumé. Aussi, la forêt de Siman
est devenue un lieu sacré d’une haute importance pour les Sanvi. D’où
viennent les Simanfoè ? Nous affirmons qu’ils sont d’origine Sohiè. En
effet, tout comme les Sohié d’Asra Manza en Aowin, ils
confectionnaient des statuettes en terre cuite et c’est auprès d’eux que les
Sanvi Brafè ont appris cette façon particulière de rendre culte aux
ancêtres1. Les Simanfoè sont donc le groupuscule de Sohie qui a quitté
Asra Manza à l’approche d’Ano Asema et de ses hommes.
Kofikulo était un tout petit village peuplé exclusivement par un
lignage de clan Ahua, son chef se nommait Sumbo Aka au moment de la
venue des Sanvi, et recevra pacifiquement ces derniers2. Nous pensons
que les gens de Kofikulo dont le nom fort est Bulukudumfoè, étaient des
Aowin du groupe Ahua en quête d’un lieu pacifique. Ils s’éloigneront de
leurs anciens compagnons dès 1690 au moment où le regroupement se
faisait à Nguanda Eya, pour s’aventurer vers l’Ouest. 25 ans plus tard,
soit en 1715, ils sont retrouvés par leurs anciens compagnons qu’ils
avaient perdus de vue. Un lignage de clan Alangoua relevant du groupe
Brafè par la suite, viendra s’installer à Kofikulo. Les fondateurs de
Kotoka sont aussi des anciens Aowin, qui assez tôt se sont éloignés des
1 - Dans le Sanvi, ces statuettes funéraires en terre cuite sont appelées Ma, et le sanctuaire où elles
sont conservées Maso.
2 - DIABATE (H.), vol. IV, Koffikulo, 15 juillet 1974. Les notables, p. 589, 591.
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membres de leur groupe demeurés à Sawuanu en Ebrossa. Ils
entretenaient avec ces derniers même avant l’arrivée des Sanvi des liens
étroits1.
C’est à la suite d’une épidémie que sous la conduite de Ndoli Ano,
ils ont abandonné Kutaso leur village en aowin, sur les rives du Boïn
(Buein/Bouègne) pour s’établir à Kotoka où ils prennent le nom fort de
Nandjumansu. Les gens de Kotoka sont sans doute des Aowin du groupe
Sawua, d’où le nom Sawuanu que leurs frères demeurés en Ebrossa
donneront à leur établissement. Ndoli Ano et son porte-canne Kwao
Bulu recevront fraternellement les Brafè. Leur village était bâti près du
grand arbre babema. Les Brafè appelleront cet arbre Abesidua de même
que le site. Ensemble, les deux peuples exécuteront le Fokue la danse
guerrière, et les populations d’Abesidua serviront de guides aux Brafè2.
Le nom Abesidua donné au site, prouve que de nombreux Brafè
bien que parlant l’Anyi, parlaient aussi twi, appelé Aha dans la tradition
orale sanvi. Les Assomolo d’Adjuan nous l’avons indiqué ont vécu à
Bawia en pays Nzema et sont arrivés dans le Sanvi pendant le règne du
roi Amon Ndufu Kpanyi. Ils étaient guidés par Agyili Kpanyi, Mgban
Aku et Belewue Kan (Kandamgbô). Les Ngolo Ngolo Asafo de la
migration Brafè vivaient dans les environs d’Adjuan au moment de
l’arrivée des Assomolo. Des groupes compagnons des Assomolo et
guidés par Asomu s’installeront à Abi, mais le site était déjà occupé par
des Mekyibo du matriclan Bossemalan. Ce matriclan détient toujours la
chefferie d’Abi. Les Bossemalan descendent de l’ancêtre Ayu Atèbè le
commandant en chef des guerriers Mekyibo au service du lignage royal
1 - DIABATE (H.), vol. IV, Koffikulo, 15 juillet 1974. Les notables, p. 594, 595, 596.
2 - Patrimoine, 04-09-1995, Kotoka, Radio-C.I, informateur, le chef du village Guan Kouamé. A
l’époque coloniale, le village d’Abesidua sera appelé Kotoka (payer sa dette) à cause de l’impôt de
capitation.
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Boïnè. Nous reviendrons sur les Bossemalan. Les Anyi Sanvi un peu
après la première moitié au 18è siècle, soumettront les Mekyibo comme
ils le feront dès 1725 avec les Essuma d’Assinie.
En février 1725, le capitaine hollandais Steenhart arrive en face
d’Assinie. Il écrit alors ‘’j’ai été à terre , Acca caboceer d’Aguwyn
accompagné du caboceer Abo de Fousa et de Supi le cousin de Dambo
se trouve ici à la tête de 14.000 hommes pour s’emparer d’Assinie’’1. Il
est fait état ici du projet d’Aka Esoïn (Acca) d’occuper Assinie. Le
document poursuit en indiquant que les caboceers Acca, Ewabo, Dambo
et Sobin se sont déjà établis sur la rivière (entendre la lagune Aby) et
tous les jours l’on voit arriver plus de 50 ou 60 déserteurs en provenance
d’Assinie. Dans 5 ou 6 jours, ils livreront bataille. Les Assiniens ont
2000 hommes alors que les dits caboceers en ont plus de 14.0002. Cette
démonstration de force suffira à convaincre aka Sane (Akasini) le roi des
Essuma (Eseni) de négocier avec Aka Esoïn la soumission de son
peuple.
Amalaman Ano n’a pas vécu trop longtemps après l’exode, il est
décédé autour de 1720 et son neveu Aka Esoïn qui régnera sous le nom
d’Aka Siman Adu Kpanyi sera le véritable initiateur de la conquête de la
zone d’Assinie, avec l’entrée des Essuma dans l’Etat sanvi. C’est
pendant le règne d’Amon Ndufu Kpanyi le successeur d’Aka Siman Adu
Kpanyi, que les Mekyibo peuple akan lagunaire qui vivaient sur les îles
(ces îles sont appelées îles Eotilé à présent) du complexe lagunaire Aby-
Tendo-Ehy, seront conquis autour de 1752-1754. Le dernier peuple à
s’être intégré dans l’Etat sanvi est le peuple Suamara de Dadièso. Il est
1 - Furley collection cahier n° 42, lettre de Steenhart Assinie, 20 février 1725. Journal du DG
Valckenier inscription du 3 mars 1725.
2 - Idem.
Le terme caboceer signifie chef.
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arrivé pendant la première moitié du 19è siècle pendant le règne du roi
Atokpola. Les Suamara créeront des villages comme Kètèso, Yaou et
Bianoan sur des terres appartenant au clan des Kwanzambo, un clan
originaire d’Angye en Aowin1. Kuma Tano (Kuma Kpanyi) ira faire
serment d’allégeance devant le roi Atokpola accompagné du chef
d’Ayamé, au nom de tous les Suamara. Pour resserrer les liens avec les
Suamara, Bulu Dihiè le chef d’Ayamé épousa Ekoa la reine-mère de
Yaou2.
2 – La diffusion des hommes et l’organisation du royaume
Comme nous l’avons indiqué, les Brafè se sont d’abord regroupés
à Siman, dans la grande forêt de Siman. C’est une épidémie qui les
obligera à partir de là pour créer Klendjabo entre 1720 et 1725.
Klendjabo demeuré pour toujours la capitale du royaume a été l’oeuvre
d’Aka Siman3 Adu Kpanyi. Ce dernier nous l’affirmons, sera le véritable
bâtisseur du royaume Sanvi. On lui doit aussi le nom Sanvi4, terme qui
trouve son explication en Twi. En effet Sanvi se compose de deux mots,
Sa (guerriers) et nvi ou Nfi (au milieu). Sanvi veut donc dire au centre
des guerriers, au milieu des guerriers. Klendjabo comme l’on peut le
remarquer, résidence du roi et du siège royal se trouve au centre des
différentes divisions militaires du royaume. Pour donner des assises à
son royaume, Aka Esoïn (Aka Siman Adu Kpanyi) consacre un siège (un
sièg noir comme cela s’appelle) à la mémoire d’Amalaman Ano son
oncle. C’est ainsi que le grand siège du Sanvi, est appelé le siège
d’Amalaman Ano (Amalaman Ano bia).
1 - DIABATE (H.), Op. cit., vol. IV, o. 394.
2 - Idem, p. 279.
3 - Le nom Siman est nouveau, car il n’a jamais été auparavant un nom de personne, c’est le nom d’un
cours d’eau qui coule dans la forêt de Siman, dans le lit duquel a été inhumé Amalaman Ano.
DIABATE (H.), Vol. IV, p. 513.
4 - Idem, p. 442.
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C’est réellement après la création de Klendjabo où il y aura un
second rassemblement, que se fera la diffusion des hommes pour
occuper l’espace conquis. Esan Kan un membre du lignage royal partira
de Klendjabo pour fonder le village d’Ehian (Ehian-aa)1. Alla Tano le
chef des Nzalafo (gardes du corps du roi) partira de Klendjabo pour créer
Ewèssèbo. Tchemele Kpanyi (Tiemele Kpanyi) un autre membre du
lignage royal créera Kwakulo autour duquel s'organiseront toutes les
chefferies de l’Afema. La chefferie de Kwakulo sera dotée d’un hamac
et d’un grand tambour appelé Bengame (l’on ne me touche pas). Le
grand tambour du Sanvi, à Klendjabo était simplement appelé Kenian
Kpli (grand tambour). Après l’Amalaman Ano bia (siège d’Amalaman
ano), c’était le deuxième grand attribut du pouvoir royal. Le troisième
attribut de ce pouvoir était le sabre Ehoto. Un autre sabre de moindre
importance, appelé simplement Kwè existait.
Les chefs de grande importance prétaient serment d’allégeance au
roi et au trône avec l’Ehoto tandis que ceux de moindre importance le
faisaient avec le Kwè. A partir du quartier Assakutua de Klendjabo se
créera le village d’Eboè, et à partir d’Eboè, Malan Amgbolofi un
membre de l’Afilié (matriclan) Asamangama créera Mafele (Mafere)2.
Cependant, la direction de Mafele par la seule volonté du roi Amon
Ndufu Kpanyi sera attrubuée à Nyakotosiman un membre du matriclan
Adahonle (Adahunlun/Odako) qui était fils de roi (Blemgbi ba) car, il
était le propre fils d’Aka Esoïn3.
1 - DIABATE (H.), Op. cit., Vol. IV, Enquête à Ehian-aa, 30 mai 1980, p. 534.
2 - Idem, p. 307.
Klendjabo signifie sous l’arbre Klendja. Un arbre de la famille des Burseracees, précisément le
pochylobus deliciosa.
3 - DIABATE (H.), Op. cit., Vol. IV, p. 307, vol. V, p. 186, 188.
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Les fondateurs de Bafia avec leur chef Adu feront partie des
troupes qui participeront à la destruction de Kokola Namue1, puis
s’installeront après Siman à Ewonzinkulo tout près de Klendjabo. Le roi
leur demandera de veiller à la docilité des gens de Kofikulo. C’est ainsi
qu’ils créent Bafia (ils sont cachés). Des guerriers du clan Dadefoè (l’on
retrouve ce groupe sous le nom Adade à Koyonou dans le Moronou,
précisément dans la zone de Ngatianou) partiront d’Ehwianu non loin de
Klendjabo pour aller assurer la défense de la chefferie de Kwakulo. Ils
créeront le village de Dadié Kpliso (sur le grand sabre). Au moment où
l’essaimage se faisait, des originaires du Wassa, du village d’Adukulo
d’où le nom Adukulofoè de leur matriclan, viendront dans le Sanvi à
l’époque du roi Amon Adufu Kpanyi pour créer Kodioakulo près de
Klendjabo2. L’important siège de chef guerrier du quartier de Yakasse à
Klendjabo, verra une moitié de son groupe créer le village de Sanwoma.
Le lignage dirigeant de ce siège était de clan Asangulo
(Azanwule/Asôkôre). Le premier occupant de ce siège sera Adingala
succédé par Jetuan qui lui, est contemporain du roi Amon Ndufu Kpanyi.
Sous la conduite d’Ehui Teka, des populations sont parties de
Klendjabo pour s’installer dans la zone Afema. Ehui Teka qui désirait ne
pas s’établir en un lieu trop peuplé appela son hameau ‘’Me gulo
Butule’’ (je n’aime pas les palabres). Akroma Essan un originaire de
Tolieso l’y rejoint. Informé des craintes d’Ehui Teka, il lui dit : ‘’Dieu
pourvoit à tout’’ (Nyamianlesa). Cette expression deviendra le nom du
village. Par la suite, Ebi Kofi est venu de Mouyassue avec les siens
s’installer à Nyamianlesa3. Mpossa, un autre village de l’Afema a été
fondé par des Brafé dont le leader était Ahui Saman. Au moment de la
1 - DIABATE (H.), Op. cit., Vol. IV, p. 500.
2 - Idem, vol. V, p. 233.
3 - Patrimoine, 04-09-1995, Nyamianlesa, Radio-C.I, sous-préfecture de Maféré.
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diffusion des hommes, le siège de ce groupe passe sous la direction de
dame Apegnan Asa. Son époux appelé Edja Aman trouvera le site sur
lequel sera érigé le village de Mpossa. Son désir de soutenir son épouse
était tel qu’il disait ‘’je marcherai pour que vous puissiez manger’’ (me
Kpossa ma emô di)1.
Diso dans l’Afema a été créé par Nana Kolodu et ses hommes à
partir de Klendjabo. Mokè et ses hommes venus d’Asenda en pays
Nzema aideront le peuple de Kolodu, à mener la guerre contre les
populations d’Enohoan. Quand Eba Kadjo héritera du siège de Kolodu,
Mokè s’installera avec son autorisation à Bamiango (ce Bamiango est
bien sûr différent de celui de l’Egwira). Bamiango prendra par la suite le
nom de Mouyassue car Mokè estimait que la rivière sur les rives de
laquelle lui et son peuple étaient installés, les aiderait à prospérer2. La
division militaire de l’Afema comptait principalement les villages
suivants : Kwakulo, Bafia, Kofikulo, Abulie, Kotoka, Dibi, Mafele,
Afienu, Mpossa, Nyamianlesa, Mouyassue, Tolièso, Dadièso, Mbasso et
Diso. Elle avait pour leader le chef de Kwakulo. Lui et le chef d’Ehian
étaient les grands chefs politiques parents du roi (Sanvi Blamgbi)3,
membres du matrilignage (malata) royal. L’Afema formait l’arrièregarde
du royaume.
Les Blemgbi (chef) de Kwakulo et d’Ehian étaient des chefs de
haut rang. Le chef militaire de l’avant-garde (Atimbuele) qui résidait à
Assuba, était directement responsable devant le roi. Le chef militaire de
l’aile droite (Fama) était responsable devant le chef de Kwakulo, et le
chef militaire de l’aile gauche (Bè) qui était aussi chef du quartier
1 - Patrimoine, 04-0901995, Mpossa, Radio-C.I, sous-préfecture de Maféré.
2 - Patrimoine, 28-08-1995, Radio-C.I, Mouyassue, Diso, sous-préfecture de Maféré.
3 - Josseline, Guyader ‘’une royauté agni à l’aube de la conquête coloniale : le pouvoir politique
dans la société Sanwi depuis 1843 jusqu’à 1893’’, Annales de l’Université d’Abidjan, 1979, série I,
tome VII, Histoire, pp. 29-114, p. 34.
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Yakasse à Klendjabo, était responsable devant le chef d’Ehian. Les chefs
des 3 grandes divisions militaires portent le titre de Sahina
(Sahena/Sahene), ou chefs de guerre. Quand le roi du Sanvi est intronisé,
le chef de la division militaire de Fama qui n’est autre que le chef
d’Ayame, des Djandji, tient la main droite du futur roi, celui de la
division militaire de Bè, lui tient la main gauche, le chef de la division
militaire de l’Atimbuele (avant-garde) lui tient la hanche, le chef
politique de l’Afema lui saisit le dos, et tous ensembles l’intronisent en
faisant 3 fois le geste de le faire asseoir sur le siège d’Amalaman Ano.
Après quelques années passées à Alièkulo à surveiller les
Mokyiobo de ce village, les groupes de l’avant-garde vont à Klendjabo,
précisément à Yakasse. De là, certains fondent Akelesi (Akresi).
D’autres en compagnie des futurs fondateurs d’Assuba font escale à
Akangolan puis Abanun. Ils se rendent à Amanlambo et de là, créent
Ayebo. Leur séparation d’avec ceux d’Assuba sera consécutive à
quelques mésententes. Les fondateurs d’Assuba et d’Abanun se rendront
à Kulofuanso puis créeront Assuba. Pendant le règne du roi Atokpola, au
cours de la première moitié du 19è siècle, des originaires du Bettie, tous
de clan Sohié (Asona) sous la conduite d’Amalaman Afulusu, viendront
s’établir auprès des Alangoua d’Assuba1. Le village d’Epienu près de
Klendjabo a été créé par Ekpônon Nda un neveu du chef d’Alièkulo
appelé Kolobu2 à l’époque du règne d’Amon Ndufu Kpanyi. Les
fondateurs d’Adawu exercent la fonction de bourreaux (Adumufoè). Ils
ont vécu à Abukaso et à Enyambo avant de créer Adawu. Les Djandji
d’Ayame ont séjourné à Tème près d’Assuba avant de créer leur chef-
1 - Connais-tu mon beau pays ? Assuba, mardi 5 février 1985, Radio-C.I.
DIABATE (H.), vol. IV, p. 95, 96, informateur Adueni Kablankan Lazare.
Ces Sohié venus du Bettié comptaient en leur sein des membres du lignage d’Ebiri Moro. Notons
que l’actuel canton d’Assuba est appelé Essandane. Or les Essandane sont une fraction du peuple
Alangoua. Dans le Moronou, l’on rencontre les Esandane à Kangandi près de Bongouanou.
2 - DIABATE (H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 563.
595
lieu, d’où ils surveillaient la partie septentrionale du pays jusqu’à
Songan1 qui marquait la limite avec le Bettié.
Amalaman Ano a été le précurseur du royaume entre 1715 et
1720. Jusqu’à sa mort, les Brafè restaient malgré la conquête sur les
Mokyiobo, confinés à la zone de Siman. Aka Esoïn (Aka Siman Adu
Kpanyi) sera le véritable fondateur du royaume Sanvi, entre 1720 et
17502 il met en place les bases de l’organsation du royaume et étend les
conquêtes dont l’une des plus importantes est l’intégration des Essuma
d’Assinie. La diffusion des hommes et l’essaimage qui commence
pendant son règne, connaît une grande ampleur pendant le règne de son
successeur Amon Ndufu Kpanyi qui va de 1750 à 17763. Le domaine de
l’Afema prend corps après la complète victoire sur les gens d’Enohoan et
d’Elubôbô.
3 – La défense du royaume et la politique expansionniste
du Sanvi
La tradition orale du Sanvi affirme que les guerres menées par les
ancêtres avaient pour but d’enrichir le pays d’hommes, de créer un Etat,
un royaume peuplé et puissant. Un texte tambouriné à ce propos dit :
‘’Abrouman Kadio, qu’avions-nous pour créer ce royaume ? Nous
avions des fusils’’4. Un effort était fait pour intégrer les groupes conquis,
souvent par le biais des alliances matrimoniales. Le roi Assemian Dihiè
est né d’un père essuma. Et pourtant pendant son règne, il ne tolérera pas
les insubordinations dont les Essuma se rendaient coupables. Il les
menaça d’une expédition punitive avant que tout n’entre dans l’ordre. Il
fera la guerre au roi Kissi des Abouré Ehivè, capturant de nombreux
1 - Songan est une rivière.
2 - L’on voit en 1725 Aka Esoïn en action, projetant de conquérir Assinie.
3 - Un document hollandais parle du roi Amon Ndufu Kpanyi comme le signataire d’un traité en avril
1762 avec Pieter Erasmi un responsable dela compagnie hollandaise. Voir wic 928, 29 avril 1762.
4 - NIANGORAN-BOUAH (G.), Op. cit., Thèse d’Etat, tome II, p. 196.
596
hommes et femmes installés à Klendjabo, pour aider à la croissance
démographique du royaume. Malgré ses efforts, il ne parviendra pas à
soumettre les Abouré.
Mais l’état de guerre permanent contre les Abouré, explique la
position géographique des divisions de l’avant-garde à savoir Assuba et
Ayebo. Le refuge de nombreux Mekyibo à Nzulezo, provoquera le
mécontentement d’Amon Ndufu Kpanyi à l’endroit d’amihyia Angola le
roi nzema. Cette question sera à l’origine des brefs affrontements entre
les deux royaumes en 1762. C’est pour avoir un soutien logistique que le
roi sanvi conclura l’alliance avec les Hollandais. D’après Henri Mouezy,
Awazi Panyi le roi d’Ebrossa en aurait été témoin1. C’est à bras ouvert
par contre qu’Amon Ndufu Kpanyi accueillera les Mekyibo qui
décidèrent de rentrer. Un serment le liera aux Mekyibo représentés pour
la circonstance par Eloa Ndjomu. Les Mekyibo après le serment
d’allégeance au siège d’Amalaman Ano sur ordre d’Amon Ndufu
Kpanyi, s’installent à l’embouchure de la Bia, précisément à Bianu2. Ils
se voient confier la tâche de défendre toute la zone lagunaire du royaume
et sont placés dans la division militaire de Bè (aile gauche). A cause de
cette tâche, les Mekyibo seront les héros de la bataille d’Abongo contre
les Nzema. Ils feront échouer les attaques menées sur ordre du roi Kaku
Aka à partir de la lagune.
La tradition orale raconte que le roi Amon Ndufu Kpanyi aimait
donner en mariage aux nobles Mekyibo des femmes sanvi, afin
d’intégrer par cette politique ce peuple conquis à son Etat. Il y
parviendra plus ou moins, car les Mekyibo abandonneront
progressivement leur langue (leur langue est le betine) pour parler l’anyi.
1 - MOUEZY (Henri), Assinie et le royaume de Krindjabo. Histoire et coutumes, Larose, Paris, 1953,
255 p., p. 51, 52.
2- L’endroit est appelé Eyendo par les Mekyibo.
597
Cependant pour briser toute volonté de revanche chez les Mekyibo,
Amon Ndufu Kpanyi prendra la précaution de retenir comme otages à
Klendjabo des femmes de la noblesse Mekyibo1.
H. Diabaté a vu juste en affirmant que l’influence asante ne
touchera pas le Sanvi, parce que, les Asante incluaient le Sanvi dans le
complexe Aowin2. Il n’est cependant pas exclu qu’au début de la défaite
de 1721, les Sanvi par esprit de solidarité aideront leurs frères de
l’Ebrossa à s’acquitter du tribut exigé par les vainqueurs asante. Au
demeurant, c’est vainement qu’Aka Esoïn demandera à son suzerain Ano
Asema de venir régner sur le pays qu’il venait de conquérir3. C’est bien
plus tard pendant le règne du roi Amon Ndufu Kutua, quand éclatera la
guerre civile à Nzema et qu’en 1870 Koasi Ama Ekyi sollicitera l’aide
militaire du roi Kofi Kari Kari, que l’Asante s’apercevra que le Sanvi
était un royaume distinct de l’Ebrossa. Le roi asante enverra des
messagers demander à Amon Ndufu Kutua de ne pas extrader Koasi
Ama Ekyi comme le demandait Avo. Amon Ndufu Kutua fera montre
d’un grand esprit d’indépendance à l’endroit des émissaires de Kumase.
De là est né un dicton célèbre dans le Sanvi. Il se dit ‘’même devant la
face du roi Kari Kari l’on s’exprime’’ (Blemgbi Kali kali bôbô bê Kan y
nyulu djôlè). Il ne permettra jamais aux marchands asante et étrangers de
commercer directement à Assinie. Atokpola Kasi héritera d’Assemian
Dihiè vers 18274. Son père était un betini (membre de l’ethnie mekyibo).
Quand il cédera le pouvoir à son neveu Amon Ndufu Kutua en 1844,
épuisé par les nombreuses guerres, c’est à Eyô, près de Bianu, donc de
ses parents paternels qu’il se retira5. Le règne d’Atokpola sera marqué
1 - ALLOU (R. K.), Thèse de 3° cycle, Op. cit., p. 432. Informateur Kofi Alexandre, Adiaké, 16 août
1987. D’ailleurs des Boinè (matriclan royal des Mekyibo) sont demeurés à Klendjabo.
2 - DIABATE (H.), vol. II, p. 975, 98 p.
3 - Idem, vol. II, p. 712.
4 - Tauxier situe le décès d’Assemian Dihiè vers 1823, Tauxier, op. cit., p. 158.
5 - DIABATE (H.), vol. V, p. 343, vol. I, p. 541, vol. IV, p. 325.
598
par de nombreuses guerres. Il sera surnommé ‘’Atokpola qui aime la
guerre’’ (Atokpola mo kulo koan). Sa politique sera conforme au projet
politique qui a présidé à la naissance du Sanvi. En effet un proverbe
sanvi dit : ‘’La guerre enrichie, elle est une bonne chose’’1. A son
époque, le Sanvi aura à faire face aux agressions militaires du roi nzema
Kaku Aka2. Anvo Ngueta un héritier direct au siège d’Ehian avec le
soutien militaire de Kaku Aka, caressait le désir de monter sur le trône
du Sanvi. Il y avait droit, car membre du matrilignage royal. Les Sanvi
parviendront à briser les projets expansionnistes du Nzema. Pour avoir
mis en péril l’indépendance du royaume, la branche du lignage royal
d'Ehian sera écartée de la succession3 et l’importance de son siège
retrogradé. Ses attributs politiques et administratifs lui seront retirés4.
Atokpola lancera des expéditions contre les Abouré de Bonua,
contre les Gua (Mgbato) et les akyé qui vivaient sur les rives du comoé à
l’Ouest du Sanvi. Après les deux attaques couronnées de succès contre
les Gua, la troisième attaque tourne à l’avantage des Gua, et le roi
Atokpola est blessé5. Amgba Aku le chef d’Ayebo au cours d’une partie
de chasse, découvre des Akyé sur les rives du comoé6. Il informe
Atokpola qui aussitôt lui donne des hommes pour une expédition. Les
Akyé sont chassés de cette zone, et une colonie anyi sanvi crée les
villages de Kutukulo et Elosso7. Dans un premier temps ce sont des
originaires d’Ayebo qui s’y installeront, ensuite des originaires d’Abi et
aussi des originaires d’Alièkulo. Ces derniers sont arrivés dans cette
zone arrosée par le comoé, sous la conduite d’Amalamankan Kpanyi. Il
1 - GUYADER (Josseline), Op. cit., p. 35.
2 - Nous avons déjà parlé de ces guerres quand nous avons abordé l’histoire du Nzema.
3 - DIABATE (H.), vol. V, p. 562, 570.
4 - Idem, vol. I, p. 569, 570.
5 - DIABATE (H.), vol. IV, p. 223, 224.
6 - Idem, vol. IV, p. 385, 387 ; p. 255, 256 ; vol. V, p. 543.
7 - Connais-tu mon beau pays ? Assuba, 5 février 1995, Radio-C.I.
599
était un membre du lignage Mokyiobo détenteur du siège d’Alièkulo. Ils
s’installeront à Kutukulo. Les crues du fleuve, les amènent à s’installer
sur les rives du ruisseau malan malan, où ils créeront Malanmalanso (ce
village est ainsi connu sous le nom Aboisso-comoé)1.
Pendant le règne d’Amon Ndufu Kutua (1844-1888), entre 1844 et
1848, pour contrer les incursions de petites unités guerrières envoyées
par Kaku Aka qui sémaient l’insécurité sur la lagune ; des originaires
d’Abi et d’Adjuan créent le village de Mowa sur ordre du roi. Mowa sera
pour ainsi dire un poste de défense avancé face au royaume nzema.
Quand les Nzema Aduvolè demandent vers 1868-1870 l’autorisation de
s’installer sur la rive nord de la lagune Ehy, Amon Ndufu Kutua accepte,
car désormais ces derniers feraient écran entre son peuple et les Nzema
demeurés dans le pays nzema.
Kb2- Les anyi du Moronou
1 – Le peuplement, la diffusion des hommes et la guerre
perdue contre les Wawolé
Une partie importante de la population de l’Aowin ? s’installera
dans un nouvel espace autour du lac ou marigot Moro après la défaite de
1721. Cette population était composite. Le Pr. Simon Pierre Mbra
Ekanza écrira à juste titre à propos des Anyi (Agni), qu’ils sont des
débris de plusieurs peuples anciens rassemblés par la force des
circonstances2. Nous remarquons au demeurant que cette affirmation est
valable pour tous les peuples du monde Akan. Les différents groupes
1 - Patrimoine, Radio-C.I, lundi 27 mai 1996. Aboisso-comoé (Malan malanso), informateurs, le
chef Adu Kroba Ernest et Saye Etiabo Gnamien. Les Akyé chassés de la zone, s’installeront à
Nsengokon sur la rive ouest du comoé.
2 - MBRA EKANZA (S. P.), Mutations d’une société rurale. Les Agnis du Moronou 18° siècle – 1939, tome I,
Université d’Aix-en-Provence, UER d’Histoire, Aix-en-Provence, octobre 1983, 512 p., p. 52.
600
rassemblés autour du Moro, donneront le nom Moronou à leur habitat et
s’appelleront eux-mêmes Anyi Morofoè. (Anyi gens du Moro). Ils
avaient eu plusieurs leaders d’exode, conformément à leurs
composantes. Même au sein d’un même groupe, il y avait parfois
plusieurs leaders. Le rassemblement autour du Moro avec
l’aboutissement de l’exode, nous le plaçons au plus tard autour de 1725.
Le lac moro se trouve près de l’actuel village amantian d’Ehuikulo.
Le chef suprême des riverains du Moro était Dangui Panyi. En ce
personnage, l’on reconnaît le Dinckie des documents écrits, un propre
parent du roi Ano Asema. C’est lui, qui, au nom du roi recevra le corps
expéditionnaire asante venu demander asile après le sac d’Ahwene
Kôkô1. C’est aussi lui qui dirigera les troupes aowin lors des combats qui
se dérouleront contre les Asahié en 1716, au moment de la trêve avec les
troupes asante d’Amakwatia Panyi2. Dangui Panyi est présenté comme le
fils de dame Nyankabi Ahu que la tradition orale du Moronou présente
comme la soeur d’Ano Asema, quand celle de l’Ebrossa en fait sa mère.
Nous penchons pour la 2e version, pour dire que Dangui Panyi était le
frère d’Ano Asema. Il sera le premier et le dernier souverain du
Moronou.
Les migrants au cours de l’exode emprunteront plusieurs
itinéraires qu’il serait fastidieux d’énumérer, car il fallait se frayer un
chemin dans la grande forêt. Les Assiè, Asahié et les Wawolé Nzikpri
sont passés par Bosomoiso en terre asahié. Les Assiè et les Nzikpri
formaient au moment de l’exode un même peuple. A la fin de l’exode,
les Assiè se sont intégrés au peuple Anyi Morofoè, tandis que les Nzipri,
se sont intégrés au peuple wawolé. Nous reviendrons sur cette question
1 - DAAKU (K. Y.), ‘’A note ou the fall of Ahwene Koko….’’, Op. cit., p. 43.
2 - NBKG 82 Journal d’El Mina 27 janvier 1716.
601
quand nous aborderons l’histoire des Wawolé. Assiè et Nzikpri étaient
auparavant des Asante du quartier Premso de Kumase. Leur tradition dit
que leurs ancêtres ont émergé de la terre. D’où d’ailleurs le nom Assiè
(la terre) qu’ils portent. La tradition Assiè se contente de dire que leurs
ancêtres ont cheminé avec les Wawolé Nzikpri1, mais en réalité, ils
formaient alors un même peuple. Les Asahié s’étaient joints à eux à
partir de l’étape de Bosomoiso, un village de l’Asahié Wioso. Les Assiè
et Nzikpri faisaient partie des Asante qui s’étaient réfugiés en Aowin,
après les troubles dynastiques en Asante suite au décès d’Oséi Tutu. Le
leader de l’exode Assiè était Ano Koa Pokou.
Les Essandane que dirigeait Nana Sangban sont passés par
Gbogbo ou Gbogbobo (actuel Rubino) en pays Abè (il s’agit ici des Abè
qui sont des Akan lagunaires de la région d’Agboville). Sans doute les
Abè Morie (Mori-ru) qui sont d’origine Aowin, dont les ancêtres
parlaient l’Egbechi (anyi)2 ont été ses compagnons d’exode. Les Abè qui
ont offert à boire du vin de palme aux Anyi, sont les Abè autochtones qui
ont précédé les Morie-ru, notamment les Okudjele, Yavodjele etc. Il n’y
a donc pas contradiction3. La contradiction n’est qu’apparente quand les
traductions orales disent que des Abè ont été des compagnons d’exode
(les Morie-ru) et que des Abè ont reçu les Anyi et leur ont donné à boire
du vin de palme (les Abè autochtones, les Okudjele, Yavodjele), elles
parlent en fait de deux groupes d’Abè. Les compagnons d’exode des
Anyi ont été les Abè Morie-ru, ceux qui les ont reçus ont été les Abè
autochtones.
1 - ISHOLA (Bio Sawe), Etude socio-économique du Moronou : les villages Assiè à partir de la culture
du café et du cacao 1920-1957, Mémoire de maîtrise, Université Nationale de Côte d’Ivoire,
Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Département d’Histoire, Abidjan, 1982, 186 p., p. 175.
2 - L’Anyi se dit Egbechi en Abè.
3 - M’BRA EKANZA (S. P.), Thèse d’Etat, Op. cit., p. 131, 134.
602
Autour du Moro, les Anyi essaimeront en créant plusieurs villages
comme Kasiadagoabo, Elubo, Wawanu, Assalewanu, etc. Le processus
qui consiste à se regrouper puis à essaimer est courant dans l’histoire des
Akan. Chez les Akyé ce fut Uasafun, dans l’Ebrossa ce fut Nguanda Eya,
pour les Wawolé Assabou ce sera Niamonou, pour les Sanvi ce sera
Siman, pour les Anyi Djuablen ce sera Assikaso, lieux cités qui seront
tous autant des points de regroupements puis de diffusion des hommes.
Les Essandane sont une fraction du grand groupe Alangoua. Le
principal leader de l’exode des Alangoua du Moronou, sera Nana
Kplatou (Palatou) un neveu utérin de Nana Sangban le leader des
Essandane. Relevons comme indice important de ce lien entre Alangoua
et Essandane, que les Alangoua qui ont fondé Assuba dans le Sanvi
appellent leur canton Essandane. L’on trouve des Alangoua, dans
l’Alangoua à Awiawoso et Bebou, dans le Bas-Bandama à Binao. Les
Alangoua du Moronou qui ont créé le village de Boafokulo comme l’on
peut s’en rendre compte, ont donné à leur localité le nom de Boafo Nda
l’un des principaux leaders de l’exode des Alangoua. L’éponyme Boafo
Nda (Boafo Nta) est aussi un nom de règne qu’ont porté des rois
d’Ebrossa, comme Boafo Nta Ier pendant le règne de qui, des Anabula
seront massacrés pour avoir manifesté des velléités autonomistes1. Il n’y
a pas à proprement parlé eu de scission au sein des Alangoua. Depuis
l’Aowin les Alangoua étaient dirigés par plusieurs leaders. La
multiplicité des sites et des régions qu’ils peupleront, prouve qu’ils
étaient en nombre fort considérable. Il en est de même pour les Ahali et
les Ahua.
Les Ahali avaient aussi plusieurs leaders dont le plus connu de la
tradition est Boa Badjo. La tradition orale d’Arrah à juste titre, dit que ce
1 - Voir la partie sur l’Ebrossa, héritier de l’Etat aowin.
603
personnage était une reine des Ahali1. En effet le prénom Badjo est un
prénom porté par les femmes. D’autres Ahali qui eux s’intégreront aux
peuples Wawolé, créeront avec la reine Tano Adjo le royaume
Elomouen. Des Ahali créeront le village de Brobo en pays wawolé. Boa
Badjo s’installera à Adibrobo. Nana Bômoli Awodjô dirigeait la
communauté des Ahali de Kpagbabo (village présentement appelé
Menu)2. Le cas des Ahali intégrés à la fois au peuple anyi et au peuple
wawolé prouve que les deux peuples appartiennent au même exode, qui
s’est fait à partir de l’Aowin en 1721. Le village d’Agnoanfutu (ce terme
signifie sable mou) sera l’un des plus anciens villages Ahali créé près
des rives du Nzi3.
Les Ahali auront pour compagnons d’exode les Ahua. La tradition
des Ahua de Krébé (Krégbé) montre que leurs ancêtres ont vécu à
Tiassalé avec les Ahali, et que c’est la guerre entre Anyi et Wawolé qui
les a fait partir de là, notamment les attaques des guerriers de Boa
Badjo4. Une partie des Ahua s’intégrera au peuple wawolé en créant
Ahuaso sur les rives du Bandama dans la zone du Bas-Bandama. C’est
du même groupe Ahua que sont issus les Wawolé Nanafoè ou Ahuafoè,
qui, dans les mêmes circonstances quitteront Tiassalé pour s’installer
dans la région de Tiébissou (Tiewissou).
Adjoka Panyi un autre leader des Ahua verra ses sujets créer
Attienkulo dans le Moronou. Son frère Ano Koa Panyi créera Aniassue
1 - TRIAUD (J. C.), KODJO (G. Niamkey), MBRA EKANZA (S. P.), ‘’Notes sur Arrah’’, Annales de
l’Université d’Abidjan, série I Histoire, 1975, tome III, p. 151, note 1.
2 - KOFFI Kadja François, Funérailles et musique du Nnolo dans un village Ahali du Moronou (Côte
d’Ivoire), Université François Rablelais, UER des Sciences de l’Homme, mémoire
d’Ethnomusicologie, juin 1982, 136 p.
3 - Patrimoine, Radio-C.I., 16-12-1991, Tiémélékro Anyi Ahali, sous-préfecture de Tiémélékro,
Département de Bongouanou.
4 - Connais-tu mon beau pays ? Krébé, Radio-C.I., 29 juillet 1991.
604
en s’intégrant au royaume Ndenian1. Des Ahua se sont installés à Biaka
et Kofikulo dans le Sanvi. Le peuple Ahua tient son nom du symbole qui
caractérise son matriclan, à savoir le chien. Chez les locuteurs duTwi ce
matriclan est appelé Aduana. Un autre symbole de ce matriclan est le
feu. L’itinéraire des Ahua d’Aniassué passera par Konvi Andé et Afewa.
Les Ahua qui ont vécu dans le Bas-Bandaman ont passé le comoé par
Ahouamalan ou par Malanmanlanso.
Les Amantian étaient dirigés par la reine-mère Aku Assue et son
fils Kasi Anda fondateur du village Kasiandagoabo2 non loin du lac
Moro. Les Anyi Sawua disent avoir cheminé pendant l’exode avec la
reine Abraha Poku des Wawolé. Leur chef à eux Aka Boni après la
traversée du comoé, est retourné s’installer à Nzaranou dans le Ndenian3.
Un autre chef des Sawua appelé Asa Awoua poursuivra la conduite de
l’exode des Sawua. Une partie du peuple s’installera à Amgbomakulo,
village qui portera le nom de la reine-mère Amgboman soeur d’Asa
Awoua et mère d’Ebili Molo (celui là est différent du célèbre Ebiri
Moro) dont le nom sera attaché au principal siège des Sawua4.
Les groupes proches qui gravitaient dans le sillage de Dangui
Panyi, étaient multiples. Ces groupes avec les parents de Dangui Panyi
s’installeront dans le Ngatianou (une zone du Moronou). Il s’agit des
Adade, que l’on retrouve dans le Sanvi sous le nom de Dadefoè où ils
vivent à Dadièso (il s’agit du Dadièso du Sanvi et non du Suamara).
L’on a les Elusufoè ou Angaman des membres du lignage du célèbre
1 - ATTOUEMAN Kouamé Jean, Qui sont les Ahua d’Aniassue ? D’après les enquêtes menées dans
l’Ahua (région d’Abengourou) , Université de Côte d’Ivoire, Faculté des Lettres et Sciences
Humaines, Département d’Histoire 1983-1984, Mémoire de Licence, 60 p., p. 8, 9.
2 - KOUAME Aka, Origine et évolution du Ngatianu jusqu’à la colonisation, Université nationale de
Côte d’Ivoire, Faculté des Lettres, Mémoire de Maîtrise, octobre 1979, 163 p., p. 26.
3 - Patrimoine, Radio-C.I, Mbato, 26-12-1994, sous-préfecture de Mbato, Département de
Bongouanou, informateur Nana kouamé II (Kablan Nguetta Nicolas).
4 - Patrimoine, Radio-C.I, Mbato, 26-12-1994, sous-préfecture de Mbato, Département de
Bongouanou, informateur Nana Kouamé II (Kablan Nguetta Nicolas).
DIABATE (H.), Op. cit., Thèse d’Etat, vol. VI, p. 358 à 367.
605
Ebiri Moro (Abele Emolo), accompagnés toujours de leurs fidèles alliés,
les Affafié (Affafiè), et les Ehuakle1. Les Affafiè parlent des gens de
Boïnso en Ebrossa comme étant des leurs. Cette information montre
qu’ils sont les Wassa Fiase venus de Benso qui vont s’intégrer à l’Etat
aowin. Dans le sillage de Dangui Panyi, l’on avait les Agoubla qui se
réclament de l’ancêtre Ano Amalaman2. Nous sommes persuadés que les
Agoubla sont une fraction de la famille royale du Sanvi et qu’Ano
Amalaman n’est autre que l’Amalaman Ano dont le siège est le siège
royal du Sanvi. Les Asangulo du Moronou ne sont autre que les mêmes
Asangulo qui créeront le quartier Yakasse de Klendjabo. Enfin dans
l’entourage de Dangui Panyi, il y avait des Denkyira détenteur du siège
Kissi (Kissibia) et du siège Angamala (Angamala bia).
Après le regroupement autour du Moro et la création des premiers
villages que nous avons cité comme Kasiandagoabo, Wawanu,
Assalewanu, Alubo, Amgbomankulo, Adibrobo, l’essaimage connaît une
ampleur très grande. Certains Anyi passent le Nzi pour créer des villages
sur la rive ouest du fleuve, cela au moment où les Wawolé eux aussi
essaiment le long du même cours d’eau. C’est ce que feront notamment
des Alangoua, Ahali et Assiè. Dans la compétition pour occuper cet
espace, des affrontements se prouduisent. La découverte de l’or dans la
zone de Dimbokro (Djimbokro) envenime les relations entre Anyi et
Wawolé. Aux attaques lancées par Akatia guerrier au service de Boa
Badjo et par Tingbo le propre fils de Dangui Panyi, les Wawolé Nzikpri
et Agba répondent par des razzias. Et pourtant à la fin de l’exode, une
alliance conclue à Kondjèwoka (Kondjeboka) dans les savanes de
Toumodi se fera entre les deux peuples.
1 - KOUAME Aka, Op. cit., Mémoire de Maîtrise, p. 21.
2 - Idem, Résumé du mémoire de maîtrise, in Annales de l’Université d’Abidjan, 1980, série I,
Histoire, tome VIII, pp. 213-236, p. 218, 219.
606
Les Wawolé passent le Nzi en plusieurs endroits et lancent une
offensive de grande envergure1. Les Anyi sont mis en déroute. Dangui
Panyi, Tingbo, Boa Badjo sont tués, les Wawolé font de nombreux
captifs de guerre comme Koa Besuro Pli qui deviendra dit-on l’amant de
la reine des Wawolé Akua Boni. Le chef Nzikpri Kouamé Akafu fait
prisonnières de nombreuses femmes Anyi. Atiwa Taki un chef wawolé
Sono fera de nombreux captifs au sein des Alangoua, si bien que des
Alangoua forment l’un des groupes qui peupleront le pays Sono dans la
zone de Mbahiakro. Après la guerre, le Nzi marquera la limite définitive
entre wawolé et anyi morofoè. Les Anyi au plus fort des combats se
replieront vers le comoé, et dans la zone d’Aniassué.
Nous avons montré que l’exode anyi morofoè et wawolé assabou
est le même exode. Nous reviendrons sur la question quand nous
aborderons l’histoire des Wawolé. Nous avons vu que c’est la génération
de l’exode qui a fait cette guerre. Or l’exode a commencé en 1721
comme nous l’indiquions et a abouti vers 1725. Nous plaçons cette
guerre2 entre 1736 et 1740. Cette guerre marque aussi la fin du royaume
du Moronou comme entité unifiée avec le décès de Dangui Panyi.
2 – Les différents groupes du Moronou et leurs chefferies
Les Anyi Morofoè après des négociations avec la reine Akua Boni
reviennent repeupler leur pays3, en occupant les espaces par affinité de
groupe. Les Essandane s’installent dans la zone de Bongouanou en
faisant de Kangandi leur chef lieu. Les Amantian reviennent près du
Moro où ils font d’Ehuikulo leur capitale. Efi Epili successeur de Kasi
Anda, était leur chef au moment de la guerre contre les Wawolé.
1 - Etude régionale de Bouaké, op. cit., p. 34.
2 - Un document parle brièvement de cette guerre. Voir ANCI, DD 146 015, Hostains, Monographie du Nzi-comoé.
3 - La tradition indique que c’est Kamalan Bilé sui a mené les négociations avec les Wawolé.
607
Certains Anyi, comme ceux de Bonguanou sont restés sur place malgré
le conflit. Ils se donnent alors le nom Agua (ceux qui étaient là)1. Les
Alangoua se regroupent autour d’Assahara leur capitale. Les Assiè se
regroupent autour d’Assiè-Kumase. Ils créent d’autres villages comme
Assiè Kôkôrê chargé de protéger les limites des terres Assiè vis-à-vis des
Wawolé. Assiè Assaso (anciennement appelé Assiè Tafeso) défend
l’Assiè vis-à-vis des Essandane. L’occupation des terres même, entre
Anyi ne se faisait pas sans compétition avec parfois des escarmouches. A
côté d’Assiè-Kumase, sont créés Assiè Koyekulo d’Assiè Miankulo2.
Les Sawua créeront des villages comme Kouamekulo, Asôkulo,
Ehunukulo et Kadjokulo. Bien plus tard, les habitants de ces villages se
regrouperont à Mbato le chef lieu des Anyi Sawua3. Les Anyi Ahali
fondent les villages Kofikulo, Mènu et surtout Tiemelekulo créé au 19è
siècle par Aka Tiemele et qui deviendra le chef lieu des Ahali4. Ané
Panyi au début du 19è siècle est parti de Tiassalé pour créer Ané
Kulongalewa, simplement appelé Arrah5. Il créera son village dans un
espace Ahua. Les Agoubla créeront Nzanfoènu aussi sur des terres Ahua.
Les Ahua même créeront des villages comme Krébé avec Nana Anokoa
Akpahu6 et ses successeurs (Nana Moro et Nana Ehuman), Abongoua
(ce village est riverain du fleuve Agbo qui arrose la région d’Agboville.
La bonne écriture du nom de ce village est Agbongua Erobo, Brou
Attakulo etc. Naguère Ettienkulo était le chef lieu des Ahua lieu du siège
de Nana Adjoka Panyi. Relevons que dans l’Ahua, vit un clan, celui des
Wassabo qui est de matriclan Agona et est originaire des terres Amanfi
dans le Wassa. Les Denkyira du Moronou qui se sont surtout installés
1 - DIABATE (H.), Op. cit., Thèse d’Etat, vol. VI, Eyukulo (Ehuikulo), 1er octobre 1977, p. 362, 363.
2 - Bio Sawe ISHOLA, Op. cit., p. 176.
3 - Patrimoine, Radio-C.I, 26-12-1994, Mbato.
4 - Patrimoine, Radio-C.I, 17-01-1994, Tiemelekulo, sous-préfecture de Tiemelekulo.
5 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Arrah, 22-02-1988.
6 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Krébé, 29 juillet 1991.
608
dans le Ngatianou, vont créer des villages comme Kinimokulo, Kofikulo,
Nianda, Esoïnkulo, Andé, Egualènu etc.1 Dans le Ngatianou le lignage
Ehusua crée Ehuaoso, Mbaoussèso, et Nzuekokore2.
Les lignages Elusofoè, Ehuakle et Affafié s’installent à Akwe Fete
puis à Totobèbo et à Nglibo. Les Adade également dans le Ngatianou,
créent Koyonou et Fronobo3. Avec la guerre civile d’Adikulo dans
l’Ano, des Ngen conduits par Amon Tindin avec l’acceptation d’Aka
Kpoli le chef des Adade de Koyonou créent Nyakonkulo, Adjekulo,
Adakulo, Kplekulo (actuel ahongnanfoutou). Ces Ngen4 seront donc
installés sur la rive ouest du Nzi, en face des Wawolé Agba. Les héritiers
de Dangui Panyi s’installeront à Ndolikulo dans le Ngatianou. Ils
demeurent les détenteurs du grand siège Nanimbibia que l’on dit être le
siège du roi Ano Asema. En réalité il ne s’agit pas du siège d’Ano
Asema, mais du siège de Nana Ebi. Nanimbibia signifie simplement
Nana Ebibia (le siège de Nana Ebi). Ano Asema est le 2e successeur de
Nana Ebi après Amon Wanda Wanda. Ce siège ne peut être celui d’Ano
Asema pour la simple raison qu’au moment de l’exode, ce dernier vivait
encore. Or ce n’est qu’à la mort d’un roi, qu’un siège est incliné en son
nom, s’il en est jugé digne par les dignitaires. Le Nanimbibia qui dit-on
est conservé à Nguessankulo dans le Ngatianou est le plus ancien siège
de l’Aowin. Le siège d’Ano Asema est bel et bien en Ebrossa mais il est
moins ancien que celui de Nana Ebi.
Les héritiers de Dangui Panyi forment les lignages
Ahougnanbosofo dont une branche est celle des Tewabosofo. Les
1 - DIABATE (H.), Op. cit., vol. VI, p. 377.
2 - MBRA EKANZA (S. P.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 158.
3 - Idem, p. 155, 156.
4 - Au sein de ces Ngen l’on comptait des lignages comme les Gnambebosofo, Kpanyibosofo,
Ehumanbosofo et Dabobosofo, or le clan Dabo existe chez les Krobo d’Orès Krobo. Une autre
preuve à propos de notre thèse sur le peuplement Akpafu-Ga-Krobo-Adele Avatime. Notons que le
suffixe bosofo ou busuanfo signifie gens de la famille de.
609
Tewabosofo tiennent leur nom de Tewa Poku deuxième successeur de
Dangui Panyi après Aka Ohouo. Cependant après Dangui Panyi, il y aura
la régence de Tano Babaliba, et la régence d’Aka Ahi après le règne
d’Aka Ohouo. Les Asangulo avaient pour principal village dans le
Ngatianou, le village de Nguessankulo. L’un de leur chef appelé Asamoa
était un véritable despote. Il sera surnommé Benziakplowa (l’on ne
discute pas, l’on ne conteste pas). Le siège dirigeant des Adade de
Koyonou était le Kleklebia géré par le lignage Akohia1. Les Asahié se
sépareront des Assiè, pour fonder des villages comme Aferi,
Adjakadjokulo, Andé etc.2
Dans le Moronou, les descendants en ligne matrilinéaire des
leaders de l’exode donneront les chefs principaux des différents sousgroupes.
Autrement dit chaque sous-groupe du Moronou constituait une
chefferie. La chefferie des Essandane avait pour chef lieu Kangandi et
ses dirigeants étaient les descendants de Nana Sangban. La chefferie des
Alangoua avait pour chef lieu Assahara et était dirigée par les
descendants de Nana Kpalatu (Palatu). La chefferie des Assiè avait pour
centre principal Assiè-Kumase et ses dirigeants descendaient de Nana
Ano Koa Pokou. La chefferie du Ngatianou dirigée par les descendants
de Dangui Panyi sera fragilisée, quand Nglibo le village des Elusofoè
sera attaqué par les Essandane sans avoir eu le soutien militaire des
autres groupes du Ngatianou. Certains Elusofoè en compagnie de leurs
alliés Ahuakle et Affafiè se réfugieront à Ananda en pays wawolé et
dans l’Ano3 où ils formeront le groupe Ehuakle. Le chef lieu de la
1 - KOUAME Aka, Op. cit., Résumé du mémoire de maîtrise, p. 227.
2 - MBRA EKANZA (S. P.), ‘’Le Moronou précolonial essai de démographie historique’’, Annales,
série I, tome X, Histoire, 1982, pp. 123-140, p. 128, 129, 130.
3 - KOUAME Aka, Op. cit., Mémoire de maîtrise, p. 127.
Le centre principal des Affafiè dans le Ngatianou était Banaso. Les sujets de Tingbo le fils de
Dangui Panyi s’installeront à Mbaousseso. C’est là que se trouve le siège de Tingbo.
610
chefferie Anyi Ahali changera. De Mènu, il sera transféré à Kofikulo à
l’époque du chef Kofi Sèrè puis finalement à Tiemelekulo.
Des Anyi Amantian du Moronou partiront de leur foyer où ils
créeront des villages comme Kadjokulo, Ehuikulo, Ahina, Djèkabo,
Djakadjokulo, pour s’installer dans le Bas-Bandama1. Le chef qui a
mené là ces Amantian est Ettien Komlan. Le chef lieu des amantian du
Moronou est Ehuikulo. Il est dirigé par les denscendants de Kasi Anda.
Kb3- Les Anyi Alangoua de l’Alangoua
1 – La prééminence morale de la chefferie Alangoua
Des Alangoua créeront une chefferie dans la région des confluents
du comoé et de la Manzan. Cette région est appelée espace Ndenye
(Ndenian) par Claude Hélène Perrot2. Ces Alangoua là sont groupés en
cinq principaux villages avec pour chef lieu Ewiawoso Alangoua ou
simplement Ewiawoso. Ils ont eu pour compagnons d’exode des
Denkyira3. Celui qui conduisait la migration Alangoua qui a aboutie dans
la région des confluents du comoé et de la Manzan s’appelait Boafo Nda.
Les migrants qui sont arrivés dans cette région, se rassembleront à
Afewa (nous sommes fatigués, épuisés ici). Ce nom vient de l’expression
ya fè èwa qui est bel et bien en Anyi et non en Twi comme l’a cru C. H.
Perrot. En Twi on aurait dit yabrèha. C’est à partir d’Afewa que
l’essaimage des hommes s’est fait, pour occuper cet espace du confluent
du comoé et de son affluent la Manzan. Les Alangoua se veulent à juste
titre tout à fait distinct des Denkyira qui disent leurs traditions n’étaient
1 - MBRA EKANZA (S. P.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 167.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat. Dans cet espace dit Ndenye, (on compte le royaume Ndenye
(Ndenian) même, l’alangoua, le Bettié, l’Abradé.
3 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, 04-02-1990, informateur le chef Amalaman Bernard, Euasso (Ewiawoso).
611
que des compagnons d’exode1. Ces Denkyira là, faisaient partie de ceux
qui s’étaient réfugiés en Aowin après la défaite Denkyira de 1701 face à
l’Asante. Après la défaite Aowin de 1721, ils migrent en compagnie des
Aowin et particulièrement ici en compagnie des Alangoua.
Nous avons déjà indiqué que les Alangoua sont anciennement une
fraction des Adakwa du Bono et qu’ils sont de matriclan ôyôkô. A ce
propos nous répétons que les Alangoua qui ont créé Assuba dans le
Sanvi, sont de l’Afilié (matriclan) ôyôkôfoè. Or le matriclan dirigeant des
Denkyira est Agona. Les Alangoua ne sont pas d’origine denkyira
comme l’a pensé C. H. Perrot2. Les Alangoua d’Ewiawoso Alangoua se
souviennent qu’une partie des leurs s’est répandue dans le Sanvi, le
Moronou et même dans le Wawolé. Ils disent vrai car l’on trouve des
Alangoua à Assuba dans le Sanvi, à Assahara dans le Moronou, à Binao
dans le Bas-Bandama et dans la région de Mbahiakro. Au moment de
l’exode, avant la traversée du fleuve Manzan, une pose avait été faite à
Susumenia (Mesurer pour voir)3. Il s’agissait de mesurer la profondeur
du fleuve à cet endroit.
Nana Boafo Nda s’est lui-même installé à Kaniago où il est
décédé. Le siège sur lequel était fondé son autorité est le siège appelé
Akô Tuyin bia ou simplement Akô Tuyin.Ce nom signifie poulailler. Ce
siège est symbolisé par une poule qui couve ses petits. En effet, c’est à
Boafo Nda que le roi de l’Aowin Nana Ano Asema confiera l’ensemble
de ses sujets qui partaient pour l’aventure de l’exode. Les Alangoua et
leur leader Boafo Nda devaient être les rassembleurs du peuple en exode.
En fait la prééminence morale des Alangoua ne vient pas du fait que leur
chef Boafo Nda était un fils du roi Ano Asema comme suggéré par C. H.
1 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, 04-02-1990, informateur le chef Amalaman Bernard, Euasso (Ewiawoso).
2 - PERROT(C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 24 et suivantes, p. 179.
3 - Ce terme est aussi en Anyi. En Twi on aurait dit Susuachuè.
612
Perrot, mais parce qu’il était membre du malata (matriclan) royal de
l’Aowin. C’est pour donner poids à lautorité de Boafo Nda qu’Ano
Asema lui a donné le siège Akô Tuyin1. Il le chargera de veiller sur le
peuple en exode, de le protéger comme le ferait une mère poule vis-à-vis
de ses poussins. Cette recommandation d’Ano Asema à Boafo Nda
d’après la tradition, fonde la prééminence de l’Alangoua sur l’ensemble
des Anyi qui peuplent le confluent du comoé et de la Manzan.
Tout individu condamné même à mort dans cette zone pouvait se
réfugier dans l’Alangoua sans crainte, car aucune chefferie ne pouvait
exiger une extradition aux Alangoua en vertu de leur prééminence
morale. Le rôle de protecteur dans la tradition politique akan, est une
fonction royale par excellence. Le thème de la mère-poule qui protège
ses petits est un thème que l’on retrouve dans les armoiries du royaume
Ahanta et du Dôma. C’est donc en tant que membre du lignage royal,
successeur potentiel du roi Ano Asema que Boafo Nda reçoit cette
distinction.
Le territoire Alangoua s’étirait le long du comoé et de la rivière
Bossomatire2. Le principal chef guerrier de Boafo Nda qui ouvrira le
chemin du peuple en exode est Ehui Kutua. Ses descendants
s’installeront à Bebou. Leur ancien village créé par Ehui Kutua lui-même
était Kodjina. La tradition orale raconte qu’Ehui Kutua a rencontré sur
un rocher au milieu du fleuve comoé, une femme parée de perles alors
qu’il revenait d’une partie de chasse. Les enfants de cette femme
1 - PERROT (C. H.), ‘’Ano Assema : mythe et histoire’’, Colloque inter-universitaire Ghana-Côte
d’Ivoire, Bondoukou, 4-9 janvier 1974, pp. 84-120, p. 104.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 32.
Idem, ‘’Traditions orales et archéologie : une migration Anyi (Côte d’Ivoire), Mélanges en
hommage à Raymond Mauny, p. 315.
Un autre chef guerrier de Boafo Nda appelé Malan Kouao créera le village de Koteso.
613
mystérieuse car supposée sans matrilignage seront des Aouloba (enfants
de la cour royale du lignage d’Ehui Kutua). Nous pensons que cette
femme mystérieuse était une femme akyé sans doute du clan Gnuan
(Nuan) dont le symbole est la perle précieuse. Elle avait peut-être été la
victime d’un rituel de sacrifice à l’esprit du fleuve comoé. Notre
hypothèse tient de ce que, les Akyé étaient des voisins des Alangoua et
vivaient sur la rive ouest du comoé.
Des Alangoua et des Denkyira vivront ensembles dans deux
villages, Bèdènou et Anzemie. Ils s’y produiront des querelles et même
quelques affrontements entre les deux peuples. La tradition dit que le
différend a été provoqué par une palabre entre femmes Alangoua et
femmes Denkyira1. Cependant il n’est pas impossible que ce soit le
leadership dans la gestion des villages mixtes, qui ait posé problème. Les
Denkyira à la suite de cette affaire quittent Anzemie et Bèdènou pour
s’installer un peu en amont de la Manzan. Mais les Denkyira et
Alangoua qui voulaient sauvegarder les bons rapports tissés depuis
l’Aowin et sur le chemin de l’exode, ont renvoyé dos à dos les
belliqueux des deux camps pour se lancer ensembles dans un nouveau
déplacement qui aboutira dans le Bas-Bandaman où ils vivront en
parfaite harmonie dans la zone de Binao.
2 – La prospérité aurifère de l’Alangoua
sous Nana Eduku
Après le règne de Boafo Nda viendra celui de Nda Adu. Ce roi
sera atteint de lèpre d’où le surnom Kokobedua qui lui sera donné dans
la région. Il préféra quitter Kaniago pour se retirer à Aduboassue. Il
régnera entre la deuxième moitié du 18è siècle et le début du 19è siècle.
1 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, 04-02-1990, Euasso (Ewiawoso).
614
Pendant son règne, l’alangoua deviendra vassal de l’Asante tout comme
des autres chefferies Anyi de l’espace du confluent de la comoé de la
Manzan. Son successeur sera Gyane Panyi (Djane Panyi). C. H. Perrot
parle d’un déclin de l’Alangoua, un déclin sensible comme elle dit au
19° siècle sans s’étendre sur les raisons de celui-ci1. Et cependant
l’Alangoua ne sera pas durement affecté financièrement par la
domination asante comme le seront le Ndenian, le Bettié et l’Abrade.
Bien plus dès la deuxième moitié du 19è siècle, pendant le règne de
Nana Eduku, l’Alangoua connaît une réelle prospérité.
L’or sur les rives de la Manzan, les sites aurifères de Noho et
Ewiawoso sont intensément exploités. Des gens accouraient de partout
pour venir faire fortune dans l’Alangoua. L’Alangoua sera alors
surnommé Etiana (E ti a èna) (quand tu en entends parler, tu ne dors
plus), en quelque sorte la fièvre de l’or s’était emparée du pays. Les
extracteurs venaient de l’Abron, Djuablen, Bona, Sanvi, Moronou,
Bettié, Ndenian, Abradé, Ano sans compter les Alangoua même qui
s’adonnaient à cette activité. Les gens s’attardaient tant sur les mines
que, quand l’on attirait leur attention sur le fait que la nuit tombait, ils
répondaient que le soleil paraissait encore, d’où le nom Ewiawoso (le
soleil paraît encore). Nana Eduku fera du village qui se créera près du
site aurifière d’Ewiawoso, la nouvelle capitale du royaume. Ce village
prendra le nom d’Ewiawoso2. L’autorité de Nana Eduku deviendra
grande et s’étendra même sur les Akyé installés sur l’autre rive du
comoé. De nombreuses alliances matrimoniales se noueront entre
Alangoua et Akyé.
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 175.
2 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, 04-02-1990, Euasso (Ewiawoso).
615
De nouveaux villages à cette époque de la prospérité en pays
Alangoua sont créés comme Blekum et Mbasso. Blekum a été fondé par
Amate et Mbasso a été fondé par Boa Kouamé chargé spécialement par
le roi Eduku d’assurer la traversée des voyageurs en cet endroit de la rive
du comoé. Les Akyé créeront sur la rive opposée un autre Mbasso où il y
avait aussi des passeurs1. Le grand chasseur alangoua Nana Natchia sera
le maître d’oeuvre de l’amitié entre Alangoua et Akyé. Nana Eduku dit la
tradition bien qu’étant roi était Komian (medium, prêtre traditionnel). La
fin de son règne va coincider avec la pénétration coloniale. Il régnait
encore en 1888. Le village Alangoua le plus au Nord à la limite avec le
Ndenian était Blekum2.
Kb4- Les Anyi-Denkyira
1 – La preuve des liens anciens des Anyi-Denkyira
avec le Denkyira
Nous avons évoqué dans quelles conditions les Anyi-Denkyira se
sont séparés des alangoua leurs compagnons d’exode, pour créer des
établissements propres. Les Anyi-Denkyira comme leur nom l’indique
sont des Denkyira qui se sont intégrés au peuple Aowin. C’est là qu’ils
ont abandonné le Twi du Denkyira pour adopter la langue Anyi. Leur
tradition orale se souvient de grands dirigeants de leur ancienne patrie
comme Boa Amposem, Ewusu Akoto et Ntim Gyakari. L’ancêtre qui a
mené l’exode des Anyi-Denkyira de l’Aowin à leur foyer actuel est
Amian Panyi. Il est dit être un petit-fils en ligne matrilinéaire de Ntim
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 175.
2 - Un document cite Ahinekulo (Ahinakro) comme un village alangoua alors qu’il s’agit d’un village Anyi-Denkyira, voir Co
879/37 enclosure, n° 2, n° 10.
616
Gyakari1, et donc un descendant du lignage royal de matriclan Agona du
Denkyira. Cette information soit dit en passant, montre que les Anyi-
Denkyira appartiennent à la génération des Denkyira qui sont nés en
Aowin et qui y ont grandis.
L’ancêtre qui a mené l’exode du Denkyira en Aowin est Bende
Panyi. Il est décédé en Aowin et un siège en sa mémoire a été incliné.
Après son siège vient celui de son neveu Amian Panyi. Le chef guerrier
qui accompagnait Mian Panyi au cours de l’exode, est Kwasi Ponu dont
le village ancestral dans le Denkyira indique la tradition était Dunkwa.
Comme on le sait, Dunkwa était dirigé par un lignage de matriclan
Ekoona dont les ascendants ont aussi vécu à Feyase le lieu même de la
grande défaite denkyira face à l’Asante2. Le prédécesseur de Kwasi Ponu
qui était un guerrier au service de Bende Panyi, se nomme Nkwanta
Missa. Les Anyi-Denkyira après leur séjour à Anzemie en compagnie
des Alangoua, s’installent dans le confluent du Beki et du Bossematie
des affluents du comoé. Là, ils créent des villages comme Assakulo,
Ahinekulo, Amiankouasikulo.
Les Anyi-Denkyira ont visiblement maintenu des liens avec leur
patrie d’origine. En effet bien que leur exode est très antérieur à la
fondation de Jukwa, ils parlent de cette cité comme la capitale nouvelle
des Denkyira. Effectivement Jukwa a été créé par Kwadwo Otibu vers
1824 et deviendra le centre principal du royaume Denkyira. En outre le
tambour de devise3 des Anyi-Denkyira dit ‘’Kôtôkô Suro Bonsem’’
traduit fidèlement cela signifie « Kôtôkô (entendre l’Asante) a peur
d’Amponsem ». Ce fut visiblement une mauvaise reproduction de ce que
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 72.
2 - DAAKU (K. Y.), Op. cit., Denkyira n°2, p. 108, 109, 110.
3 - Le tambour de devise se dit Klenzini en Anyi et Tchunissini en Twi.
617
dit exactement le texte tambouriné originel. Il dit ‘’Kôtôkô Som
Amponsem’’ (kôtôkô est serviteur d’Amponsem).
2 – Les rapports des Anyi-Denkyira avec leurs voisins
Nous doutons que les Anyi-Denkyira aient voulu se prévaloir de
leur ancienne prééminence en tant qu’une fraction du grand peuple
Denkyira, pour s’imposer à ses voisins1. D’abord notons qu’ils n’étaient
pas numériquement nombreux pour mener une telle politique. S’ils
s’étaient attachés aux Alangoua, c’était justement pour compenser cette
faiblesse démographique. Leurs premiers établissements ne dépassaient
pas 3 villages. Leur problème étant plus de conserver leur autonomie que
de s’imposer aux autres. Bien sûr leur passé de guerriers intrépides en
tant que fraction du peuple denkyira jouait en leur faveur. Sans compter
qu’Ano Koa un des leurs croyait-on dans la région, aurait tué un génie
malfaisant appelé kôkô. Il sera alors surnommé Dôkikôkô.
Après s’être séparés des Alangoua vers 1730, et avoir créé leurs
premiers établissements, durant la 2ème moitié du 18è siècle et du début
19° siècle, les Anyi-Denkyira cherchent à s’étendre le long du comoé
jusqu’à Mbrassue où ils rencontrent des Ano Abè2. Ces derniers ont
voulu faire prévaloir l’antériorité de leur installation, ce qui provoque
des affrontements dont les Anyi-Denkyira sortent vainqueurs. La limite
des Anyi-Denkyira avec le Ndenian sera fixé par rapport au cours de la
rivière Padabliaba.
Les traditions orales des Anyi-Denkyira disent que leurs ancêtres
qui se rendaient chez les Ahua ne payaient jamais le vin de palme qu’ils
1 - C. H. Perrot écrit que les Anyi-Denkyira ont voulu s’imposer à leurs voisins sur la base de l’ancienne
prééminence du Denkyira dans le monde akan. Voir C. H. PERROT, Op. cit., Thèse d’Etat, p. 33.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 127.
618
buvaient, car ayant apporté avec eux dans leurs bagages des graines de
palmier à l’huile. Cette attitude a été perçue par C. H. Perrot comme un
indice de domination des Anyi-Denkyira sur les Ahua1. En réalité, il n’en
est rien. Le palmier à huile est un symbole du matriclan Agona, celui
justement auquel appartient le lignage royal des Denkyira. C’est donc en
vertu de la légende qui veut que ce soit des membres du clan Agona qui
aient découvert les vertus nutritives de cette plante, que les Anyi-
Denkyira ont adopté cette attitude. Une attitude semblable sera adoptée
par les Anyi Djuablen qui se rendaient à Dokanou dans l’Anyi Bona. Ils
buvaient le vin de palmier raphia sans bourse déliée. Simplement parce
que la famille royale des Anyi Djuablen est de matriclan ôyôkô. Ce
matriclan se nomme Alonwoba chez les Nzema et l’on dit d’elle, qu’elle
a avant tous découvert les vertus nutritives du palmier raphia, qui est
justement l’un de ses symboles.
La capitale des anyi-Denkyira sera établie à Assakulo où règne le
lignage Edjuasilebuè celui des descendants de Nana Amian panyi. Ahine
Kouadio un membre de ce lignage créera Ahinekulo (Ehinekulo) qui
deviendra au 19° siècle, un pôle commercial prospère. Ehia une soeur de
Kwasi Ponu créera le village d’Ehiakulo mais qui sera malheureusement
abandonné. Les Anyi-Denkyira noueront des rapports amicaux avec les
Akyé installés sur la rive ouest du comoé. Leur roi Amian Panyi
épousera une femme akyé appelé Afué2. De cette union naîtra Amian
Kouassi qui créera le village d’Amiankouassikulo. Il sera incliné un
siège de fils de roi à la mémoire d’Amian Kouassi. Ses parents maternels
viendront peupler ce village et ont encore sa gestion. Une autre devise
tambourinée des Anyi-Denkyira faisant allusion de leurs rapports avec
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 267.
2 - Cette femme akyé était originaire du village appelé Asiézi mais présentement dénommé Awabo. Il
s’agit d’un village qui relève du sous-groupe akyé des Nkadje (Nkadze).
619
leurs voisins dit : ‘’A se me ya mende’’. Cette expression signifie ;
même si tu me mets en colère, je ne t’écouterai pas autrement dit, je ne
répondrai pas à tes provocations.
Une autre devise celle-là par contre assez provocante vis-à-vis des
voisins dit : ‘’Sè e sulo Denkyira a, se ke me me sulo Denkyira ne kan kè
nia Denkyira be bo ndokue’’1, (si tu as peur des Denkyira, reconnaît-le
mais ne dis pas voilà, ils (Denkyira) portent des cartouchières). Les
Anyi-Denkyira et les Alangoua entretiendront par la suite après la brève
mésentente de la cohabitation à Enzemie, d’excellents rapports. Un sabre
(Ehoto) que l’on trouve dans la case royale d’Assakulo sur la manche
porte la figuration d’un escargot et d’une tortue. Ce thème signifie que
s’il n’y avait que l’escargot et la tortue dans la forêt, jamais il n’y aurait
de palabres. Il est ici simplement fait allusion aux Anyi-Denkyira et aux
Alangoua pour leurs rapports pacifiques.
Kb5- Les Anyi Bettié
1 – Le lignage royal Apesemondi, les autres lignages,
les sièges et la naissance du Bettié
Dès l’aube de l’exode Aowin de 1721, les futurs Bettié feront
bande à part. Ils ont peut-être amorcé le départ une ou deux années avant
les autres Aowin. Cela, parce que le lignage d’Ebiri Moro (Abele Emolo)
aura quelques démêlées avec le roi de l’Aowin. En effet Ebiri Moro sera
accusé d’avoir par ses actes, poussé les Asante a porté la guerre au coeur
de l’Aowin. C’est à juste titre que les traditions disent que la
prééminence morale des Alangoua ne s’étendait nullement sur le Bettié,
car ces derniers sont partis bien avant les recommandations données par
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, t. 2, p. 704.
620
Ano Asema à Boafo Nda. Les héritiers d’Ebiri Moro en Ebrossa, seront
mécontents que le siège de celui-ci soit rétrogradé dans la hiérarchie
politique. Pour cela comme nous l’avons déjà indiqué, ils appelleront
leur village Abokyia, qui signifie : ‘’si tu te montres méchant, tu en
récolteras les conséquences’’1.
Le Bettié a été fondé par des membres du matrilignage d’Ebiri
Moro et des Sohié. L’exode des futurs Bettié sera mené par Adu Ayemu
un neveu utérin d’Ebiri Moro, il comptait en son sein de nombreux Sohié
(autochtones de l’Aowin). Il faut noter que les Sohié sont de même
matriclan que le matrilignage d’Ebiri Moro, à savoir Asona. Mais dans le
Bettié, le lignage d’Ebiri Moro prendra le nom Apesemondi. Des
membres de ce matrilignage se retrouvent dans le Moronou sous le nom
d’Elusofoè (Elusufoè), à Assuba dans le Sanvi sous le nom Sohié, et à
Zamaka dans le Ndenian.
Le lignage Apesemondi a pour symboles le crocodile et le toucan
blanc, mais les symboles traditionnels des Asona sont le serpent appelé
Asonawo, la corneille, l’eau et le riz. Le nom Bettié donné à la chefferie
fondée par les Apesemondi fait suite au silence demandé à ceux des
migrants qui faisaient du bruit pour mieux prêter attention et déceler
d’où venaient les tirs des ennemis2. Ceux qui pourchassaient les Bettié
n’étaient autre que les futurs Suamara de Dadièsso, à l’époque, des
guerriers asante originaires de Kenyase. Les Bettié ont occupé plusieurs
sites comme Dadièsso, Maaso Kokokulo, Eluibo et Bettié Daaso appelé
aussi Kodjina. Les rois du Bettié de Nana Adu Ayemu pendant la
première moitié du 18° siècle à Nana Beniè Kouamé pendant la 2ème
moitié du 19° siècle ont régné à Bettié Daaso (Kodjina)3.
1 - Voir la partie sur l’Ebrossa héritier de l’Etat Aowin.
2 - DIABATE (H.), Op. cit., Thèse d’Etat, vol. VI, p. 311.
3 - Idem, p. 303, 304. Informateur Adepra, Augustin.
621
Au début de l’histoire du Bettié, il n’y avait que 3 sièges donc 3
matrilignages. Le lignage du principal chef guerrier du roi Adu Ayemu
appelé Amalaman Panyi, créera le village Etchiawa. Leur ancien site se
trouvait sur la rive du ruisseau Tiopo. Le siège d’Abisi est celui d’un
segment du matrilignage royal. En effet Abisi bien que chef guerrier au
service d’Adu Ayemu était comme ce dernier, un neveu d’Ebiri Moro1.
Le siège des Adumufoè (bourreaux) se trouve dans la case des sièges du
lignage Apesemondi. Il sera créé un siège de fils de roi (Famienbabia)
pour Adu Sehi fils du roi Beniè Ndraman 3e successeur d’Adu Ayemu.
Ce siège administre le village de Djabiakulo2. Il sera attribué des sièges à
des guerriers dépendant du siège d’Amalaman Panyi. C’est le cas du
siège d’Amangua dont l’ancêtre se nomme Katakyi Ano et du siège de
Ndèfo dont l’ancêtre est Malan Botwi Atchè. Anvo Aka le fils du chef
guerrier Amalaman Panyi recevra un siège qui administre le village de
Sopu (Sopi).
2 – La domination asante, les rapports avec les Ndenian
et les Akyé
Le Bettié tout comme les autres royaumes des confluents du
comoé et de la Manzan va tomber sous la domination asante pendant le
règne de l’Asantehene Osei Kwadwo. Le Bettié sera soumis au
versement de l’Asasetuo (tribut sur la terre), depuis le règne d’Alu Ple
premier successeur d’Adu Ayemu à celui de Beniè Kouame.
Annuellement ou parfois exceptionnellement les envoyés du roi asante
venaient chercher la poudre d’or. Des lignages du Bettié seront ruinés
par cette pression financière asante. Et pourtant, il y avait deux grands
sites aurifères dans le pays comme Kpelebulu et Ebaya. Le roi de
l’Asahié Wioso qui jouait le rôle de représentant local des intérêts du roi
1 - DIABATE (H.), Op. cit., p. 336, 337. Informateur Adu Kofi.
2 - Idem, p. 336.
622
asante, envoyaient ses hommes extorquer de l’or aux populations du
Bettié. Le roi Beniè Kouamé sur ordre du roi de Wioso sera enchaîné et
emmené à Wioso. Il sera par la suite libéré, mais cet événement donnera
lieu au jurement ‘’me ka Beniè Kouame ye Wioso’’1.
D’après une tradition rapportée par C. H. Perrot, un roi déchu du
Bettié dont le nom est ignoré sciemment par l’histoire officielle de la
chefferie pour faire face au tribut mettra en gage le grand tambour. Cette
décision lui coûtera la perte du pouvoir. Déchu, il s’exila chez les Akyé
Nkadje (Ngadze). Il se nommait Adepo Tambo2. Les Bettié et les
Ndenian ont au départ entretenu des rapports très amicaux. Une branche
de la famille Apesemondi comme on l’a indiqué, a créé le village de
zamaka dans le Ndenian. Bemoa roi Ndenian par son attaque surprise
contre le Bettié et surtout la destruction de la localité d’Anzaboka va
mettre à mal les relations entre les deux royaumes. Et pourtant le ‘’casus
belli’’ est parti d’un fait banal, à savoir la relation coupable du chef du
village bettié d’Akrebi avec une épouse du chef ndenian de Bokasso,
(Bokaso)3. Les relations entre Bettié et Ndenian vont vite se normaliser.
Au début, les rapports des Bettié avec les Akyé seront conflictuels.
Adu Ayemu combattra les Akyé et les repoussera sur la rive ouest du
comoé. Des alliances matrimoniales se tissent par la suite entre Bettié et
Akyé. Le génie Mankoman des Akyé, les Bettié en feront leur génie
tutélaire. A l’époque du conflit quand les Bettié expulseront les Akyé qui
1 - DIABATE (H.), Op. cit., vol. VI, p. 329. Le règne de Béniè Kouamé coincidera aussi avec la
pénétration coloniale et aussi l’indépendance du Bettié vis-à-vis de l’Asante.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 134.
3 - Idem, p. 69, 98 ; p. 601.
623
vivaient au Sud de Kokokulo1, ceux-ci les appelleront Biebi c’est-à-dire
Anyi noirs. Quand viendra la paix, des Bettié passeront le fleuve comoé
pour créer des villages non loin de ceux des Akyé.
Kb6- Les Anyi Ndenian
1 – Peuplement, composantes du royaume ndenian
et les règnes des rois Anikle
Le lignage royal du ndenian, lignage appelé Anikle au moment de
l’exode depuis l’Aowin jusqu’à l’arrivée dans cet espace était dirigé par
Ahi Abaye. Ce personnage est plus connu sous le nom Ahi Baye. Le
prénom Abaye est donné en général à un enfant dont la naissance était
ardemment désirée par ses parents. Abaye signfie littéralement
bienvenue. Dans les temps très anciens, bien avant l’exode de 1721, les
anikle auraient dit-on été des messagers et portes-paroles
(Kyeame/Kpomafè) au service du roi Denkyira. Un des leurs appelé
Ehuman Kabran (Kablan) aurait été chargé par Ntim Gyakari, d’aller
rappeler à Ano Asema ses devoirs vis-à-vis de lui son suzerain. Il ne
parvient pas à convaincre Ano Asema, qui avait décidé de prendre son
indépendance vis-à-vis du Denkyira. Ehuman Kabran se laisse persuader
par Ano Asema de rester avec les siens en Aowin2.
Qui sont les Anikle ? La mission d’Ehuman Kabran montre qu’ils
ont été au service des rois Denkyira. Un élément précis nous a donné une
1 - Ces Akyé expulsés s’installeront à Djangobo. Durant le début du 20° siècle le Bettié va connaître
une crise interne évidente caractérisée par plusieurs destitutions de rois. Bilé Okôlô issu de la branche
du lignage royal installé à Assuba sera déposé. Son successeur Kofi Aman sera aussi destitué. C’est
pendant son règne que la cite actuelle de Bettié a été créée. Lui aussi sera déposé et Adu Kofi le
propre fils de Beniè Kouamé assurera la régence jusqu’à l’intronisation du roi Bulu Dihié. Lui aussi
sera déposé et remplacé par Beniè Asande. Voir, H. Diabaté, op. cit., Thèse d’Etat, vol. VI, 29 janvier
1980. Informateur, Adepra Augustin, p. 305.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 49.
624
idée de l’origine des Anikle. En effet, C. H. Perrot indique qu’Asekere
est le nom fort du roi Anikle et que ce mot est prononcé à l’oreille de
tout roi Anikle défunt par une femme1. Plus qu’un nom fort, l’action de
la femme ici consiste à indiquer au défunt à quel matriclan il appartient.
A travers le terme Asekere tel que transcrit par notre éminente
devancière, l’on reconnaît le matriclan Asakyiri. Ce matriclan dirige les
chefferies d’Esaase, Kyekyewere, Nyameso et Akropong-Besease dans
le Denkyira2. Son origine lointaine remonte à la cité d’Akrokeri en
Adanse qui fut comme nous l’avons indiqué, le lieu de regroupement
puis de dispersion des lignages de ce matrilcan. Le grand chef guerrier
Agya Ananse du Denkyira était membre de ce matriclan.
C’est quand les Aowin vivaient sur la rive ouest de l’Ofin qu’il
subiront les attaques des Denkyira. L’épisode de la mission d’Ehuman
Kabran concerne l’époque où les Aowin avaient déjà quitté les terres
Amanfi pour aller en Aowin Nouveau. Cette mission a eu lieu entre 1699
et 1700 au plus fort de la guerre entre le Denkyira et l’Asante. Sans
doute Ntim Gyakari envoyait Ehuman Kabran solliciter des troupes
auxiliaires à Ano Asema. Une version de la tradition orale rapportée par
C. H. Perrot dit que le nom Anikle signifie ceux qui prennent les biens
d’autrui3. Nous pensons pour notre part que ce nom vient de l’expression
Anye kele, c’est-à-dire l’oeil qui instruit, qui montre, indique. Le sens
profond de ce nom est un prélude au nom qui sera donné au royaume.
Ndenian veut dire s’asseoir et observer. Anikle et Ndenian traduisent la
fonction royale du lignage royal. Celle de guider le peuple, montrer le
chemin, observer de près ceux susceptible de mettre en danger sa
sécurité, son indépendance.
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 307, 111.
2 - Voir la partie sur l’histoire du Denkyira.
3 - PERROT (C. H.), Thèse d’Etat, t. 2, p. 712.
L’attitude qui consiste à être envieux au point de prendre ce qui est à autrui se dit Anye bolo en Anyi.
625
Dans la perception Ndenian comme des autres Anyi, Ano Asema
est le grand ancêtre vénéré, c’est avec lui disent les traditions que les
Anyi prennent conscience de leur identité en tant que peuple1. En réalité
Ano Asema que l’on place aux sources de l’histoire des Anyi est
temporellement très proche de nous. Il est un personnage qui a vécu
entre la fin du 17° siècle et la première moitié du 18° siècle. Le journal
du Sieur Tibierge a parlé de lui. Il y est appelé Anashema. Ano Asema a
été le dernier grand roi de l’Aowin. C’est pendant son règne, que les faits
les plus marquants de l’histoire des Aowin se sont produits. D’abord la
migration des terres Amanfi à l’Aowin Nouveau puis la guerre contre
l’Asante et l’exode vers les terres plus à l’Ouest, dans l’arrière-pays de la
Côte Quaqua. Quelquefois des événements qui ont précédé son règne,
sont ramenés à son époque par la tradition orale. De sorte que toute
l’histoire des Aowin qui précède Ano Asema tombe dans l’oubli, dans
une sorte de trou noir. Mais malgré tout, grâce aux traditions de
l’Ebrossa l’on peut éclairer quelques-uns des points obscurs de ce passé
pré-Ano Asema2.
Les futurs Ndenian sont passés au cours de leur exode par l’étape
de Konvi Ande. L’événement survenu là à donner un proverbe qui dit
ceci : ‘’Quand on fait un feu nouveau on n’y jette pas d’escargots’’. Les
enfants voulant faire cuir des escargots, les ont mis sur le feu qui s’est
alors éteint3. Konvi Ande n’est autre que le site de Kwadju Ande que
l’on trouve en terre Asahié4. Là l’on trouve un fossé circulaire à
caractère défensif comme en trouve en maints endroits de l’espace akan,
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 15.
2 - C’est ce que nous avons essayé de faire en partant de l’histoire de l’Aowin.
3 - Idem, p. 21.
4 - PERROT (C. H.), ‘’Traditions orales et archéologie : une migration Anyi (Côte d’Ivoire), Mélanges
en hommage à Raymond Mauny, Société française d’Histoire d’Outre-mer, Paris, 1981, pp. 307-
320, p. 317.
626
exemple à Séguié en pays Abè et aussi en Akwapem. Ehuman Kabran et
ses frères Bano Panyi, Abele Panyi auraient été inhumés à Konvi Ande.
Konvi Ande veut dire la gorge n’entend pas raison. Le tison
qu’avait les migrants, à savoir l’Egyatia (Egyatia) se serait éteint,
obligeant dit-on quelques envoyés à aller demander un autre tison au roi
d’Ebrossa, qui alors leur signifie sa prééminence sur le peuple en exode.
Nous pensons que ce fait a pu se produire au moment même du départ
puis, a été renouvelé un an après quand les migrants sont arrivés à Konvi
Ande. En effet tous ces migrants n’avaient pas qu’un seul tison. Il y avait
des instruments permettant de faire du feu à tout moment. L’épisode de
Konvi Ande ne signifie pas que les migrants manquaient de feu, mais
que c’est le tison spécial remis par Ano Asema qu’il a fallu rallumer.
Rituellement, cela ne pouvait se faire avec n’importe quel feu, mais bien
avec celui du foyer royal d’Ebrossa, celui des héritiers d’Ano Asema.
La deuxième grande étape des migrants sera Afewa (fatigués ici,
épuisés ici). Les Asonvon ouvraient le chemin du peuple en exode. Ils
précédaient sur le chemin le roi pour permettre à ce dernier et aux siens,
d’avancer dans la forêt. Aussi la chefferie des Asonvon est détentrice
d’une machette (Elèlè, Kwè) qui est un symbole du rôle politique de leur
chef. En cas de parade cérémonielle, le chef des Asonvon ouvre la
marche en tête du cortège royal1. Cela indique que le chef des Asonvon
est chef de l’avant-garde de l’armée2. Les Asonvon étaient guidés par
Ewora Ameyaw (Ameyao), secondé par son frère Ano Panyi Ewora
Ameyaw est décédé à Konvi Ande. Ano Panyi mène les Asonvon
jusqu’à Essanbo. Sa nièce Nana Ebilasse verra son nom, être donné à
1 - PERROT (C. H.), Thèse d’Etat, Op. cit, p. 24.
2 - Le chef de l’avant-garde chez les locuteurs du Twi est l’Adontenhene. Au Sanvi celui-ci est appelé
Atimbuele Blemgbi. A travers le mot Atimbuele l’on reconnaît l’expression Atin ebukélé qui veut
dire ouvrir le chemin, ouvrir la voie.
627
Ebilassekulo un autre établissement des Asonvon. L’origine lointaine des
Asonvon est Takyiman dans le Bono. Leur nom Asovon tire son origine
de leur matriclan qui est celui des Asona. Une partie des Asonvon
s’intégrera au peuple wawolé en créant Asounvoè1. C’est autour du
champ de canne à sucre de Nana Ebilasse qu’est né Ebilassekulo. Son
frère Nana Konin créera Koninkulo. Ebe Kwao un autre membre du
lignage royal des Asonvon créera Bokasso. Le nom Asonvon vient sans
doute d’Asofo ou Asofoè c’est-à-dire les gens d’Aso l’aïeule du
matriclan Asona.
Les Asonvon appartiennent donc à cette fraction des Asona qui
s’est intégrée aux Aowin deuis les rives ouest de l’Ofin, tandis que
d’autres Asona se regrouperont à Ansa, Sodua et surtout Kokobiante.
Les Asonvon ont une coutune qui leur est tout à fait propre, et qui
consiste au moment de la rupture du jeûne qui suit les funérailles, de
croquer entre les dents des grains de maïs qui sont crachés sans être
avalés2.
Des Anabula dirigés par Ta Djamala le propre fils d’Ahi Abaye
faisaient partie de l’exode Ndenian. Les Anabula nous l’avons vu avec
les Sohié étaient les autochtones de l’Aowin Nouveau quand arrivaient
Ano Asema et ses hommes, venant des terres Amanfi. Ta Djamala par sa
mère était membre du matrilignage royal des Anabula. Il fondera
Apromprom (Aprompromnu). Certains Anabura au cours de l’exode se
sont installés dans la localité akyé d’Aferi3. L’on compte au sein des
Ndenian des Adifè. L’aïeule de ceux-ci, Afiwa (Afia) était dit la tradition
orale reine-mère de la localité asante de Ngayo. En réalité Ngayo n’est
1 - Au coeur de la Côte d’Ivoire, d’Hier à Aujourd’hui, Radio-C.I, lundi 02 février 1998, Ebilassekulo
Anyi Asonvon du Ndenian. Informateur Nana Kakou Hilaire. Cette même émission a premièrement
été diffusée le 01-04-1996 à l’émission patrimoine.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 66.
3 - Idem, p. 65.
628
autre que Nkawie. Cette localité asante, a été créée par les descendants
de la princesse denkyira Adoma Kosua la compagne d’Osei Tutu.
Nkawie est donc dirigé par une branche de la famille royale Denkyira1
mais dont les premiers chefs sont fils d’Osei Tutu, et donc Oheneba
(enfants du roi) de la famille royale asante.
D’après la tradition orale, le nom afiwa donné à l’aïeule des Adife2
vient du nom du fétiche personnel d’Ahi Abaye dont le culte se faisait
vendredi3. Le culte d’Afiwa consistait parfois, à faire un sacrifice rituel
humain d’une femme au teint clair ou atteinte d’albinisme. L’aïeule des
Adifè, a été faite captive au cours de l’incursion d’Ebiri Moro en
territoire asante. Ahi Abaye prendra part à cette expédition de laquelle,
les Aowin ont ramené de nombreux captifs asante. L’une des captives,
l’aïeule des Adifè, deviendra l’épouse d’Ahi Abaye, et c’est de cette
union qu’est né le lignage Adifè (ce nom signifie goûter du plaisir, de la
joie).
Les Adifè sont donc par leur père Ahi Abaye enfants du lignage
royal Anikle ; enfants de roi (Famienba). Par leur mère qui était captive,
ils sont membres du lignage royal Anikle parce que la coutume akan
veut que le captif ou la captive relève du matrilignage de son maître. Il
fut permis aux Adifè de créer au sein du lignage royal, un sous-lignage
qui deviendra, riche et puissant. Les Adifè recevront un siège de fils de
roi qui deviendra naturellement celui de leur lignage. Tous ces privilèges
expliquent sans doute leur nom Adifè.
1 - Voir la partie sur l’histoire du Denkyira.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 52.
3 - Une personne de sexe féminin née vendredi reçoit comme prénom Afia, Efua, Afua, Afiba. Ce
culte Afiwa était sans doute un culte de l’esprit de la terre. En effet vendredi pour les Akan est le
jour de la terre.
629
Une fraction du matrilignage auquel appartient Ebiri Moro créera
Mafia1 appelé aussi Zamaka. Une partie de la population de Zamaka
créera le village d’Apoasso (Apoisso). Le fondateur de Zamaka est
Kolande (Korante)2 sans doute un neveu d’Ebiri Moro. Certains Ahua
guidés par Ano Koa Panyi frère d’Adjoka s’installeront à Aniassue. Pour
avoir noué des liens solides avec les Anikle du fait des tribulations
communes de l’exode, feront partie du royaume Ndenian. Cependant, les
Ahua d’Aniassue sont géographiquement voisins immédiat de leurs
frères Ahua du Moronou. Ils sont séparés par la rivière Beki. Le lignage
Wassabo, allié des Ahua se trouve aussi à Aniassue tout comme on le
retrouve dans la zone Ahua du Moronou. Ces Wassabo nous l’avons dit
sont de matriclan Agona et vivaient anciennement sur les terres Amanfi.
Les Ahua sont du matriclan Atwea (chez les Nzema l’on dit Ahwea ou
Ndwafo) appelé aussi Aduana. Leurs symboles sont le chien et le feu.
Les Ahua ou Ahuafoè ont donné au sein du peuple wawolé le sousgroupe
Nanafoè.
Adjoka Panyi et Ano Koa Panyi dirigeront les Ahua, qui feront
d’Ahuekulo un de leurs centres de regroupement. Ane Kouassi
(Kwasi/Koasi) avec une partie des Ahua créera Aniassue qui relève du
royaume Ndenian. Epono Kouassi avec d’autres Ahua créera Ettienkulo3
du côté Morofoè. Au sein des Ndenian en exode, se trouvait des
membres d’un lignage d’origine adanse qui se réclament de l’aïeule
Kôkô Djobi4. Il est dit souvent d’une façon péremptoire que ceux-ci
appartenaient à la famille royale de l’Adanse. Or nous l’avons montré, il
n’y aura pas de pouvoir central en Adanse jusqu’à ce que les Ekoona de
1 - Mafia, veut dire je suis caché. En effet, ces parents d’Ebiri Moro voulaient que les Asante ignorent
leur existence.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 62, 63.
3 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 237..
4 - Une fraction de ce lignage Ekôona s’installera d’abord en Asahié Wioso, puis créera le royaume
Asahié Bekwai
630
Fomena avec Abu Bonsra deviennent dirigeants de tout l’Adanse avec
l’accord d’Opoku Ware. Si c’est du lignage royal Ekôona (Ekôona
Ahwene) auquel il est fait allusion, c’est donc peut-être de celui-ci qu’est
issu Kôkô Djobi1.
Adu Panyi, un descendant de Kôkô Djobi fera de son village
Yakasse le centre d’une grande chefferie au sein du royaume Ndenian.
Peut-être 20 ans après l’exode (l’exode a commencé en 1721) soit, vers
1740-1741, à l’époque du règne du roi Koa Tiumasi successeur d’Ahi
Abaye. En effet à cette époque, Kouassi Afali le frère de Koa Tiumasi
contractera des dettes énormes en jouant au jeu des cauris. Cette attitude
ruineuse pour le lignage, encourait une sanction sévère car il n’était pas à
sa première faute. Il devait, soit être éliminé physiquement, vendu
comme esclave, ou placé en gage auprès d’un éventuel créancier. Quand
le roi Koa Tiumasi posa le problème de Kouassi Afali devant le conseil
familial, certains membres optèrent pour qu’il soit sévèrement
sanctionné. Or le roi tenait à tirer son frère de ce mauvais pas, mais il ne
savait où trouver l’or nécessaire au remboursement. Adu Panyi de
Yakasse s’engagea à payer à titre gratuit la dette de Kouassi Afali.
Une telle action civique amena le roi Koa Tiumasi à faire d’Adu
Panyi un Safohene (chef guerrier) du royaume2, et à déclarer
officiellement qu’un siège serait consacré à celui-ci transmissible à ses
héritiers. Adu Panyi s’était enrichi en extrayant l’or le long de la rivière
Beki3. Koa Tiumasi donna sa propre fille Akua Bosso Bema en mariage
à Adu Panyi. La mère d’Akua Bosso Bema appelée Brou Akoa (Bru
Akoa) était originaire d’Asahié Wioso. De l’union d’Adu Panyi et
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 188.
2 - Idem, p. 185.
3 - Idem, p. 192, 193.
631
d’Akua Bosso Bema est né kouadio Morokuro (Kwadwo Morokuro) le
premier chef de Niablé.
Kouassi Afali par la suite fera amende honorable, deviendra
chercheur d’or et trouvera beaucoup d’or pour enrichir le trésor royal des
Anikle. Le problème créé par Kouadio Afali divisera profondément le
matrilignage royal1. Adu Panyi grâce à sa fortune achètera de nombreux
captifs. Les gens venaient lui demander protection, aide et assistance. De
nombreuses personnes mises en gage feront finalement souche à
Yakassé. Il recevra des gens venus d’horizons divers. Il donnera asile à
des Abron Gyaman issus de la province de Siendji (Siengi), tout comme
à des Bettié. Il accueillera des membres du lignage Bessefoè
(Abese/Abesse) venus de Dadièsso dans le Suamanra. Les Bessefoè
étaient auparavant en Asahié Wioso, avant de s’établir auprès des
Suamara de Dadièso grâce à une alliance matrimoniale. Les Bessofoè
venus à Yakassé étaient dirigés par Sapim. Ils comptaient se rendre à
Assikaso dans le Djuablen auprès des parents qui y vivaient. Mais Adu
Panyi parviendra à les convaincre de rester à ses côtés. Les Bessefoè
s’installeront à Sankadiokulo (Sankadjokulo). Nous plaçons l’installation
des Bessefoè dans le Ndenian autour de 1755, quelques années après
l’aide apportée par des guerriers Suamara de Dadiesso au roi Abron
Gyaman Kossohonou2.
Le surnom d’Adu Panyi était Basacia3 (Basesa), c’est-à-dire le
noble (Ba) qui ramasse (Sesa) autrement dit qui rassemble les gens. Son
frère Ta Kouadio (Ta Kwadwo/Kwadjo) contribuera aussi à la prospérité
de Yakassé. En effet, Ta Kouadio pratiquait le commerce à longue
distance, et rapportera des richesses pour enrichir le trésor du siège de
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 186.
2 - Cette guerre a eu lieu autour de 1750
3 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 32.
632
Yakassé. Grâce à ses amitiés, il amènera des Nzema originaires du
village d’Awiebo à s’établir sur les terres de Yakasse, à Niablé. La
délégation de ces Nzema était conduite par Ahoua qu’accompagnait sa
soeur Etrèwa.
Yakasse dans le Ndenian n’est qu’à quelques kilomètres à vol
d’oiseau d’Angye en Aowin. C’est dire que les Ndenian ne sont pas allés
loin de leur foyer d’origine1. Ahi Abaye s’installera à Sanahunli (Sana
Nwuli) la première capitale du Ndenian. Ce nom signifie à moins que je
ne sois décédé, autrement dit, seule la mort me fera partir de ce lieu.
C’est ainsi que parlera Ahi Abaye après les tribulations causées par la
guerre et l’exode. Les Ndenian avec l’épilogue de l’exode ne
s’installeront pas immdiatement sur les rives du comoé comme le feront
les Alangoua, Bettié et Abrade. D’après C. H. Perrot, les rives du comoé
sont néfastes pour des raisons écologiques2. Les Anikle en s’installant
sur la colline de Sanahunli, seront dans un environnement plus sain, et
donc vont prospérer mieux que les autres groupes installés aussi dans le
confluent du comoé et de la Manzan.
Nous reconnaissons que cet argument écologique est très beau et
même est d’une logique implacable. Et pourtant nous n’y souscrivons
pas. En effet si la mortalité était élevée au sein des groupes riverains du
comoé, il ne fait pas de doute, qu’ils se seraient déplacés. L’histoire de
groupes akan fait quelquefois état de déplacements dus à une forte
mortalité généralement attribuée aux courroux d’esprits malfaisants.
Même si les Anikle se sont éloignés des rives du comoé, ils n’étaient pas
éloignés des rives de la Manzan, un affluent du comoé. Les conditions
1 - C’est le cas des Bettié, Alangoua, et Sanvi.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 68.
L’on peut penser ici à la malaria, à la maladie du sommeil, bref à toutes les endémies de l’espace
tropical et équatorial.
633
écologiques étaient proches pour ne pas dire identiques. Il s’agit après
tout de la même zone de forêt sub-équatoriale, de forêt sempervirente.
Nous pensons qu’il faut chercher ailleurs, le semblant de prospérité
démographique des Ndenian par rapport aux autres Anyi de cet espace.
En effet le groupe même des Ndenian était dès le départ très composite.
Il comptait plusieurs sous-groupes comme les Anikle, Ahua, Asonvon,
Anabula, Adanse, sans compter les groupes qui s’ajoutent par la suite
comme les Bessefoè, des groupes d’origine Bettié, etc.
Les Ndenian ont donc bénéficié dès le départ de sous-groupes plus
nombreux, en plus de l’afflux extérieur qui s’ajoute à l’accroissement
naturel. Faire à proprement parler une histoire véritablement
démographique dans le sens où l’on entend ce mot, de nos sociétés
traditionnelles des périodes antérieures est pratiquement impossible,
pour la bonne raison qu’il n’existe aucune donnée statistique. On tire des
conclusions approximatives, au vu de la multiplication des villages, des
hameaux dans l’espace. Et pourtant, parfois des villages préexistants
s’agrandissent. Comment peut-on relever cela à travers le temps ? Cela
est pratiquement impossible.
A propos des sièges de lignages, C. H. Perrot écrit : ‘’Comme le
fait apparaître la confrontation de plusieurs sources autonomes, aucun
des groupes d’émigrants venus d’Anyanya n’a apporté de siège dans le
Ndenye, on conclura que ce récit de fondation est fait de stéréotypes
juxtaposés dont la finalité est de prouver l’antériorité du lignage en
question’’1. Il s’agit là d’une affirmation trop unilatérale, que de dire
qu’aucun lignage au moment de l’exode n’a apporté de siège. La
coutume sociale akan veut qu’il n’y ait pas de lignage sans siège. Un
1 - PERROT (C. H.), ‘’L’appropriation de l’espace un enjeu politique pour une histoire du
peuplement’’, Annales, 40e année, n° 6, novembre-décembre 1985, pp. 1289-1305, p. 1294.
634
lignage qui n’a pas de siège est juridiquement inexistant. Tout lignage
akan pour avoir eu au moins un ancêtre dévoué pour la famille, n’a pas
manqué d’incliner un siège en sa mémoire. Tout lignage akan est
détenteur d’au moins un siège. Cependant dans le cas du Ndenian,
l’exode et l’arrivée dans un nouvel espace équivalaient à une nouvelle
histoire. Ce sont donc les nouveaux acteurs de cette histoire nouvelle qui
verront des sièges inclinés pour les honorer. Les sièges anciens s’ils ne
sont pas d’ancêtres prestigieux, sont brûlés et la cendre utilisée pour
badigeonner les nouveaux sièges. Cela est supposé insuffler la force
vitale des anciens sièges dans les nouveaux sièges.
C. H. Perrot se méprend sur les sens étymologiques des noms
donnés aux premiers villages ou donnés aux sites fréquentés pendant
l’exode. Leurs sens ne sont pas en Twi mais bel et bien en Anyi1.
Susumenia est en Anyi. En Twi on aurait dit Susuachuè. Cette expression
veut dire, ‘’mesurer pour voir’’. Les migrants ont sonder la profondeur
de la Manzan. Afewa (nous sommes fatigués ici) est en Anyi, en Twi on
aurait dit Abrèha. Kodjina ne signifie pas ‘’je suis venu pour m’arrêter
ici’’ mais veut précisément dire ‘’se battre pour s’arrêter’’, cela signifie
que les migrants ont connu des guerres au cours de l’exode jusqu’en ce
lieu où ils ont pu s’arrêter pendant un temps raisonnable, sans crainte
d’être à nouveau attaqués. A Afèwa ceux qui occupaient la position
d’avant-garde ont attendu là les autres. C’est la preuve que si la
migration ne se fait pas dans un ordre rigoureux, elle ne se fait pas non
plus dans le désordre, mais obéit à l’organisation militaire traditionnelle
akan. Une avant-garde ayant des éclaireurs en avant, pour assurer une
avancée moins dangereuse pour ceux qui sont à l’arrière.
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 1294.
635
Koa Tiumasi a été effectivement l’organisateur du royaume
Ndenian. C’est lui qui attribuera un siège de fils de roi aux Adifè. Le
siège de forme rectangulaire (Sesebia) de son prédécesseur Ahi Abaye
deviendra le siège du royaume Ndenian1. En plus des deux chefs
guerriers dont les descendants ont formé la chefferie Asonvon de
Bokasso, Ebilassekulo et la chefferie Ahua d’Aniassué, il fait émerger
une 3ème chefferie, celle de Yakasse. Ainsi le chef de Yakasse devient le
chef guerrier de l’aile droite. Celui des Asonvon était chef de l’avantgarde
et celui des Ahua chef de l’aile gauche. Le symbole des Adifè qui
est la chouette (patue) prouve que bien avant ceux d’Adahou (Adawu),
ils ont exercé la fonction d’Abamu, c’est-à-dire ceux chargés de
l’enterrement des défunts rois et de la surveillance de leurs tombes.
Ta Djamala chef des Anabula et fils d’Ahi Abaye sera lui et ses
successeurs chargé de veiller sur les sièges des Anikle, d’assurer le culte
des ancêtres dont les sièges étaient justement les supports les plus
importants et d’assurer le bon fonctionnement du foyer royal. En un mot
la chefferie des Anabula exerçait la fonction de Gyasefoè (Djasefoè).
L’accueil de nombreux étrangers grâce aux actions d’Adu Panyi gendre
et ami du roi Koa Tiumasi, permet au royaume de voir sa population
croître sensiblement. La tradition orale note justement que pendant le
règne de Koa Tiumasi, il y aura la création de nouveaux villages. Le roi
Koa Tiumasi dont le règne sera l’un des plus apprécié sera récompensé
après ses obsèques d’un siège de forme circulaire, un pulue (en Twi l’on
dit puruo), symbole de prospérité et de fécondité. Le pulue est
généralement la forme de siège attitré pour les reines-mères.
1 - Koa Tiumasi donnera au Ndenian son grand tambour royal (klen pli). Il attribuera des palanquins à
ses principaux chefs guerriers.
636
So Kablan sera le successeur de Koa Tiumasi et c’est lui qui
honorera son prédécesseur d’un siège circulaire. C’est aussi sous son
règne que le Ndenian tombera sous la domination asante. N’oublions pas
que c’est l’Asantehene Osei Kwadwo (1764-1777) qui sans coup férir, va
conquérir le Ndenian et tous les autres royaumes anyi des confluents du
comoé et de la Manzan. Ce fut d’ailleurs sur suggestion du roi d’Asahié
Wioso. Après le règne de So Kablan (Kwablan) viennent ceux de
Niandakyi, Ettien Bone Sono (Etiembonn Sono), Bemoa, Tiemele
Kotobulale, Eborotié (Eborokye), Boa Kouassi (Boa Koasi/Kwasi),
Amoakon Dihié, Kouassi Dihié (1892-1895)1. Le règne de Tiemele
Kotobulale sera aussi l’un des plus apprécié. Lui aussi sera récompensé
d’un siège circulaire. Pendant son règne, seront créés les villages
d’Adahou, Boka Kôkôlè et Atiame. Ces villages recevront des sièges de
petits-fils de roi (Famien Anoma bia. En Twi, l’on dit Ahenenana dua).
Et pourtant le règne de Tiemele Kotobulale sera marqué par un
événement douloureux, à savoir la destruction de Yakasse.
Le règne d’Eborotié sera marqué par un autre événement tout aussi
tragique, l’affaire ou le problème Adifè. Bemoa le prédécesseur de
Tiemele Kotobulale sera déposé, aussi aucun siège ne lui sera consacré.
Il a fait la guerre aux Bettié, et cela n’est pas étranger à sa destitution
bien que d’autres raisons sont aussi avancées. Il y avait une alliance entre
les Anikle et leurs sujets de Zamaka qui sont de même souche que la
famille royale du Bettié. En s’en prenant au Bettié, Bemoa, mènera non
seulement une guerre injuste dont le prétexte aurait pu être réglé
pacifiquement, mais en outre par son acte, il avait mis en danger
l’équilibre du royaume qui reposait avant tout sur les alliances entre les
Anikle et les autres lignages dirigeants. Son acte aurait pu révolter les
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 736.
637
Ndenian de Zamaka. Même s’il est possible que son attitude vis-à-vis
des envoyés asante qui exigeront à ses épouses de leur faire à manger a
pu lui coûter cher, il ne faut pas non plus oublier que les Ndenian euxmêmes
avaient des reproches à lui faire.
Que Bemoa ait demandé aux messagers asante, si un étranger
pouvait exiger d’une épouse de l’Asantehene de lui faire à manger,
n’était pas pour déplaire aux Ndenian. En effet ils détestaient les Asante
pour leur despotisme à leur endroit. Or dans l’affaire qui fut à l’origine
de la destitution de Bemoa, c’est son propre neveu utérin et successeur
Tiemele Kotobulale qui le dénoncera1 . C’est le roi Amoakon Dihiè qui
de sa résidence à Amelekia recevra Treich-Laplène le 25 juin 18872. Le
règne de son prédécesseur Boa Kouassi Panyi (Boa Kouassi I) que la
monographie du cercle de l’Indénié place entre 1880 et 1887 est à juste
titre trouvé trop tardif par C. H. Perrot3. En effet pendant son règne une
crise interne éclatera dans le Ndenian. Il sera accusé de sorcellerie et
jugé par les dignitaires du royaume. Or à ce procès étaient présents les
représentants du roi asante et du roi de l’Asahié Wioso. Ceux-ci
n’auraient pu être témoins si cette affaire s’était produite après la prise
de Kumase en 1874.
Le document en question fait croire que les Asante interviennent
directement dans le choix des candidats au trône des Anikle, ce qui n’est
pas exact et ne peut se faire au regard des coutumes akan en la matière.
Ce qui est exigé par le suzerain au chef vassal nouvellement installé, est
de venir lui faire acte d’allégeance. Dans le cas du Ndenian cela se
faisait devant l’Asahié Wiosohene qui en rendait compte au
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, t. 2, p. 603.
2 - Cherruy 1911 Monographie du cercle de l’Indénié. Archives nationales de Côte d’Ivoire II, 12, 244.
FORLACROIX (Christian), ‘’La pénétration française dans l’Indénié (1887-1901)’’, Annales de
l’Université d’Abidjan, série F, tome 1, fascicule 1, Ethnosociologie, pp. 91-136, p. 96.
3 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 93.
638
Bantamanhene qui à son tour en informait l’Asantehene1. Le nouveau
roi Ndenian après, cela prenait soin d’offrir des présents à ses 3 chefs
supérieurs ci-dessus nommés, pour avoir en quelque sorte entériné son
élection par le conseil du siège de son propre royaume. En effet le choix
d’un chef ou d’un roi dépend chez les Akan du conseil du trône,
particulièrement de la reine-mère qui en accord avec les femmes du
lignage propose le candidat approprié, conformément à la coutume au dit
conseil.
Nulle personne qui ne connaît parfaitement l’histoire généalogique
du matrilignage ne peut faire un tel travail, à plus forte raison, un roi
étranger fut-il suzerain. La seule prérogative du suzerain est d’entériner
ou de ne pas entériner le choix porté sur un chef vassal. Mais si ce
dernier fait acte d’allégeance, il a alors le devoir d’entériner son élection.
Nous pensons que les Asante n’ont rien avoir dans l’acte d’accusation
contre Boa Kouassi Panyi. En effet, il était accusé de sorcellerie. Or les
actes du sorcier sont d’abord dirigés contre les membres de son propre
lignage. Y a-t-il eu plusieurs décès inexpliqués dans le lignage Anikle,
pour que Boa Kouassi Panyi soit accusé d’être sorcier ?
Plus que d’être sorcier, Boa Kouassi Panyi était accusé de
posséder des poisons mystiques dont il se servait pour éliminer ses
adversaires et ses ennemis. En Anyi on dit d’un tel homme, qu’il détient
des ‘’mauvais médicaments’’ (o le ayile tè). Evidemment une telle
accusation est difficile à prouver. Dans une telle situation, l’on procède à
une ordalie. Or faire subir cela au roi est sacrilège. Selon la procédure,
avant que les chefs ne fassent un procès au roi, ils s’adressent d’abord au
chef du matrilignage royal (le chef du matrilignage est appelé en anyi
1 - L’Asahié Wiosohene est l’Adamfo local des Ndenian. L’Adamfo principal était le chef de
Bantaman. En clair le roi du Ndenian et ceux des chefferies anyi des confluents du comoé et de la
Manzan servaient l’Asantehene à travers le roi de Wioso et de Bantaman.
639
Abusuan Panyi) et à la reine-mère qui attirent alors l’attention du roi sur
le problème soulevé par les chefs. C’est en cas de récidive que les
dignitaires font un procès au roi, ou l’entendent personnellement à
propos de ce qui lui est reproché. Les Asante n’ont pas été à la base du
procès de Boa Kouassi Panyi. Simplement des Kyeame (porte-parole)
des cours royales de Wioso et Kumase ont été invités à assister au
procès. Nous pensons que le règne de Boa Kouassi Panyi a eu lieu entre
1860 et 1880 mais le procès c’est produit autour de 1870, soit quelques
années avant la chute de Kumase.
Boa Kouassi Panyi sortira blanchi de ce procès1, mais il faut noter
qu’il avait la réputation d’être un roi despote. Autre fait important, il sera
le premier roi après les règnes de ses prédécesseurs, à transférer la
capitale de Sanahouli (Sana Nwuli) à Enyanda (Enianda)2. Or Sanahouli
était chargé de tant de faits des ancêtres, pour que les dignitaires du
royaume acceptent aisément la décision du transfert de la capitale. Or
rien ne justifiait une telle décision. Transférer la capitale implique qu’il
faut déplacer les armoiries, les objets d’attributs royaux et tout cela
nécessite parfois des rituels coûteux. C’est à dessein qu’aucun siège n’a
été consacré à la mémoire de Boa Kouassi Panyi, ni non plus à celle de
Bemoa comme déjà indiqué, ni aussi à celle d’Eborotié3 (Eborokye),
celui qui a massacré les Adifè.
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 97, 98.
2 - Le nom Enyanda, veut dire les fromagers jumelés. Enyanda est présentement un quartier de
Nzaranou (Zaranou).
3 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 23.
640
2 – La domination asante
Si les chefferies anyi des confluents du Comoé et de la Manzan
ont subi la domination asante, la présence de l’Asahié Wioso sur leur
flanc oriental y est pour beaucoup. En effet, c’est Wioso qui connaissant
parfaitement ses voisins, à expliquer au pouvoir asante que ces Anyi
avaient créé des chefferies indépendantes de celle de leur pays d’origine
l’Aowin. Le roi asante fera du roi de l’Asahié Wioso un Adamfo local
chargé de veiller à la docilité de ces chefferies soumises et de veiller sur
les intérêts de l’Asante. Les Ahenekwa (serviteurs du roi) de Wioso et de
Bantaman procédaient à la collecte du tribut annuel1 appelé Asasetuo,
sans compter les collectes extraordinaires qui seront très ruineux pour
plusieurs lignages. Souvent les Asahié Wioso extorquaient de la poudre
d’or à la population en prétendant être mandatés par Kumase. Des
Asante venus de Bantaman agissaient pareillement.
Les populations anyi des confluents du Comoé et de la Manzan
ont été victimes d’arnaques. Les traditions orales d’Ebrossa font aussi
cas de ces arnaques. Des Ahenekwa du Wiosohene et du Bantamanhene
sous prétexte d’être envoyés par l’Asantehene, opéraient impunément
des ponctions en poudre d’or sans que la cour de Kumase soit informée.
Ce rançonnement à grande échelle ruinait les villages. Les manquements
les plus bénins comme celui de passer avec une charge de maïs devant
les Asant, donnait prétexte à une imposition de lourdes amendes2. Au
début du 19° siècle, la cour royale asante consciente du dommage que la
mauvaise action des arnaqueurs causait à l’honorabilité de l’Asantehene,
prendra des mesures fermes. Les chefs vassaux pouvaient se plaindre
directement auprès d’un Okyeame (porte-parole) de la cour de Kumase.
1 - DIABATE (H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 426, 428, 430.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 95.
641
Le premier désigné pour enregistrer les plaintes éventuelles en 1817 sera
Kwadwo Appiani1.
La défaite asante de 1874 donnera l’occasion aux Ndenian et
autres chefferies des confluents du Comoé et de la Manzan, d’être libérés
de la domination asante. Mian kouadio un membre du lignage royal
Anikle dont la nièce était l’épouse d’un porte-parole asante, sera vite
informé des événements qui s’étaient produits en Asante en 1874. Les
Ndenian ne manqueront pas l’occasion d’exécuter des résidents Asante
et Asahié Wioso.
3 – Les crises internes : la quesiton Adifè, le crime
de lèse majesté d’Adu Kofi de Yakasse
Pendant le règne du roi Eborotié (Eborokye) le prédécesseur de
Boa kouassi Panyi, il se produira une crise interne liée au problème
Adifè. Les Adifè dont nous avons expliqué les origines étalaient au
grand jour et même pendant la fête des ignames leur puissance
financière, leur richesse en poudre d’or2. Or selon la coutume akan, c’est
un crime de lèse majesté que d’être plus paré en or que le roi quand il y a
une cérémonie publique et que ce dernier est présent. Le titre de Blemgbi
ou Brempong3 donné au roi prouve que dans la vision sociale et politique
des Akan, le roi est le riche par excellence, et par essence. Brou Kofi
(Bru Kofi) le chef des Adifè n’écoutait pas, lorsqu’on attirait
discrètement son attention sur l’éttalage public de sa richesse en or qui
frustrait le roi Eborotié. Estimant être victime d’une jalousie injuste,
Brou Kofi pousse l’outrecuidance jusqu’a intenté un procès à la cour de
l’Asahié Wiosohene contre le roi Eborotié. Ce dernier fort âgé se fait
1 - BOWDICH, Op. cit., London, 1819, p. 255.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 17.
3 - Blemgbi ou Brempong est le riche par essence. Cette notion est différente du mot ordinaire qui
désigne l’homme riche et qui se dit Esikafoè.
642
représenter par son neveu Mian Kouadio. Nous pensons que l’affaire
Adifè a éclaté vers la fin du règne d’Eborotié soit autour de 1858.
Pour humilier les Adifè, les Anikle rappellent les origines serviles
de leur aïeule Afiwa. Le tambour de devise d’Ahi Abaye pour l’occasion
sort et sa devise est proclamée en ces termes. ‘’Ehele tie, Be ndie kuye’’
(esclave écoute. S’il n’écoute pas tue le)1. Ici il est rappelé aux Adifè
qu’ils sont des esclaves désobéissants à l’endroit de leur maître, donc
candidats aux sacrifices humains rituels faits pour honorer les Dihiè
(nobles) défunts et célébrer leur gloire. A cela, Brou Kofi répond que son
aïeule était a une noble sante simplement victime de guerre et non
achetée comme un Kanga (esclave)2. L’Olifant d’Ahi Abaye est joué qui
dit : ‘’Dihiè o la bè won so’’3 (le noble est sur eux) autrement dit, le
noble est au-dessus d’eux, sur tous ses serviteurs quelque soit leurs
origines.
L’affaire est portée donc à la cour du roi de l’Asahié Wioso qui
tranche en faveur des Anikle. Brou Kofi au mépris de la procédure,
refuse la sentence, et fait aussitôt part de son intention de porter l’affaire
directement devant la cour de l’Asantehene. Or Brou Kofi était un petit
chef dans la hiérarchie des chefs, pour oser faire appel directement à la
cour de Kumase. En suivant la procédure, il lui fallait d’abord s’adresser
au chef de Bantaman. Les Asahié Wioso n’avaient pas apprécié en outre,
que Brou Kofi entre dans Wioso porté dans un palanquin et paré de
nombreux bijoux en or. Il est possible comme la tradition l’indique que
les Anikle aient soudoyé les juges avec de l’or, mais dans le fond ils
avaient raison conformément aux us et coutumes akan, car
1 - Le terme Ehele désigne l’esclave récalcitant. Il est généralement une victime des sacrifices humains
rituels.
2 - Chez les Akan, l’on distingue le captif de guerre (appelé en Twi Domun) et l’esclave acheté
(appelé en Twi Donkô).
3 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, t. 2, p. 719.
643
publiquement, un sujet ne doit pas être plus richement paré que son roi.
Le fait relève d’un crime de lèse majesté.
Brou Kofi avait aussi clairement indiqué son intention de révéler à
la cour de Kumase, les conditions dans lesquelles son aieule une noble
asante a été faite captive. Une telle révélation aurait eu des conséquences
graves. La vengence asante se serait abattue sur les Anikle1 et les
descendants d’Ebiri Moro à Zamaka et dans le Bettié, pour avoir
justement été les auteurs du coup de main de 1718 contre Kumase. Face
à la gravité de cette situation qu’il fallait coûte que coûte empêcher, les
Anikle feront jouer les liens de solidarités matriclaniques avec le lignage
royal de l’Asahié Wioso qui est Asakyiri (à Wioso, le clan Asakyiri est
appelé Asenkera) comme eux-mêmes. Brou Kofi est alors assassiné, et le
village des Adifè est détruit, ses populations massacrées. Les rescapés se
dispersent dans tout le Ndenian. Les Anikle qui sans doute avaient vu
dans l’attitude de Brou Kofi des velléités autonomistes, prennent soin de
mettre le siège des Adifè dans leur propre case des sièges.
Par cet acte, les Anikle mettent fin à l’existence juridique des
Adifè en tant que lignage. En effet le siège est le symbole de la
personnalité du matrilignage. Les Adifè redeviennent simplement des
dépendants au sein du lignage anikle. Les anciens privilèges qu’avaient
les Adifè leurs sont rétirés. Ce sont les petits-fils du village d’Adahou
(Adawu) qui se voient attribuer la fonction d’Abamu (ceux chargés de
l’enterrement du roi) et deviennent aussi les guerriers de l’arrière-garde
(Kyidom).
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 273, 274.
644
Pendant le règne de Tiemele Kotobulalè prédécesseur d’Eborotié,
une crise interne secouera le Ndenian. Adu Kofi l’un des successeurs du
prestigieux chef Adu Panyi de Yakasse, avait la mauvaise habitude
d’être un moqueur invétéré surtout après avoir bu. Il riait de l’infirmité
de la mère du roi Tiemele Kotobulalè, du prénom Asibe1 du roi asante
Osei Bonsu Panyi, et des gros seins du roi Aduhene d’Asahié Wioso2.
Autant de crimes de lèse majesté, risquait d’être préjudiciable pour tout
le Ndenian. Pour prévenir une représaille asante, Tiemele Kotobulalè
prend les devants pour donner une leçon exemplaire à Adu Kofi. A ses
gardes royaux, s’ajoutent de petites unités asante et asahié wioso qui
dévastent Yakasse. Adu Kofi est décapité, des habitants de Yakasse sont
emmenés en captivité. Le lignage royal de Yakasse sera durement touché
par cet épisode douloureux, que l’on peut placer au tout début du 19°
siècle ou plus généralement pendant la première moitié de ce siècle.
Certains oiriginaires de Yakasse se réfugieront à Katimanso dans l’Ano
Abè, dans le Moronou et dans l’Alangoua3.
Ehui Kutua (a ne pas confondre avec le chef guerrier de Boafo
Nda) successeur d’Adu Kofi et dont le père n’est autre que Nda Adu roi
des Alangoua, vu s’attéler à reconstruire Yakasse. Il rappelle les
membres du lignage dispersés. Il se sentait seul (la plupart des hommes
du lignage ayant été massacré) d’où sa devise Bakon4 (fils unique, noble
unique). Il parviendra tant bien que mal à atteindre le but qu’il s’était
fixé, à savoir reconstruire Yakasse.
1 - Asibe est un mot qui désigne un singe de la forêt qui a une morphologie assez grotesque.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 219.
3 - Idem, p. 219.
4 - ‘’Me ka bakon’’ (je jure sur l’enfant unique) deviendra le jurement de Yakasse.
645
4 - La création de nouveaux sièges et villages au 19è siècle
et la compétition au sein du lignage royal Anikle
Le Ndenian au 19è siècle voit la création de nouveaux villages.
Bokakôkôrè et Adahou sont créés par des petits-fils de rois Anikle et
reçoivent des sièges. Eloè Aka fondateur d’Adahou se verra incliner un
siège en sa mémoire. Atiame créé par Atahi Panyi recevra aussi un siège
de petits-fils de roi. Aka Kouassi de Zamaka crée le village d’Apoasso
(Apoisso)1. Quelques Abrade dirigés par Amwatta créent Mbatassie dans
la périphérie d’Apromprom. A partir de Yakasse sont créés une série de
villages ; à savoir Padiema, Zinzenu, Adianekulo, Atotomase, Takulo.
Mbrassue-Takulo a été créé par un lignage Mokyiobo originaire de Dubi
dans le Sanvi. Son fondateur Amon Taki était fils du siège de Yakasse.
Ehuman Kan fils du siège des Asonvon crée le village de Ketesso. Le
nom du lignage dirigeant de ce village se confond avec celui du village
même. Dans le monde anyi, cela se produit parfois. L’on observe ce cas
avec les Simanfoè lignage dont le nom est lié à l’ancien village de
Siman. Kotessiman a aussi été créé par un fils du siège des Asonvon.
Des membres du lignage royal Anikle fondent Amelekia2. Mian
Kouadio un membre du lignage royal des Anikle, celui qui avait
représenté le roi Eborotié dans le procès des Adifè crée son village non
loin de la rivière Benzelebala. Ce village est appelé Mepè Nkrom
(Mpèkrom) ordinairement prononcé Abengourou. Le nom de ce village
est en Twi ou Fante et signifie, je n’aime pas les palabres. Le site sur
lequel a été bâti ce village sera précédemment occupé par un campement
de récolteurs de caoutchouc naturel (ils sont appelés Poyofoè en Anyi),
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 168.
2 - D’après C. H. Perrot ce nom signifie ‘’ne me poursuit pas pour me chercher querelle. C. H.
PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 21. En réalité, Amelekia est simplement une sorte de palmier
dattier de type forestier qui pousse généralement dans les marécages.
646
dont le chef était un Fanti appelé Kofi Manu. Des gens venus d’Assikaso
créeront Bemèkulo près de Mpèkron1.
Les Anikle descendent de l’aïeule Tena Panyi (Tana Panyi). Ses
deux filles Akuma Dua Sereke et Attie panyi vont perpétuer le
matrilignage. Les rois qui ont régné ont souvent été de la branche
d’Akuma Dua Sereke. Or l’affaire Kouassi Afali laissera une fraction
pernicieuse au sein du matrilignage royal. C’est à grand renfort de
sacrifices rituels officiés par le roi des Alangoua d’Ewiawoso et d’une
réconciliation générale que des membres de la branche Attié Panyi
pourront accéder au pouvoir2. Ces faits se sont produits vers la fin du 19è
siècle.
Kb7- Les Anyi Abrade
1 – De l’origine des Anyi Abrade et leur installation
dans la zone d’Angohue
Les Anyi Abrade comme nous l’avons vu vivaient à Assomukulo
sur une partie des terres aowin. Leurs chefs depuis la création
d’Assomukulo avaient été Assomu, Yeboa Andere, Amofo Eseka et
Eblen Bone. C’est pendant le règne d’Eblen Bone qu’éclate la guerre
Aowin-Asante. Après la défaite de l’Aowin en 1721, les Abrade
cherchent à constituer une chefferie autonome autour d’Assomukulo,
comme avaient envisagé de le faire aussi les Aowin du village de Bonza.
Malheureusement leur projet est freiné par le roi Nkoa Okodom de
l’Asahié Wioso, qui cherche à les intégrer à son Etat. Le refus d’Eblen
1 - Patrimoine, Radio-C.I., 01-04-1996, Ebilassekulo. Anyi Asonvon du Ndenian, informateurKakou
Hilaire. Kouassi Bemèkulo a été créé dans une zone appelée naguère Kumandjenu.
2 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, t. 2, p. 737.
Le roi Boa Kouassi II au début du 20° siècle transfert la capitale à Mpèkrom (Abengourou). Les Français
installent un poste militaire colonial près d’Enyanda (Enianda). Le lieu de ce poste militaire est appelé Nzaranou
(Nzaranu) par les Ndenian. Le roi Boa Kouassi II charge Adom un Famienba (fils de roi) de diriger le village de
Nzaranou. Adom était le fils du roi Boa Kouassi Panyi (Boa Kouassi I). Mian Kouadio le fondateur de Mpèkrom
bien que n’ayant pas été roi se verra incliner un siège en sa mémoire. C’est lui qui a aidé au développement du
culte du Tanoè dans le Ndenian. Manzan Kaku était le génie tutélaire du Ndenian.
647
Bone provoque une guerre meurtrière entre les Anyi Abrade et les
Asahié Wioso entre 1721 et 17251.
Les Anyi Abrade n’étaient pas à proprement parlé des Asahié,
mais des habitants de l’Aowin qui occupaient la partie septentrionale du
royaume d’Ano Asema. Leurs terres seront simplement convoitées par
l’ambitieux roi Asahié Wioso Nkoa Okodom. Les Anyi Abrade comme
leur nom Abrade l’indique ? sont de même souche que les Abrade qui
ont créé le royaume Twifo Heman et l’Akwamu. Abrade est l’un des
noms des matriclans Akan. L’on dit plus précisément Aduana Abrade, et
c’est à ce matriclan qu’appartenaient les lignages royaux de l’Abron
Gyaman, du Dôma, de l’Akwamu, des chefferies asante de Nyinahen,
Kumawu, Asumegya. C’est à ce même matriclan qu’appartenait le
lignage royal des Nkusukum d’Akatakyi. Nous pensons que les Anyi
Abrade se sont installés sur les terres Amanfi venant de la zone
d’Asumegya. Ils se sont intégrés au peuple anyi puis, sont venus avec les
autres Anyi en Aowin Nouveau où ils se sont installés à Assomukulo.
En 1725 avec le soutien d’unités asante, les Asahié Wioso sont
vainqueurs, et les Anyi Abrade avec à leur tête Eblen Bone partent vers
l’Ouest et séjournent à Afèwa comme l’avaient fait les Ndenian et
Alangoua. Là, les Anyi Abrade se scindent en deux groupes. Certains
sous la direction de Nda Ngoan vont dans l’Anyi Bona où ils se
regroupent autour de la chefferie de Ndakulo (Ndakro). Les autres sous
la direction d’Eblen Bone dont le chasseur d’origine fante Kofi Aprante
(Kofi Kpondè Atin (Kofi le chercheur de chemin)) était un éclaireur
efficace, s’installent autour d’Angohue. C’est là qu’est décédé Eblen
1 - K. Y. Daaku situe cette guerre un peu après l’intronisation de Nkoa Okodom soit vers 1691. Nous
n’approuvons pas cette date, car si c’était le cas, les Anyi Abrade auraient été les premiers à s’installer dans la
zone du confluent du Comoé et de la Manzan. Bien au contraire, les Anyi Abrade se sont installés un peu après
les autres. Voir DAAKU (K. Y.), ‘’A history of Sefwi…’’, Research Review, op. cit., 1971, p. 3.
648
Bone, inhumé dans le lit du ruisseau Asuekrum1. Nous plaçons l’arrivée
des Abrade dans cette zone autour de 1730. La séparation d’Afewa a été
vécue d’une façon douloureuse par les Anyi Abrade qui en ont fait un
jurement, (Me ka Afewa).
La tradition orale Anyi Abrade raconte que les ancêtres ont au
départ créé 6 villages autour d’Angohue. L’espace Anyi Abrade avait
des limites avec Bettié au niveau du rocher Kongobalu, avec l’Alangoua
au niveau des rapides d’Ahoua Malan (Awoua Malan) sur le comoé avec
le Ndenian au niveau des confluents de la Manzan et du Bossomatie. La
zone occupée par les Anyi Abrade soutient C. H. Perrot était insalubre
car sur les rives du comoé, zone de maladies tropicales endémiques.
Nous avons donné notre position à ce propos, et nous croyons que Jan
Vansina n’est pas loin de notre opinion quand il écrit : ‘’La morbidité et
la mortalité des habitants de la forêt ne sont pas plus élevées qu’ailleurs
quoique les causes d’insalubrité diffèrent’’2. Il y a des adaptations
biologiques remarquables de l’homme dans son environnement, qu’il ne
faut pas négliger. Les Anyi connaissaient ne l’oublions pas des
médicaments très efficaces qui étaient des plantes qui poussaient dans
leur environnement, dans le traitement des maladies endémiques
tropicales.
Les villages autour d’Angohue ont été créés par les chefs guerriers
qui accompagnaient Eblen Bone. Parmi eux, l’on cite Kakabo et Kolande
Panyi. Kouassi Kokoroko le successeur d’Eblen Bone créera le village
de Kouassikulo (Kouassikro) dont, il fera la capitale. La terre autour
d’Angohue était appelée la grande terre (Assiè Pli) parce que zone du
cimetière royal dont était responsable le lignage Asawuabusuanfoè (ou
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 80.
2 - VANSINA (Jan), ‘’L’homme, les forêts et le passé en Afrique’’, Annales, n° 6, pp. 1307-1334,
p. 1309.
649
simplement Asawua)1. Le lignage des Asawua exerçait donc la fonction
de Bamu (chargé du corps et de l’inhumation du roi défunt). Le lignage
chargé du culte des sièges royaux, avait pour résidence principale le
village de Kouadio Apokulo (Apokro). Les Abrade étaient détenteurs
d’un grand tambour royal au moment de leur arrivée à Angohue.
2 – Le désastre de la domination asante et la compétition
entre sièges et matrilignages
La domination asante va durement frapper le pays Anyi Abrade.
Elle a commencé pendant la fin du règne du roi Kouassi Kokoroko, et
s’est accentuée pendant le règne du roi Ta. Deux enfants Anyi Abrade
qui jouaient au jeu de la toupie2 (graine du Dioclea reflexa, un végétal de
la famille des papilionacées) discutèrent sur la façon dont la toupie était
tombée. L’un soutenait qu’elle était mal tombée, et donc non validée, et
l’autre soutenait le contraire. L’un des enfants ‘’jura sur la tête’’3 d’un
Asante de passage dans le village. Ce dernier prétexta que cela équivalait
à ‘’jurer sur la tête’’ du roi des Asante. L’affaire est portée devant le roi
Ta et après négociation avec les Asante, une amende de 5 ta de poudre
d’or (soit environ 260 g de poudre d’or) est fixée4. A défaut de pouvoir
verser la totalité de la somme, les Anyi Abrade à leur corps défendant
ont laissé les Asante prendre en moyenne 20 personnes dans chacun des
7 villages du pays.
Le pays Anyi Abrade sera durement touché par cette ponction
humaine. Même la propre nièce du roi Ta, Ndua Bra était des otages.
1 - A travers le lignage Asawua de l’Abrade, l’on reconnaît le matriclan Sawua qui a donné les Anyi
Sawua du Moronou. Ce matriclan est appelé Azawua chez les Nzema. En fait, Sawua est une autre
dénomination du matriclan Abrade.
2 - Les Anyi appellent atè la toupie.
3 - ‘’Jurer sur la tête d’autrui’’ est une pratique courante chez les Akan. Elle consiste à témoigner de la
véracité des propos que l’on tient.
4 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 95.
650
D’après la tradition orale, les otages n’arriveront même pas à Kumase,
c’est dire qu’un réseau d’arnaqueurs monté par des originaires de
Bantaman et Asahié Wioso écumait la région ; plusieurs lignages seront
complètement ruinés par les fréquentes amendes imposées par les
arnaqueurs. Les habitants des villages éprouvés démographiquement et
financièrement, viendront s’installer dans le village royal. Plusieurs
lignages totalement ruinés sollicitèrent des prêts en poudre d’or auprès
du lignage royal. C’est le cas du lignage des Apoenu qui incapable de
rembourser, mettra en gage son siège ancestral qui se retrouvera dans la
case des sièges du lignage royal.
Les Apoenu mettront en gage Akuba Mboma une des leurs à Yaou
dans le Sanvi. Ainsi une branche du lignage par celle-ci naîtra dans le
Sanvi. Le pays anyi Abrade va connaître pendant le règne de Brube
(Brou Abè) successeur du roi Ta1 une légère prospérité. Ce fut de la 2ème
moitié du 19° siècle au début du 20° siècle. Le commerce le long du
comoé en rapport avec Grand-Bassam, permet aux Anyi Abrade de
devenir des marchands entreprenants. Le roi Brube avait lui-même
plusieurs marchands à son service. La concurrence entre marchands
Anyi Abrade et Bettié sera à l’origine d’escarmouches entre les hommes
du roi Brube et ceux du roi Beniè Kouamé. Pendant cette période de la 2e
moitié du 19è siècle, les rapports des Anyi Abrade avec les voisins Akyé
s’améliorent. Or depuis l’installation autour d’Angohue, ils avaient été
tendus. Au plus fort de la domination asante, pendant le règne du roi Ta,
les Anyi Abrade s’emparaient des Akyé qu’ils rencontraient dans
l’espoir de compenser la baisse démographique qu’ils subissaient.
1 - Le roi Ta est contemporain de Kwaku Dua (1838-1867). Voir C. H. PERROT, Op. cit., Thèse
d’Etat, p. 685.
651
Pendant le règne de Brube, la capitale sera transférée de Kouassikulo à
Assueti1.
Kb8- Les Anyi membres de l’Etat Abron Gyaman : Anyi
Bona, Anyi Djuablen
Kb8a.- Les Anyi Bona
1 – Les différents groupes du pays Anyi Bona
Les Anyi venus de l’Aowin ont rencontré dans le pays qui est
devenu le pays Anyi Bona, des Djimini (Sénoufo) et des Kulango. Ils les
expulseront pour s’installer. Seuls les Kulango du village de Ouatte
(Wate) sont demeurés dans le pays2. Les Anyi Bona venus de l’Aowin
sont les Assuadiè, Amanvuna, Abrade et Samo. Les Samo en arrivant se
sont installés en zone proprement abron à Tièdo où ils dépendaient du
chef abron de Hiango. De là ils viennent créer en zone Bona les villages
de Gnanmanbo, Menianbèwa, Kun Abronso, Kouamekro. Les Essuadiè
étaient guidés au cours de leur exode par Nana Akrassi dont le nom, est
lié au grand siège des Asssuadiè. Ils se sont d’abord installés à Gura qui
est devenu le lieu de sépulture des rois Assuadiè. Nana Yadjo un
chasseur qui explorait la région, a alors découvert la colline Brandrè.
Assuadiè, Amanvuna et Abrade se rassembleront à Amanhia (peuple
rassemblé) à environ 5 km de Koun Fao. De là, les différents groupes se
sont orientés sur plusieurs sites pour fonder des villages. Du siège
d’Akrassi sont nés d’autres sièges comme ceux de Koun Ahonuzi,
1 - Au tout début du 20° siècle, Angama Kabran succède à Brube et créé Abradenou (Abradinou) la
nouvelle capitale. L’extraction active de l’or autour d’Abradenou amène tous les Anyi Abrade à s’y
rassembler. Les Abrade de l’Anyi Abrade maintiendront des rapports étroits avec leurs frères qui
sont dans l’Anyi Bona. Les obsèques et l’accès à l’héritage étaient des moyens qui permettaient
d’entretenir ces rapports.
2 - ESCHLIMANN (J. P.), ‘’Surbordination des techniques d’enquête à la transmission traditionnelle du savoir’’,
Annales de l’Université d’Abidjan, 1980, série I, tome VIII, Histoire, pp. 49-78, p. 57.
652
Akakro, et Tienkonakro. Les Amanvuna ont trois villages centres,
Wandji, Ameakro, Kotoku Ayera. Ils ont créé d’autres villages comme
Yomankro, Yabraso, Adoukro, Tankesse, Angoua Kouadiokro.
D’autres villages Assuadiè sont Attakro, Asuamakro, Alikoassue,
Kodiena, Mbekoudrokro, Ngumsa, Bossignamienkro, Dobassue etc. Les
Anyi Abrade ont pour village centre Ndakro, et comptent d’autre villages
comme Dihinibo, Presso, Nguessanbrendoukro, Yaokro, Akasso (Akaso)
etc.1 A la suite de Nda Ngoan, Kumi Sadiane (Sadjane) mène à terme
l’exode2. Les différentes chefferies de l’Anyi Bona étaient autonomes les
unes des autres. Au vu de tout ce que nous avons indiqué à propos de la
migration aowin à partir de 1721, nous plaçons la venue des Assuadiè,
Amanvuna et Samo dans le pays Anyi Bona autour de 1725. Celle des
Anyi Abrade à cause de la guerre éprouvante contre les Asahié Wioso,
nous la plaçons vers 1730.
Les Anyi Bona du groupe Dèngassô3 se savent d’origine Denkyira,
mais ont longtemps séjourné à Asankra4 (Asankra Bramanyin ou
Asankragua) sur les terres Amanfi. Cette localité relevera par la suite du
Wassa Fiase. C’est le chef Asuma Yemene qui les a menés du Denkyira
aux terres de l’Amanfi. Là ils vivent au sein des Aowin. Leurs chefs
seront alors Aka Dam puis Allou Boa (Alu Boa). Une partie de leur
groupe s’en ira en pays Nzema. Sous la conduite de Prao Bilé une autre
partie du groupe qui s’était installé en Aowin Nouveau, quitte ce pays à
cause de la guerre de 1721. Quand Prao Bilé arrive dans l’Anyi Bona, le
pays est déjà sous domination Abron Gyaman. Une frange du groupe qui
s’était installée en pays Nzema sous la conduite d’Aka, rejoint celle que
1 - KOUAKOU Kouamé Marc, Les débuts de l’église catholique dans la région Agni-Bona (1934-
1964), Mémoire d’Histoire, FLASH, 1988-1989, 157 p., p. 15.
2 - TERRAY (E.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 624.
3 - Ce nom signifie ; la douceur ne demeure pas toujours.
4 - KOUAKOU (Bini), Op. cit., Thèse de 3° cycle, p. 107.
653
dirigeait Prao Bilé. Les Dèngassô créent Dokanou, Assindi, Tanokofikro,
Abokro, Anokyikro etc. Nous plaçons l’arrivée des Dèngasso avec la
vague dirigée par Prao Bilé autour de 1732 et celle dirigée par Aka
autour de 1733.
D’autres Denkyira dont le premier chef d’exode sera Bosuman
Grawiri1 créeront Broukro dans l’Anyi Bona sous la direction de Missié.
Une partie du groupe dirigée par Kouakou Fiéni (Kwaku Fieni) s’installe
en zone proprement Abron Gyaman pour fonder Guiendé2. Les
fondateurs du village Anyi Bona de Kôtônguanda viennent du village
d’Awuku qui précisent les traditions orales, est le village natif du
célébrissime Okomfo Anokye. Les fondateurs de Kôtônguanda sont
partis d’Awuku des suites d’un litige à propos de la succession au siège
de la reine-mère Ya Tchian. Sa fille Afrumu décide de partir avec les
siens. Son époux Eyè conduira l’exode. Au cours de leurs déplacements
leur peuple a eu à parler différentes langues à savoir l’Aha (Twi), le
Fante et enfin l’Anyi Bona. Dans l’Anyi Bona, ils ont occupé différents
sites comme Awabo (Abrossam), Fohiboka, Marassue, Brandrè,
Djeduabo, Kotongbofoanso puis enfin Kôtônguanda (Kôtôngwanda).
C’est à partir de Djeduabo que la population a essaimé. Dès l’arrivée du
peuple dans l’Anyi Bona, ses dirigeants sont allés faire acte d’allégeance
au roi Abron Gyaman, et ont été placés dans la division Ahenefie
(domaine du roi) où ils exerceront la fonction de Kyeame (porte-parole)3.
Quel commentaire peut-on faire de la tradition orale de
Kôtôngwanda ? La tradition orale est merveilleuse. En effet, Awuku ou
1 - TERRAY (E.), Op. cit., Thèse d’Etat, t. 3, p. 868.
2 - KOUAKOU (Bini), Op. cit., Thèse de 3° cycle, p. 203. Brou dont le nom a été donné au village de
Broukro était la soeur de Busuman Grawiri. Nous avons eu à indiquer que ce peuple devait être
dirigé par un lignage de clan Asôkôre.
3 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I., 20-10-1986, Kôtônguanda.
654
plus précisément Awukugua village Akwapem qui naguère relevait du
grand Etat Akwamu est bel et bien le village d’origine d’Okomfo
Anokye. Cela est confirmé par la tradition orale des Kyerepong, peuple
Guan de l’Akwapem1. Awukugua a été créé par des Guan du groupe
Kyerepong. Les fondateurs de Kôtonguanda sont donc des Guan
Kyerepong sujets de l’Etat Akwamu qui au-delà des raisons particulières
que leurs traditions évoquent pour expliquer leur départ, peuvent être
partis à cause de la guerre qui est à l’origine de la défaite Akwamu de
1730. A Awuku, ils parlaient Guan et Twi. Le passage sur les terres
Fante les amène à pratiquer le Fante. Quand ils arrivent dans l’Anyi
Bona peut-être autour de 1740, ils adoptent la langue Anyi.
Un groupe d’Abron Gyaman dirigé par Tano Kouakou (Tano
Kwaku) est parti du village de Diene dans la zone de Tanda, pour venir
s’installer dans un premier temps à Kouamekro auprès du chef anyi
Abrade appelé Kouamé Sombra (Kwame Sombra). Nana Kakahua
découvrira le site aurifère de Kokodjan (Kongodjan) où viendra alors
s’installer Tano Kouakou avec le peuple. Des originaires de Broukro
viendront s’établir à Kokodjan. Nana Tano Kouakou allé chercher des
plantes médicinales pour soigner son épouse Akua Fie qui souffrait
d’une plaie incurable, découvre une rivière limpide qu’il appellera
Dognima. Il trouvait que les eaux de cette rivière étaient aussi claires que
les yeux du masque Do2. Tano Kouakou créera un village près de cette
rivière. Le village sera aussi appelé Dognima. Des familles venues
d’Awienou, et Broukro viendront vivre à Dognima. De même des Dôma
dirigés par Kôtôkô Yao (Kôtôkô Yaw) viendront s’établir à Dognima.
Ces Dôma là, portaient le nom particulier de Dakwa Abondji Kôtôkô.
1 - OTUTU Bagyire VI Abiriwhene, ‘’The Guans : a preliminary note’’, Ghana notes and Queries,
n° 7, january 1965, pp. 21-24.
2 - Patrimoine, Radio-C.I, Diemba (Dognima), village Anyi-Bona, sous-préfecture de Koun-Fao,
23-01-1995.
655
Leur chef Kôtôkô Yao était un guerrier au service du roi Abron Gyaman
Kwaku Agyeman. Le village de Dognima a sans doute été créé pendant
la 2è moitié du 19° siècle.
Des Nkoranza venus du royaume Nkoranza vont s’établir dans
l’Anyi Bona. Ils sont arrivés sans doute là, après la guerre de répression
du roi Osei Bonsu Panyi contre le roi de Nkoranza Wiafe Akenten. Ce
fut pendant la première moitié du 19è siècle. Ils sont passés par Tanoso,
Abessim et Soko avant de rencontrer les Assuadiè près de la colline
Brandrè. Après quelques frictions entre les deux groupes vite réglées par
les bons soins du roi Abron Gyaman, les Nkoranza s’installent dans
l’Anyi Bona1.
2 – L’intégration à l’Etat Abron Gyaman
Quand les Anyi Assuadiè et Amanvuna étaient dans la zone de
Gura, ils ont été attaqués et vaincus par les Abron Gyaman. Ces derniers
admirant le courage de ces Anyi, les ont appelés Kasièsè ou Kasiogo.
Après la défaite et la soumission au roi des Abron Gyaman, ils se sont
rassemblés à Amanhia. Les Abron Gyaman feront dans un premier temps
du chef des Assuadiè, le responsable militaire de la zone Anyi Bona. Par
la suite le Siengihene (Siendjihene), chef de province Abron Gyaman
donnera cette charge à Prao Bilé, en lui remettant un sabre (Koto)
symbole de son autorité militaire dans le pays Anyi Bona en temps de
guerre. Quand le chef des Assuadiè exerçait cette fonction, un tambour
lui avait été offert par les Abron Gyaman. Quand le royaume Abron
Gyaman entrait en guerre, les Anyi Bona sous la direction militaire du
1 - Connais-tu mon beau pays ? Lundi 16 avril 1990, Radio-C.I, Koun Abronso, S/P de Koun Fao.
656
chef de Dèngaso combattaient dans la division Angobia dirigée par le
Siengihene qui est justement l’Angobiahene1.
D’après E. Terray c’est vers la fin du règne de Tan Datè soit vers
1710, que les Anyi Bona ici Assuadiè et Amanvuna ont été soumis par
les Abron Gyaman2. Nous n’approuvons pas la date que propose E.
Terray. D’abord pour la simple raison que la grande migration Aowin
comme nous l’avons montré a commencé en 1721. Les Assuadiè et
Amanvuna sont arrivés à Pala Gura vers 1725. Aussi nous situons la
défaite Anyi Bona face aux Abron Gyaman entre 1726 et 1727. Cette
victoire des Abron Gyaman, sera effectivement l’oeuvre de Tan Datè
dont le tambour dit qu’il a vaincu et tué le chef Anyi Bona d’Anhoro3.
Kb8b – Les Anyi Djuablen
1 – Les mercenaires Suamara de Dadièso
Les Anyi Djuablen à travers leurs traditions orales indiquent
clairement être originaires de Dadièso dans le Suamara4. Ils étaient des
guerriers venus sur la demande du roi Abron Gyaman, l’aider à mener
une guerre contre les Kulango de Buna. Le roi Abron en question est
Kossohonou5. Cet événement s’est produit autour de 1750. Les versions
divergent au sujet du roi de Dadièso qui a ordonné à ses guerriers d’aller
soutenir les Abron. Un document anglais parle à ce propos de Ousu
Panyin (Owusu Panyi)6, et donne aussi la même raison telle qu’indiquée
par la tradition quant à la raison de l’installation des Anyi djuablen dans
1 - KOUAKOU (Bini), Op. cit., Thèse de 3° cycle, p. 203.
2 - TERRAY (E.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 625, 626.
3 - KOUAKOU (Bini), Op. cit., Thèse de 3° cycle, p. 226.
4 - Connais-tu mon beau pays ? Yoboakro, 14-01-1991, Radio-C.I, informateur Angaman Aka Joseph.
5 - Annan Elisabeth, Op. cit., Thèse de 3° cycle, informateur M. Amasin, p. 158.
6 - Co 879/37, Palaver, n° 31, Assikaso.
657
leur pays actuel. Pour C. H. Perrot il s’agirait d’Ebi Kouao (Kwao)1. La
tradition orale d’Akoboassue parle-t-elle de Nana Brembini2
Le chef guerrier qui dirigeait les troupes des Suamara de Dadièso
dans cette expédition, se nommait Blendu3 Asamandjè. La coutume akan
prévoit que celui qui sollicite des guerriers paye le prix de sa demande.
C’est ce que fera Kosohonou vis-à-vis d’Owusu Panyi. (A notre avis le
roi de Dadièso devait être Owusu Panyi comme indiqué par le document
anglais). La tradition orale parle de 7 fusils ou 7 chefs guerriers qui
accompagnaient Blendu Asamandjè. Il faut entendre par-là 7 chefs
guerriers comptant dans leur unité en moyenne 33 hommes4 soit environ
231 guerriers. Parmi les chefs guerriers l’on avait Amea Kankan, Api
Yeboa, Bendè, Kofi Nangô, Kouadio Assemian, Ndjorè, Kouakou Anini.
Reprenant à leur compte l’information de Maurice Delafosse
d’après laquelle les Suamara viennent de l’Adeysa et sont une sous-tribu
nzema5, Sie Koffi6 et Bouadi Kindo n’ont pas soumis celle-ci à une
vérification en faisant entre autre appel à la tradition orale de Dadièso.
Aucune région Akan ne porte le nom Adeysa. En outre les Suamara ne
sont nullement un sous-groupe nzema. Les Suamara de Dadièso sont des
guerriers Asante venus de la cité de Kenyase dans l’Asante Juaben. Ils
étaient dirigés par Nana Yentumi et Nana Kwasi Nyandakyi. Ils avaient
été chargés par le roi Opoku Ware de pourchasser le chef guerrier Ebiri
Moro7. Ils prendront en fait part à la guerre asante de 1721 contre
1 - PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 204.
2 - Patrimoine, Radio-C.I, Akoboassue 15-07-1996, informateur Bende Tano.
3 - Le document anglais que nous avons cité parle de Bentito comme chef de l’expédition. L’on voit
bien que Bentito est une autre transcription de Blendu. Co 879/37, Palaver, 31, Assikaso. Connaistu
mon beau pays ? Radio-C.I, Tinguanla, 15-07-1991.
4 - Les unités combattantes chez les Akan comprennent chacune en moyenne 33 hommes.
5 - Maurice Delafosse, Essai de Manuel Agni, p. 199, 200.
6 - Sie Koffi, Les Anyi-Diabé, histoire et société, Thèse de 3° cycle, Université de Paris I Panthéon
Sorbonne, 15 octobre 1976, 245 p., p. 35.
-BOUADI Kindo, Dynamisme économique et organisation de l’espace rural chez l’Agni du Ndenian
et du Duablin, Thèse de 3e cycle, Faculté des Lettres, 22 juin 1978, p. 116, 117.
7 - DIABATE (H.), Op. cit., Thèse d’Etat, vol. VI, p. 590, 591.
658
l’Aowin, après l’incursion à Kumase d’Ebiri Moro en 1718. La zone
Suamara de Dadièso comme le dit K. Y Daaku sera une marche frontière
créée par des Asante contre l’Aowin1.
Après une campagne militaire victorieuse aux côtés des Abron
Gyaman, le corps expéditionnaire des Suamara de Dadièso comptait
rentrer chez lui, bien que le roi Kossohonou avait exprimé son désir de le
voir rester sur ses terres. Les Suamara passent alors par Gula ou Paragula
dans la zone de Tanda, puis font escale à Dokanou (Dokanu). Là, la
princesse Tchindjua aurait planté des palmiers raphia d’où le nom donné
à cette zone ; Dokanou2 (dans les palmiers raphia). Les Anyi Bona
vivaient déjà dans la région. Se livrant à la chasse pour vivre, ils partent
de Dokanou, et arrivent sur les rives de la rivière Bassô. Mais la
découverte en ce lieu de filons d’or change leur projet, car ils
abandonnent l’idée de rentrer à Dadièso.
2 – La découverte de l’or d’Assikaso et la naissance
de la chefferie Anyi Djuablen
La découverte de l’or dans la rivière Bassô pousse les Suamara à
s’installer à Assikaso (sur l’or autrement dit, le lieu de l’or) où ils se
livrent à l’orpaillage. Une délégation est dépêchée à Dadièso, pour
annoncer la bonne nouvelle de la découverte de l’or sur les rives de la
Bassô3. D’autres Suamara partent alors de Dadièso pour venir faire
fortune dans l’‘’El dorado’’ d’Assikaso. Plusieurs campements
d’exploitation de l’or sont créés le long de la Bassô comme Kominli4.
Nous plaçons l’épisode de la découverte de l’or d’Assikaso et la venue
1 - DAAKU (K. Y), ‘’Unknow Aowin and its people and their traditional history’’ IAS, Legon 1973.
2 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, 15-07-1991, Tinguanla (Tanguela).
3 - La tradition orale de Tinguanla dit que Kofi Nangô et Tchindjua ont envoyé des messagers à
Dadièso informer les membres de la famille là-bas de la découverte de l’or à Assikaso. Connais-tu
mon beau pays ? Tinguanla.
4 - Ibid.
659
de nouvelles colonies Suamara autour de 1753. C’est en se rendant
justement à Assikaso, que des Bessefoè un lignage qui s’est installé à
Dadièso du fait d’une alliance matrimoniale, s’est installé finalement à
Sankadiokulo dans le Ndenian1.
Siè Koffi fait une distinction fort inopportune entre ceux qu’il
appelle les Diabè et les Dadièsofoè2 (ceux de Dadièso). Il s’agit là d’une
erreur historique. En effet nous l’avons montré grâce aux traditions
orales de Dadièso, les Suamara de Dadièso sont originaires de Kenyase
dans le Juaben (Juaben est l’un des royaumes de la confédération
asante). Le nom Diabe tel que transcrit par Sie Kofi n’est autre que
Juaben. Au demeurant, c’est en se fondant sur l’origine Juaben de leurs
ancêtres, que les Suamara installés à Assikaso ont appelé leur chefferie
Djuablen (comme on le voit, Djuablen est une autre forme prononcée du
même nom Juaben) et se sont appelés eux-mêmes Anyi Djuablen. Les
Suamara de l’Anyi Djuablen et les Suamara de Dadièso sont un seul et
même peuple. C’est pourquoi quand il fallut organiser la nouvelle
colonie de l’Assikaso, le roi de Dadièso interviendra directement.
Blendu Asamandjè qui avait dirigé les guerriers Suamara dans
l’expédition aux côtés des Abron Gyaman, deviendra le premier chef de
la communauté Suamara créée autour d’Assikaso. C’est ainsi que
commencera à prendre forme la chefferie Anyi Djuablen.
A partir d’Assikaso, les Suamara ont essaimé pour créer plusieurs
villages. Amea Kankan créera le village d’Akue Bonguaso. Des
habitants de ce village créeront Kpagbaso (actuel Agnuanfoutou). Nana
Ahu (Ahou) soeur d’Api Yeboa fondera Yeboakro (Yoboakro). Ces
1 - Ahi Bra une femme du lignage Bessefoè était l’épouse de Kouakou Anini (Kwaku Anini) l’un des
guerriers du corps expéditionnaire Suamara venu aider les Abron à faire la guerre aux Kulango de
Buna. Voir PERROT (C. H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 204.
2 - SIE Koffi, Op. cit., p. 51.
660
villages seront créés par des membres d’un même matrilignage1. Nana
Bendè l’un des participants à la campagne militaire des Suamara, sera
succédé par Nana Koua Kan (Kwa Kan) qui à partir d’Assikaso créera
Akoboassue. Des habitants d’Akoboassue créeront Manzanoan2.
Toujours à partir d’Assikaso, Nana Angaman fondera Dame, Nana Atta
Kouassi (Ata Kwasi) créera Tinguanla non loin des Rives de la rivière
Adjôma. Atta Kouassi indique la tradition de Tinguanla était le neveu
utérin de Blendu Asamandjè. Leur matrilignage est celui des Abôssoè3.
En essaimant vers l’Ouest, les Anyi Djuablen ont rencontré les Ano Abè
de la zone de Duffurebo. Le roi Agnini Bilé à partir d’Assikaso créera
Agninibilekro (Agninibilekrou) qui deviendra après Assikaso la capitale
de la chefferie Anyi Djuablen.
Nana Ndjorè à partir d’Assikaso créera Ndjorèkro. A son groupe
se joindra Nana Aboya et ses sujets, des originaires du Bettié4. Blendu
un fils du roi Agnini Bilé à partir d’Agninibilekro créera Blendukro
(Brendoukro) cela vers la fin du 19° siècle5.
3 – Les rapports avec Dadièso et avec les dirigeants
Abron Gyaman
La tradition orale de Tinguanla, indique clairement que c’est le roi
de Dadièso qui fera de Blendu Asamandjè le chef de la colonie Suamara
d’Assikaso6 . Pendant la 2e moitié du 19è siècle, le roi de Dadièso,
1 - Les villages d’Akuebonguaso, Kpagbaso et Yeboakro vont se regrouper pendant l’époque coloniale
pour former le gros village de Yeboakro (Yoboakro). Voir, connais-tu mon beau pays ? Yoboakro
(Yeboakro).
2 - Deux soeurs du lignage fondateur d’Akoboassue ont par alliance matrimoniale permis d’avoir une
branche du lignage dans l’Anyi Bona, dans les villages d’Akakablankro et Tchinkouakro. Des
habitants d’Akoboassue ont créé Nyametchian, Essanu, Ebidaebiso des villages qui sont en
territoire de la République du Ghana.
3 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, 15-07-1991. Tinguanla (Tanguela).
4 - Patrimoine, Radio-C.I, Ndjorèkro, 22-07-1996, informateurs, Kouao Aboya, Kouadio Eponon.
5 - Blendu fils du roi Agnini Bilé a reçu le nom de l’ancêtre Blendu Asamandjè.
6 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, 15-07-1991, Tinguanla.
661
Bekuow s’est rendu personnellement à Assikaso pour présider à
l’intronisation du nouveau roi Anyi Djuablen conformément aux
coutumes Suamara1. Assemien Kwadjane sera le successeur de Blendu
Asamandjè, et lui-même succédé par Kpanyi Kouamé (Kpangni Kwame)
désigné depuis Dadièso et arrivé à Assikaso avec un ancien siège sacré.
D’après Siè Koffi, ce serait grâce à ce siège qu’il fera admettre sa
légitimité, et ainsi provoquera un changement dynastique2 car des
membres de son lignage, Ettien Kouassi, et Ahua Kotoki lui succèderont.
L’analyse de Siè Koffi est inexacte. Une véritable chefferie Akan
repose sur un siège. Or Blendu Asamandjè n’avait été envoyé que pour
une mission militaire ponctuelle. Après l’expédition, il devait rentrer à
Dadièso avec les troupes. Or la découverte de l’or sur les rives de la
Bassô, modifie les données et un foyer d’établissement se crée. Il fallait
donc établir les fondements d’une chefferie pour administrer les
populations d’Assikaso, sans cesse en augmentation grâce à ceux qui
venaient de Dadièso attirés par la prospérité aurifère de la région. Quel
siège a précédé celui apporté depuis Dadièso par Kpanyi Kouame ?
Aucun. Si l’on veut tenir compte de la tradition politique akan, les
prédécesseurs de Kpanyi Kouamé à savoir Blendu Asamandjè et
Assemien Kwadjané n’ont pas été de véritables rois (Blemgbi, Ohene)
mais des Odekro ou Kulo Panyi c’est-à-dire des chefs dont l’autorité ne
reposaient pas sur un siège. Il est clair qu’alors les Suamara rassemblés à
Assikaso, ne reconnaissaient pour roi que le roi de Dadièso. Blendu
Asamandjè et Assemien Kwadjané ne disposaient que d’une délégation
de pouvoir de la part du roi de Dadièso.
1 - Co 879/37, Palaver, n° 20, Dadiassu, 15 mars 1892.
2 - SIE Koffi, Op. cit., p. 59.
662
Cependant après le décès de Blendu Asamandjè, un siège sera
incliné en sa mémoire. On le fera pour Assemien Kwadjané quand il
décédera. Or ces deux sièges étaient récents et sans prestige, car selon la
conception politique akan, les sièges les plus anciens sont plus
prestigieux et ont plus de rayonnement. Pour donner des fondements
solides à la nouvelle chefferie d’Assikaso, il fallait un siège plus ancien
et c’est pourquoi le roi de Dadièso prendra l’un des anciens sièges dans
la case des sièges pour le remettre à Kpanyi Kouamé. Celui-ci a été
désigné héritier d’Assemien Kwadjané conformément à la coutume, car
ils sont membres du matrilignage Abôssoè.
Ce même matrilignage qui est en fait de clan ôyôkô dirige
Tinguanla, Dadièso même et Kétèso dans le Sanvi. Poursuivant dans
l’erreur, Siè Koffi indique qu’après Ahua Kotoki, le pouvoir revient
entre les mains de Kofi Nangô de l’ancienne dynastie dit-il issue de
Blendu Asamandjè1. Autre confusion, Siè Koffi fait du roi Agnini Bilé le
propre fils du roi Kofi Nangô ci-dessus nommé, dont il est dit-il aussi le
successeur2. Nous sommes par contre d’accord avec lui quand il dit
qu’Agnini Bilé est descendant de Kôkô Djobo la soeur de Blendu
Asamandjè3. Nous ne partageons pas l’autre idée de Siè Koffi pour la
raison suivante. Si Agnini Bilé était le fils du précédent roi Kofi Nangô,
cela indiquerait que l’on ait eu affaire à une union incestueuse entre Kofi
Nangô et la mère d’Agnini Bilé. La société Anyi Djuablen est une
société où la transmission du pouvoir politique est matrilinéaire. Si Kofi
Nangô a été roi parce que de même matrilignage que Blendu Asamandjè,
il ne peut avoir été l’époux de la mère d’Agnini Bilé qui descend en
ligne utérine de Kôkô Djobo la soeur du même Blendu Asamandjè.
1 - SIE Koffi, Op. cit., p. 59.
Il ne faut pas confondre ce Kofi Nangô avec celui qui a pris part à l’expédition militaire.
2 - SIE Koffi, Op. cit., p. 59.
3 - Idem.
663
Voici d’où vient la confusion de Siè Koffi. Le père du roi Agnini
Bilé (il s’agit d’Agnini Bilé le premier du nom donc Agnini Bilé Panyi)
s’appelait certes Kofi Nangô, mais il s’agissait du fils d’un homme du
matrilignage royal des Abôssoè. Il a justement reçu le nom d’un membre
célèbre du matrilignage royal, celui qui a pris part à l’expédition aux
côtés de son parent utérin Blendu Asamandjè et dont le neveu utérin
direct est Atta Kouassi le fondateur de Tinguanla. Il est courant chez les
Akan qu’un homme donne en mariage à un de ses fils une de ses nièces,
fille de sa soeur utérine. Une telle union est appelée ‘’mariage de cour’’
(aoulo adjalè). C’est ce qui s’est produit dans le cas des géniteurs du roi
Agnini Bilé. Son prédécesseur n’est pas son père, mais son oncle utérin
qui a reçu pour nom de règne Kofi Nangô, qui est justement le nom du
membre du matrilignage royal des Abôssoè qui, a participé aux côtés de
Blendu Asamandjè à l’expédition militaire aux côtés des Abron Gyaman
contre Buna. Il n’y a donc pas eu de changement dynastique, Kpanyi
Kouamé a simplement été choisi au sein des membres du même
matrilignage demeurés à Dadièso. Yao Efoum (Yaw Efum) qui a
succédé à Agnini Bilé, est décédé en 1898.
Il est dit encore pendant la 2e moitié du 19è siècle, que le roi
Bekuow de Dadièso a une grande autorité sur les gens d’Assikaso1. Les
Anyi Djuablen en s’installant sur des terres contrôlées par l’Etat Abron
Gyaman, seront du coup des dépendants du suzerain Abron Gyaman.
C’est ainsi que conformément à la coutume, le tiers de l’or exploité sur
les rives de la Bassô revenait au roi Abron Gyaman. La tradition orale
d’Akoboassue précise que quand leurs ancêtres vivaient à Bendekro, les
serviteurs de la cour du roi Abron Gyaman venaient leur extorquer de
l’or. Un jour un notable Anyi Djuablen appelé Djedou (Gyedu, Djedu)
1 - Pro Co 879/37, Enclosure, n° 17.
664
qui en avait assez, brisa la canne du prote-canne abron, de même que le
sabre (Ehôtô) que tenait un Ahenekwa (serviteur du roi). Redoutant des
représailles devant un tel crime de lèse majesté, les Anyi Djuablen
quittent Bendekro. Leur objectif était de retourner à Dadièso1.
Cependant le roi Abron Gyaman qui s’était bien informé à propos
des abus dont se rendaient coupables certains de ses Ahenekwa
(serviteurs du roi), renforcera son alliance avec les Anyi Djuablen et à
cette occasion, les Anyi Djuablen concluront aussi une alliance avec les
Anyi du Barabo2, qui sont aussi sujets du roi Abron.
Kb9- La formation du peuple wawolé : les faits majeurs
de son histoire
1 – Les différentes phases des migrations et du
peuplement de l’espace wawolé
1-1.- Le peuplement Akpati, Ngen, Akrowou, Goli
Wamala, Gbomi
Les Wawolé (Baoulé) occupent le centre de la Côte d’Ivoire
actuelle. Leur territoire a une forme triangulaire dont la hauteur pointe
vers le Sud, dans le Bas-Bandama. Il s’agit de la région des confluents
du Bandama et du Nzi. La base de leur territoire à forme triangulaire
s’étend aux régions de Béoumi, Bodokro, Bouaké et Mbahiakro.
L’espace géographique occupé par les Wawolé va grosso modo des rives
du Bandama à l’Ouest aux rives du Nzi à l’Est. Les régions des Ayaou,
Yaourè, Suamenle et Elomuen débordent à certains endroits le fleuve
Bandama sur le flanc occidental. Des Ahali, Faafoè et Sono ont leurs
terroirs qui sont légèrement au-delà du flanc oriental du Nzi, un affluent
1 - Patrimoine, Radio-C.I, Akoboassue, 15-07-1996.
2 - Ibid. Les Anyi Djuablen de Bendekro ne s’en retourneront pas à Dadièso mais créeront Akoboassué.
665
du Bandama. Le territoire ou confluent nzi et comoé est en réalité celui
du peuple Ano (Anofoè) et Ano Abè et non à proprement parlé celui des
Wawolé.
Le peuple Wawolé est l’un des peuples de Côte d’Ivoire dont la
formation est des plus récentes, car ayant eu lieu pratiquement entre le
18° siècle et le 19è siècle. L’histoire des Wawolé est donc assez récente,
et pourtant que de points d’ombres dans les connaissances sur leur
passé ! L’on peut entre autres énumérer, les questions chronologiques
ayant trait aux périodes de leurs migrations et leurs implantations dans
l’espace qui est le leur aujourd’hui. L’étonnement devant une croissance
rapide de ses populations d’autant plus qu’il est d’admis, on ne sait trop
comment, que les migrants de souche Akan étaient numériquement peu
nombreux. Ne serait-ce qu’en tablant sur les sous-groupes wawolé, ils
sont presque tous de souche akan, nonobstant les éléments non akan qui
ont été intégrés dans les ensembles familiaux (aoulobo).
Le problème de l’identification des peuples pré-wawolé, celui de
l’existence ou non de plusieurs royaumes ou d’un Etat, le problème du
peuplement du Wawolé-Sud et celui de la diffusion des hommes dans
l’espace wawolé en général. Timothy Claude Weiskel auteur d’une thèse
sur les Wawolé posait le problème des connaissances sur l’histoire
précoloniale du peuple wawolé, des mécanismes précis de sa formation,
de son expansion et de son intégration dans l’espace qui est le sien1. Ces
questions demeurent encore sans réponses, nous les aborderons. La
formation du peuple wawolé est le résultat d’un processus complexe
dont il faut classer de manière adéquate les pièces du puzzle, si l’on veut
en avoir une idée claire.
1 - WEISKEL (Timothy Claude), French colonial rule and the Baule people : resistance and
collaboration 1889-1911, Thesis, University of Oxford, july 1977, 387 p., p. 9.
666
Les moyens dont nous userons pour donner des réponses aux
questions non encore élucidées de l’histoire des Wawolé, seront de
plusieurs ordres. Pour résoudre certaines questions chronologiques, telles
que les périodes de leurs migrations, nous ferons appel aux sources
écrites hollandaises. La référence aux traditions orales des peuples akan
du Ghana actuel révèle certains pans de l’histoire des Wawolé.
Particulièrement celles des Suamara (Suamala) de Dadièso et dans une
moindre mesure celles de Bosomoiso (Bosomoaso) dans l’Asahié Wioso
et de l’Ahafo. Il faut rééquilibrer les données de la tradition orale des
Walèbo (Walèbo-Agoua) auxquelles Maurice Delafosse a largement fait
écho, avec celles des autres sous-groupes wawolé. En effet, certains
sous-groupes comme les Aïtou (Lomo Aïtou, Awutou, Awutu), les
Ngban, les Elomuen, les Suamenle, les Nzikpli, les Alanguira-Agba ont
connu des événements historiques particuliers, dont il faut tenir compte
en s’appuyant sur leurs traditions orales propres.
Il faut replacer l’histoire des Wawolé dans celle plus vaste du
monde akan dans son ensemble. La gestation du peuple wawolé prend
véritablement forme avec le peuplement Assabou (Assabu). Les Assabou
sont les Wawolé qui ont migré sous la direction de la reine Abraha
Pokou. Cependant, le pays était déjà riche en occupations humaines dont
il convient de présenter les peuples qui en sont les auteurs. Nous avons
choisi de ne pas être prolixe sur les peules pré-Assabou qui ne sont pas
issus du ‘’continuum’’ culturel Akan, parce que la naissance du peuple
wawolé a été avant tout l’oeuvre de migrants akan.
Des groupes sénoufo divers peuplaient le futur espace wawolé,
particulièrement les Babaala communément appelés Tagbana dont l’aire
d’occupation était assez vaste, s’étendant vers le Sud de la région de
Bouaké jusqu’à la hauteur de Tiébissou depuis des zones plus au Nord
667
comme l’actuel Worodougou, Kong et Katiola1. Ils ont des descendants
qui ont été phagocytés dans les unités familiales des Wawolé Goli,
Satrikan, Faafoè, Bro et Ahali2. Les Kouéni (Gouro) seront repoussés par
les Wawolé sur les rives occidentales du Bandama. Ceux faits
prisonniers de guerre, seront intégrés aux ensembles familiaux des
Wawolé. Les Wan, un peuple mandé-sud sera traité de la même manière
par les Wawolé. Les traditions orales des Wawolé, foisonnent de récits
sur les guerres livrées aux Gouro pour s’emparer de leurs terres et
capturer des hommes3.
Aucun de ces peuples étrangers au monde culturel akan et dont des
éléments ont été assimilés à l’intérieur d’unités familiales wawolé, n’ont
donné de sous-groupes wawolé. Par contre les groupes pré-wawolé de
culture akan sont devenus des sous-groupes wawolé à part entière. La
migration Akpafu-Ga-Krobo-Adele Avatime a laissé des peuples dans le
futur wawolé. Il s’agit des Akpati (Akpatoufoè, Akpatifoè), Asrin ou
Battrafoè (Mgbatrafoè, Battra, Mgbatra), Wamala (Mamala), Ngen,
Krobo (Krowou, Akrowoufoè), Gbomi, Goli. Les populations issues de
cette migration sont originaires de la basse-vallée des plaines de la Volta,
de la région d’Accra et des hauts plateaux du pays Krobo. Leur
migration a été provoquée par l’expansion de l’Akwamu entre 1660 et
1689.
L’identification de l’origine de ces groupes a jusqu’ici posée
problème. Ils évoquent une autochtonie par rapport aux Wawolé venus
par la suite, et disent souvent que leurs ancêtres sont descendus du ciel à
l’aide d’une chaîne. Il suffisait de se référer aux traditions orales des
1 - KELETIGUI (Jean-Marie), Le Sénoufo face au cosmos. Les Nouvelles Editions Africaines, Abidjan,
Dakar, 85 p., p. 19, 20.
2 - Etude régionale de Bouaké 1962-1964, tome I, République de Côte d’Ivoire, Ministère du Plan, 237 p., p. 17.
3 - Compte-rendu de la sortie du 25-27 février à Subiakro par les étudiants dela 2e année de Duel,
1976-1977, IES, Université d’Abidjan, juin 1977, Kasabya Kasa, pp. 95-113, p. 96.
668
Krobo d’Ores Krobo (région d’Agboville) pour déterminer l’origine
exacte de ces autochtones du Wawolé. L’on retrouve les Ngen dans la
région de Mbahiakro mais aussi comme nous l’avons vu, dans l’Ano et
dans l’Ano Abè. L’étude régionale de Bouaké a pourtant indiqué
l’origine Krobo des Krobo et des Akrowoufoè, de même que l’origine
Ga des Ngen1. Elle a noté aussi que les Akpo ou Akpatifoè évoquent
aussi une origine céleste2. L. G. Binger s’est trompé sur l’origine des
Ngen ou Ganne comme il les appelle3. Il leur a attribué une origine
mandé, alors qu’ils sont des Ga originaires de la région d’Accra.
L’on trouve des Wamala sur l’axe routier Toumodi-Dimbokro.
L’un de leur ancien établissement est Wamalakpri (Mamalakpri). Les
Gbomi vivent à Gbomizambo, et à Gbomi Kondé Yaokro. Les
Akrowoufoè ou Akrowou ont créé les villages de Ndènou, Ndèbo et
Konankouassikro regroupés par former le village de Lolobo. Les
Battrafoè ou Asrin sont des Akpati ou Akpatifoè. Remarquons les liens
entre Battra, Kpata et Kpati. A travers le nom du clan Kpataboèbo des
Batra de Tiassalé4 l’on retrouve justement la racine kpata ou kpati. Ce
peuple a essaimé en pays Nlandian (Alladian) et Avikam (Brignan) et y a
donné le groupe Kpanda. Dans le Dida il y est appelé Panda (Penda). Les
Batra vivent à Tiassalé, Asenze, Eloso, Boussoue, Gbudie. La tradition
orale qui fait descendre ce peuple du ciel comme le dit aussi celle d’Ores
Krobo, n’a qu’une contradiction apparente avec la référence à une
origine orientale. En effet les Krobo, Akpati, Ngen sont originaires
comme nous l’avons dit de la bass-vallée de la Volta, de la région
1 - Etude régionale de Bouaké, Op. cit., p. 15. Le pays Krobo est une région de hauts plateaux au Nord
de la région d’Accra.
2 - Ibid., p. 19.
3 - BINGER (Louis Gustave), Du Niger au Golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi 1887-1888,
Paris, Société des Africanistes 1980, vol. I, 418 p., p. 224.
4 - BAMBA (Sekou Mohammed), ‘’La formation d’une ethnie Baule dans le Bas-Bandama : les
Elomwen de Tyasale (Basse Côte d’Ivoire)’’, Annales de l’Université d’Abidjan, tome XIII, 1985,
série I, pp. 63-90, p. 81.
669
d’Accra et des plateaux du Krobo. Ils se regrouperont à Ores Krobo
avant d’essaimer.
C’est l’essaimage à partir d’Ores Krobo qui fait parler de l’origine
orientale1. Les Ga donneront les Ngen du Wawolé et de l’Ano, les Ega
du pays Dida et les Ngadje (Ngadze, Nkadze) du pays Akyé. Le
peuplement que nous avons appelé Akpafu-Ga-Krobo-Adele avatime a
donc touché plusieurs ensembles ethniques qui sont l’Ano, l’Ano Abè, le
Wawolé, l’Akyé, l’Avikam, l’Allandian et le Dida, (les Ega dans le pays
dida ont conservé leur langue). Le clan nzomon d’Ores Krobo parle de
l’origine céleste de ses ancêtres descendus à l’aide d’une chaîne. Adjé
Menimbou qui les dirigeait, était détenteur d’un siège et avait été
précédé sur le site d’Ores Krobo par les Kpaman. Les membres du clan
Dabou venus du pays Krobo sous la direction de l’ancêtre Dibo Ayewra
ont donné à la région le nom de leur terre d’origine2.
Adjé Menimbou exercera dans la région une tyrannie telle que les
populations se disperseront. Les Kpaman s’en allèrent à Boussoukro
(Boussoue). Les Ga se réfugièrent dans le pays dida d’où ils tentèrent en
vain de revenir à Ores Krobo. Les Kpaman s’implantèrent à partir d’Ores
Krobo dans le Bas-Bandama où ils donnèrent naissance aux Battra ou
Asrin de l’Elomouen, et aux Akpatifoè (Akpati) du Suamenle. D’autres
donneront les Wamala de Wamalakpri, les Akpo ou Akpatoufoè. Les Ga
donneront les Ngen de la région de Mbahiakro et les Krobo, les
Akrowoufoè et les Goli. Le fait que des Akpatifoè et des Akrowoufoè se
soient retrouvés ensembles dans le Bas-Bandaman, est révélateur de
l’histoire commune qu’ils ont vécu à Ores Krobo.
1 - Idem. Bas-Bandama précolonial. Une contribution à l’étude historique des populations d’après les sources
orales, tome I, Thèse de 3° cycle, Université de Paris I, novembre 1978, 365 p., p. 145, 166, 167.
2 - TEHUA (Ouattara Koffi), Origine et peuplement des Krobou, Mémoire de Licence-C1, des
civilisations africaines, Université de Côte d’Ivoire, Faculté des Lettres, Département d’Histoire,
1985-1986, p. 4, 6, 7.
670
Les Goli s’installeront à Goliblenou dans le Wawolé septentrional.
Goli est une déformation de Kloli nom par lequel se désignent les Krobo
du Ghana actuel1. Ces derniers situent leur origine à Tugulogo près des
collines de Lolovo2. La migration Akpati, Ga, Krobo s’est produite suite
à l’expansion du puissant Etat Akwamu qui commence dès 1660 par la
prise d’Ayawaso (Grand Accra, capitale des Ga) et l’annexion d’Accra
(Petit Accra sur le littoral)3. Des Guan du sous-groupe Kpesi qui vivaient
dans les plaines d’Accra4 seront touchés par ces guerres. Remarquons au
passage le lien étymologique entre Kpesi et Kpati. A partir de 1677, les
Akwamu étendent leur domination à toute la vallée de la basse volta, aux
plaines de l’Afram et aux escarpements de l’Akwapem5.
Ces événements majeurs de l’histoire du Sud-Est de la Côte de
l’Or ont provoqué la migration de populations Ga, Krobo, Adele-
Avatime, Akpafu vers la Côte d’Ivoire. Elles créeront leur premier foyer
de peuplement à Ores Krobo puis essaimeront dans les régions
environnantes. Ces migrants Ga, Krobo, Akpafu donneront
successivement en Côte d’Ivoire les groupes Ngen, Ega, Ngadje,
Akrowu, Krobo, Goli, Akpati (Akpo, Akpatifoè, Battra, Wamala). Les
Akpafu sont des Guan du pays Buem. Ils habitent le district actuel de
Kawu dans la vallée de la Volta. Les Akpafu sont aussi appelés Mawu et
l’individu membre de leur ethnie est appelé Owu. Les Adele-Avatime
qui sont également des Guan portent le nom Kèdané6. Ceux d’entre eux
qui peupleront l’Ega en Côte d’Ivoire, sont justement appelés Edele.
1 - BOAHEN (Adu), Ghana. Evolution and change in the nineteenth and Twentieth centuries,
Longman, London 1975, p. 1.
2 - DIKSON (B. Kwamina), A historical geography of Ghana, Cambridge at the University Press,
1969, 379 p., p. 27.
3 - NORREGARD (Georg), Danish sttlement in West Africa 1658-1850, Boston University Press, 1966,
Boston Massachusetts, 287 p., p. 47, 58.
4 - DISKSON (B. Kwamina), Op. cit., 1969, p. 18, 28.
5 - WILKS (Ivor), ‘’The rise of Akwamu empire 1650-1710’’, THSG. III, 2, p. 99-136.
6 - KROPP (M. E.), LE fana, Akpafu and Avatime, IAE, University of Ghana, 1967. Comparative African Worldlists, n° 3, 94
p., p. 1.
671
Les Ega des villages de Dumbaro, Guawan, Dairo, Guiguedugu,
Didizo se réclament du pays Ga. Les Edele de Labodugu se réclament du
Mono, région disent-ils entre les actuels Togo et Dahomey1. Il s’agit
donc des Adele-Avatime populations Guan qui vivent dans la vallée de
la Volta et du Moyen Dahomey. Les Ga et Krobo ne sont pas
originellement de culture akan mais ils en ont subi l’influence du fait de
la proximité des Akwamu, Akyem, Kwahu et Guan. Ceux qui arrivent à
Ores Krobo sont donc très ‘’Akanisés’’ malgré que leurs lointains
ascendants relevaient de la culture Ga-Adangbe (Adangme).
Nous pensons que les peuples de cette migration étaient présents à
Ores Krobo dès 1680. La tradition orale des Gbomi de Kondeyaokro
indique que leur chef et ancêtre Gbomi Kofi était à Kokosènou quand il a
été informé par Gbomi Koua (Kwa) de l’arrivée de la reine Abraha
Pokou. Les Gbomi étaient alors descendus du ciel à Mèlèkesse depuis de
nombreuses années. Ils ont précédé les Assabou, mais suite à l’alliance
entre Abraha Pokou et Gbomi Kofi, des guides Gbomi accompagneront
les Assabou jusqu’à Ndranoan (Ndranouan). La reine Abraha Pokou
offrira un grand tambour à Gbomi Kofi2. Comme on le voit la tradition
orale des Gbomi à propos de leur origine est aussi celle des Battrafoè,
Akrowoufoè, Akpatifoè, des Ngen et même des Nkwanta dans le Brong.
1 - KOUAME François, La radio et l’histoire une étude de cas : l’histoire des Ega, Mémoire de maîtrise, FLASH,
Département d’Histoire, juin 1994, 191 p., p. 65, 76, 82.
2 - Patrimoine, Radio-C.I, 09-09-1996, Gbomi Kondé Yaokro, S/P de Tiébissou.
Le nom tambouriné des Gbomi est Ndulumu.
672
1-2.- La guerre Asante-Denkyira et le peuplement
Alanguira
Une migration Akan provoquée par des guerres entre Asante et
Denkyira, sera à l’origine du peuplement Alanguira dans le futur
wawolé. Ce conflit commencé en 1699, restait encore sans dénouement
l’année suivante durant laquelle, des chefs denkyira se rendent à la
conférence de paix convoquée à El Mina par le gouverneur de la
compagnie des Indes Occidentales en Côte de l’Or, Van Sevenhuysen1.
Deux batailles décisives en 1701, la première à Edunku (entre Asumegya
et Ejumasu) puis la seconde à Feyase voient la déroute des armées
denkyira2. Malgré la mort tragique du roi Ntim Gyakari, les Denkyira
avec à leur tête Badu Akrafi Brempong, résistent désespérément, mais ce
dernier est capturé à son tour par les Asante. La migration denkyira se
fera alors de façon massive dans toutes les directions. Vers Mpoho dans
le Wassa, en Akyem et sur la côte. Une partie importante des migrants
passent les territoires aowin et asahié pour s’établir définitivement dans
le futur wawolé. Ce fut le peuplement Alanguira ou Agba, commencé en
1701 dont probablement l’épilogue se fait vers 1705 ou 1706.
Le gros de la vague passe le Comoé en amont de Katimanso à
Gblagblaso. Certains franchissent le fleuve plus au Nord vers la région
de Kong, comme ce fut le cas des Satrikan qui s’installent à Krofoueso
sous la conduite de Nana Bekoïn3. Des Alanguira donnent le sous-groupe
Ano Abè de Katimanso. De là une fraction sous la direction d’Alui
Ndohu, les futurs Dumnihene, va légèrement à l’Ouest précisément à
Wobeso où elle s’attèle à organiser un Etat, le royaume Ano. D’autres
1 - DANTZIG (A. Van), Les Hollandais sur la côte de Guinée à l’époque de l’essor de l’Ashanti et de Dahomey
1680-1740, Société française d’Histoire d’Outre-mer, Paris, 1980, 327 p., p. 125, 126.
2 - FULLER (Sir Francis), Avanished dynasty Ashanti, Op. cit., p. 17.
3 - ANNAN Elisabeth, Op. cit., Thèse de 3° cycle, p. 134.
673
Alanguira s’installent depuis les régions de Daoukro en passant par le
massif forestier de Ouellé aux zones de Bocanda et de Katiénou
(Katienu) avec un important rassemblement à Agba Kpri ou Agba
Onglessou1.
Les Wawolé de Ouellé se reconnaissent Agba d’origine et donc
partage une origine commune avec ceux de Bocanda, Daoukro et
Dimbokro2. Dans la région de Bocanda le peuplement Alanguira a donné
des groupes comme les Abè (Ano Abè), les Mounga et les Djina
(Gyina). Ce sont des Agba de Bocanda qui, allés à la recherche de terres
aurifères avec à leur tête Nana Labo ont finalement créé Labokro
(déformé en Daoukro). Ouellé est une déformation de l’expression
Ohehé (ça a réussi) faisant allusion au fait que la recherche de l’or à
laquelle ils s’adonnaient, a été fructueuse. Toujours dans la zone de
Ouellé, des Agba ont donné le sous-groupe Ngbo Gbo dont Foufou est le
chef lieu. C’est là qu’est décédé l’ancêtre Kpandji et que sont conservés
les sièges et les attributs royaux du peuple Ngbo Gbo3. Les Alanguira qui
se sont installés, dans a région de Bouaké, ont donné des sous-groupes
comme les Satrikan de la zone de Botro, les Bro de la zone de Diabo et
les Dohoun de la zone de Bendekouassikro4. Des Alanguira se fixent à
Anofoèbonou5 (forêt des Ano) où ils créent des villages comme Sando,
Kouakro, Adièkro, Niamienbo, Atiakro et Patanou.
Des Alanguira donneront plusieurs autres sous-groupes comme les
Yaourè, Ndame, Sale de Daoukro, Kangraso de Kangraso Aluibo, les
Djè d’Ahougnanou, Alanguira de Dimbokro, Gbara de Bonikouassikro.
Les Bro disent avoir migré sous la conduite de Langui Pokou et de son
1 - Etude régionale de Bouaké, p. 19.
2 - Bonjour la province, Radio-C.I, Ouellé, 27-05-1992.
3 - Frat-Mat., n° 7786, lundi 17 septembre 1990, p. 10, villes et villages par Moussa Toure.
4 - Etude régionale de Kouaké, p. 27.
5 - Le nom Anofoèbonou montre bien que des Ano appartiennent au peuplement Alanguira.
674
frère Langui Affi. Le chef lieu de la chefferie Bro sera d’abord Adiekro
et ensuite Languibonou. La chefferie Bro s’exerçait sur les Wamela
(Mamela) dont le premier chef se nommait Agboli Kofi1. La migration
des Dohoun a été conduite par Tomoué Anga. Le noyau fondateur du
groupe satrikan se nomme Amanzufoè et a pour chef-lieu Zanikro. Les
Alanguira ou Agba au moment de leur arrivée ont trouvé installés les
peuples de la migration Akpafu-Ga-Krobo ou Akpati, Akrowu, Goli,
Gbomi, Ngen.
Les fondateurs du royaume Ano, entretenaient des relations avec
les Alanguira si bien qu’au moment où arrivent les Assabu, Alui Ndohu
vient conclure une alliance avec ses derniers au nom des Alanguira.
Voilà comment s’explique le passage d’Alui Ndohu à Niamonou2. Ce fut
donc un ‘’modus vivendi’’ conclu par deux peuples qui, il n’y a pas
longtemps, s’étaient livrés une guerre impitoyable. En effet, les
Alanguira sont d’origine denkyira tandis que les Assabou sont d’origine
Asante. Les stigmates de la guerre entre leurs peuples respectifs
d’origine restaient frais dans leurs mémoires. Certains comme Alui
Ndohu avaient pris part à ce conflit. Il n’est pas exact de penser que les
Assabou se sont imposés par la force aux Alanguira. La prééminence des
Assabou, s’est imposée d’elle-même grâce à leur cohésion et à leur
capacité d’organisation. Les Ano, non plus n’ont jamais été des sujets de
l’Etat wawolé Assabou3. Leur entité politique créée par Alui Ndohu a
précédé celle des Assabou et même négocié le pacte qui d’emblée a
permis une coexistence pacifique entre Alanguira et sujets d’Abraha
Pokou.
1 - Dépouillement des Archives de Bouaké, B/10-2 Dep 1 Archives du centre ORSTOM de Petit-
Bassam, (le nombre de pages n’est pas indiqué).
2 - OUATTARA Siriki, Op. cit., p. 264.
3 - LOUCOU (J. N. ) affirme que les Ano auront à s’affranchir de la tutelle du royaume wawolé. Jean
Noël Loucou, ‘’Note sur l’Etat Baoulé précolonial’’, Annales de l’Université d’Abidjan, tome XIII,
Histoire, 1985, Série I, pp. 27-59, p. 48.
675
1-3.- Le peuplement Assabou
Afin de mieux saisir les tenants et les aboutissants de la migration
et du peuplement Assabou, mais surtout de l’époque à laquelle se situent
ceux-ci ; il est nécessaire de se référer à des repères chronologiques sans
lesquels, les fils sont impossibles à dénoncer ne laissant le choix alors
qu’à de vaines hypothèses. L’un de ces repères chronologiques est la
période de la mort d’Osei Tutu et de l’accession au pouvoir d’Opoku
Ware. Le général Amankwa Tia Panyi et ses troupes seront rappelés à
Kumase par le roi Osei Tutu, au moment où la guerre entre l’Asante et
l’Aowin faisait encore rage. Le souci de mettre fin à la menace des
Akyem soutenus par quelques irréductibles Denkyira a motivé cette
décision.
En octobre 1717, les sources hollandaises font état de la mort du
Zaay (Osei Tutu)1, tué pendant l’une des batailles de la guerre contre
l’Akyem. Sa succession engendra une guerre civile de laquelle disent les
documents écrits, l’héritier du Zaay est sorti victorieux à la fin du mois
d’octobre 17182. Malencontreusement, l’historiographie, place le début
du règne d’Opoku Ware en 1720. Si Opoku Ware sort vainqueur de la
lutte contre son adversaire dès octobre 1718, pourquoi aurait-il attendu
deux années entières avant de se faire introniser ? Ce serait illogique
surtout que la menace Akyem n’était pas écartée. Or les affrontements
contre les Akyem reprennent cette année même de 1718, et les Asante ne
pouvaient y faire face sans monarque à leur tête. La tradition Akan veut
1 - NBKG84, Letter from Accra to El Mina, october 30, 1717. Report of Director general and Council,
march 1718. NBKG 84, Jan Van Alzen, Accra to D. G. Egelgraaf Robbertz, El Mina, october 30,
1717.
2 - Letter from Van Naersen, Axim, october 30, 1718, El Mina Journal, Le document dit exactement
ceci : ‘’Les Asjantises sont très divisés, à deux reprises, ils se sont battus, les uns contre les autres,
et c’est l’héritier du Zaay qui a eu le dessus’’, cité par E. Terray, op. cit., Thèse d’Etat, tome 2,
836 p., p. 752.
676
que le roi soit intronisé au plus vite quand le précédent meurt et que la
guerre se poursuit.
Priestley et Ivor Wilks soutiennent qu’Osei Tutu serait mort en
1712, et que ce fut son successeur dont le nom est éliminé par la tradition
orale, qui meurt dans l’affrontement contre l’Akyem en 17171. Comment
ces auteurs expliquent-ils le grand jurement asante qui, disent les
traditions orales, est lié au décès d’Osei Tutu alors qu’il guerroyait
contre les rois de l’Akyem Abuakwa et Akyem Kotoku ? En outre, les
traditions orales affirment que l’héritier direct d’Osei Tutu est Opoku
Ware2. La guerre civile pour la succession d’Osei Tutu a duré d’octobre
1717 à la fin du même mois de l’année 1718. Opoku Ware est alors
aussitôt intronisé et la guerre contre l’Akyem reprend immédiatement.
C’est justement durant cette année 1718 qu’Ebiri Moro le général des
armées Aowin, en profitera pour lancer son raid meurtrier contre
Kumase.
C’est bel et bien la lutte pour succéder à Osei Tutu, donc celle qui
a mis aux prises Opoku Ware et d’autres candidats comme Okuku
Adani, Dakon, Boa Kwatia, qui provoqua le départ des Assabou du pays
asante et leur refuge dans un premier temps en Aowin. J. N. Loucou et
Françoise Ligier placent la date de la migration Assabou autour de 1750
en partant de l’hypothèse que ce fut la lutte pour succéder à Opoku Ware
entre Dakon et Kusi Obodom qui la provoqua3. Cette thèse ne résiste pas
à la critique. En effet comment s’expliquerait la participation de Wawolé
Assabou à l’expédition Ano dans le Sansani Mango quand on sait grâce
au Kitab Ghunja que cet événement s’est produit autour de 1750-1751 ?
1 - Cité par Sir Francis FULLER, Op. cit., p. XLV.
2 - KYEREMATEN (A.), ‘’The royal stools of Ashanti’’, Africa, XXXIX, n° 1, january 1969, London,
Oxford University, Press, pp. 1-10, p. 5.
3 - LOUCOU (J. N.), LIGIER (F.), La reine Pokou fondatrice du royaume baoulé, NEA, Beligique,
1978, p. 134.
677
Comment expliquer le changement du parler chez les migrants Assabou,
à savoir le passage du Twi-Asante au Wawolé une variante de la langue
Anyi ? Comment enfin expliquer la mission des Asandrè à Niamonou,
ambassadeurs d’Opoku Ware auprès des Assabou, venus demander le
retour au bercail de ces derniers ?
La guerre asante-aowin entre 1715 et 1721, est fondamentale pour
situer non seulement la période des grandes migrations anyi mais aussi
celles des Wawolé Assabou qui s’étaient réfugiés en Aowin dès 1718
probablement au mois de novembre ou décembre de cette année là, vu
qu’au mois d’octobre 1718, Opoku Ware monte sur le trône asante.
Butler, un agent hollandais écrit les 1er février et 8 mai de l’année 1722,
au sujet de cette guerre entre l’Asante et l’Aowin, qu’elle a abouti à
l’exode massif des populations de l’Aowin. Le document dit en
substance : ‘’L’Ouwien, l’Assiantijn, l’Accaniet et l’Akim, se sont
engagés dans des guerres ininterrompues et interminables, qui ont enfin
abouti à un engagement décisif dont les Assiantijnse sont sortis
triomphants. Mais c’est l’Ouwien, la contrée la plus riche en or, qui a le
plus souffert. Sa population a été dispersée par les Assiantijnse et elle a
été chassée de son pays’’1.
Voilà qui nous situe sur la période vraie de la grande migration
aowin dans la quelle est incluse celle des Wawolé Assabou. Le moment
fatidique de la grande offensive asante de 1721 donnera le signal du
départ massif des Anyi. Les Wawolé Assabou qui vivent alors en Aowin
comme réfugiés n’y échappent pas. La guerre entre l’Asante et l’Aowin
a débuté en 1715. Osei Tutu entendait manifester son mécontentement au
roi Ano Asema qui avait accordé l’asile au corps expéditionnaire asante
qui, après la destruction d’Ahwene kôkô, s’est réfugié en Aowin avec le
1 - Butler à l’Assemblée des Dix, 8 mais 1722. Cité par E. Terray, op. cit., thèse d’Etat, p. 753.
678
butin de guerre. L’attaque d’Ahwene Kôkô, capitale du royaume de
Wenchi (Wankyi), entrait dans le contexte de la guerre d’Abessim qui a
opposé les Asante aux ex-Akwamu en 17141.
Les Aowin ont bravement repoussé l’attaque asante de 17152. Le
document hollandais qui en parle dit ceci : ‘’On apprit de très bonne
source que les Ouwien ont bravement repoussé les Assiantyns’’3. Cette
bataille ne s’est nullement soldée par une victoire asante comme d’aucun
l’ont cru, raison pour laquelle ils placent la migration aowin en 1715. A
cette date, Ano Asema avait chargé les futurs Anyi Sanvi et leur chef
Amalaman Ano de rechercher une zone de repli à l’Ouest si
éventuellement un revers militaire se produisait. L’attaque asante
d’octobre 1715 est donc repoussée et le 27 janvier 1716, une trêve est
conclue entre les belligérants. Le document hollandais en parle en ces
termes : ‘’Amancotyo et Jetuan sont arrivés à un accord avec les
Ouwiens pour 300 bendas d’or, ils laisseront quelques gens de leur
peuple dans l’Ouwien pour collecter chez tous les Assiantys dans
l’Ouwien deux Angels et demi comme tribut de chacun d’eux… Cela
constituerait un trésor considérable pour le Zaay parce qu’on disait qu’un
quartier de la totalité des Assiantyns est resté dans l’Ouwien’’4.
Les Aowin mettent à profit ce moment de trêve pour activer
l’achat des armes à feu, puis en mars 1718, Ebiri Moro lance
l’expédition contre Kumase. Les Aowin ne rencontrent aucune
résistance, car les Asante sont occupés à guerroyer contre les Akyem. Le
document hollandais dit à ce propos : ‘’On a rapporté à propos des
1 - DAAKU (K. Y.), ‘’A note on the fall of Ahwene Koko and its significance in Asante history’’, Ghana
notes and Queries, n° 10, 1968, pp. 40-44..
2 - NBKG 82, El Mina, Journal from Fuerley collection, vol II, native states letters from Axim to
Haringh 17th october, 1715, from Butler.
3 - NBKG 82, El Mina, Journal from Fuerley collection, vol II, native states letters from Axim to
Haringh 17th october, 1715, from Butler.
4 - NBKG 84 El Mina Journal extracts, Furley collection, from Blenke, Axim october 29th 1717. La
dernière phase est une allusion au corps expéditionnaire asante exilé en Aowin.
679
Ouwien qu’ils sont revenus de chez les Assiantyns avec un butin
considérable au nombre duquel 20.000 femmes et enfants et qu’ils ne
trouvèrent aucune résistance et qu’ils ont exhumé les morts Assiantyns.
On dit qu’ils auraient trouvé beaucoup d’or et de perles et qu’ils
viendraient dans peu de temps faire la traite’’1.
C’est trois années plus tard, soit en 1721 que les Asante
riposteront par une attaque massive et parviendront enfin à soumettre
l’Aowin2. La grande migration des populations de l’Aowin a donc
commencé en 1721 pour s’achever au plus tard vers 1725. Le second
repère chronologique auquel nous faisons appel, est lié aux traditions
orales des Suamara de Dadièso et à celles des Asante de l’Ahafo. Les
Suamara de Dadièso disent être des guerriers asante venus de Kenyase
avec à leur tête Nana Yentumi et Kwasi Nyandakyi pour se mettre à la
poursuite d’Ebiri Moro, qui, avait attaqué Kumase et mis à mort la reinemère
au moment où les Asante étaient en guerre contre les Akyem. Ils
ont rencontré dans la région de Dadièso des Wawolé gouvernés par Tano
Adjo et des Akyé dont le chef s’appelait Oben Aka. Le village dans
lequel résidait Tano Adjo précisent-ils avait pour nom Ahali3. Ce
personnage comme on le voit n’est autre que la reine Tano Adjo la
fondatrice du royaume Wawolé Elomouen de Tiassalé. Elle est présentée
par la tradition orale, comme une parente directe de la reine Abraha
Pokou4. Voilà qui confirme notre thèse au sujet de la période et des
événements qui provoquent la migration wawolé Assabou.
1 - 218 NBKG 82, El Mina Journal, march 21, 1718,From Van Munnikhven, Axim. Voir E. Terray,
op. cit., Thèse d’Etat, p. 751.
2 - Lettre de Muller, Axim, 18 novembre 1721, Journal d’El Mina. Inscription du 20 novembre 1721,
cité par E. Terray, op. cit., Thèse d’Etat, p. 752.
3 - DIABATE (H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 474, 475, 477, 590, 592.
4 - ARBELBIDE (Cyprien), Les Baule, leur résistance à la colonisation, 64220 Uharte, 54 p., p. 4.
680
Les traditions orales des Asante de l’Ahafo précisaient que le
territoire qu’ils occupent, a été annexé au détriment de l’Aowin par
Opoku Ware qui y placera des contingents pour contrôler les
mouvements des Aowin, faire la chasse pour son compte et pour celui de
ses successeurs. Certains chefs de Kumase tiraient profit de cette chasse.
Les guerriers asante arrivés dans l’Ahafo disent les traditions orales,
s’étaient mis à la poursuite d’Ebiri Moro1. La conquête définitive de
l’Aowin par l’Asante, s’est donc faite sous le règne d’Opoku Ware et
c’est cet événement qui a entraîné la migration des Wawolé Assabou en
compagnie de leurs hôtes Aowin. L’expulsion des Ahali de Tano Adjo
de la région de Dadièso témoigne de cette réalité historique.
Un autre repère chronologique est l’expédition Ano dans le
Sansani Mango. Celle-ci s’est faite à partir du pays Ano et comprenait
des aventuriers de souche diverse, mais principalement Ano ainsi que
des éléments wawolé Assabou. D’après le Kitab Ghunja, cette expédition
a eu lieu en l’an 1751 de l’ère chrétienne2. Il faut donc comprendre que
les Wawolé Assabou sont arrivés dans leur nouvel espace, il y a déjà
quelques années, et que certains peuvent à nouveau en compagnie des
Ano se lancer dans une autre aventure. Les stigmates des précédentes
s’étant cicatrisés. Le dernier repère chronologique que nous citerons, est
la mission des ambassadeurs asandrè (asante) à Niamonou.
La tradition orale des Wawolé Assabou mêmes, soutient qu’une
ambassade asante, avec à sa tête Asante Yeboa est arrivée à Niamonou
où elle fut reçue par Bouanli Abo la reine-mère des Faafoè et par Malan
Kpandji le chef des Sa du Ndranouan. Elle venait au nom du roi Opoku
1 - ARHIN Kwame, ‘’On the hwesoni caretaker category of land holding in Ahafo land tenure’’
Research review, vol. 2, n° 1, IAS, University of Ghana Legon, pp. 68-73, p. 68.
2 - Cité par KODJO (G. N.), ‘’Notes et documents sur l’histoire du Nord-Est dela Côte d’Ivoire :
l’époque précoloniale…’’, Op. cit., p. 219.
681
Ware, demander le retour en Asante des Assabou1. Devant le refus de
ces derniers d’accéder aux désirs du monarque Asante, il fut demandé à
ces envoyés de s’établir dans le Wawolé afin qu’ils ne subissent s’ils
envisagent de retourner à Kumase, les foudres de leur maître pour avoir
échoué dans cette entreprise. Voilà qui confirme que le départ des
Assabou de la région de Kumase, fut consécutive à la lutte pour succéder
à Osei Tutu.
La tradition orale de Dôma affirme que Yeboa Asuama Kukudabi
dit Kyereme Sikafo, faisait partie de la délégation envoyée par Opoku
Ware auprès de la reine des Wawolé Assabou2. Quelques faits
historiques sont à élucider, notamment les points de passage des
migrants. Tous les Assabou n’ont pas franchi le Comoé par les rapides
de Malanmalanso dans le pays Bettié. Certains sont passés en amont du
fleuve, tandis que d’autres sont passés en aval. D’après les traditions
orales du Bettié, le nom réel de Malanmalanso est Njelieso3. C’est déjà
un indice qui permet de douter de la thèse qui fait de Tiassalé, une étape
commerciale du peuplement wawolé. En outre, des Ahua qui se sont
directement installés dans le Bas-Bandama ont été des compagnons
d’exode des Elomouen-Ahali fondateurs de la cité de Tiassalé.
La fraction des Ahua qui a migré sous la conduite d’Adjoka Panyi
dit avoir franchi le Comoé au lieu appelé Ahouamalan qui est différent
de Malanmalanso4. Il faut donc avoir à l’esprit que les migrants ont fait
de nombreux détours, si bien que c’est en plusieurs points de passage
qu’ils ont franchi le Comoé. L’explication donnée au nom wawolé de
loin la plus connue est celle de Maurice Delafosse. Elle est liée à la
1 - Etude régionale de Bouaké, p. 27.
2 - OWUSU (E. S. K.), Oral traditions of Dorma, IAS University of Ghana-Legon, january 1976, 81 p., p. 72.
Traditions de Wamfie, informateur Nana Kwasi Ansu Gyeabour, Krontihene de Dôma. L’informateur appelle
la reine des Wawolé Abena Pokou. Pour lui, la mission avait pour but de demander de l’or à la reine des Wawolé.
3 - DIABATE (H.), Op. cit., Thèse d’Etat, vol. VI, p. 311, 312, 342.
4 - ATTOUEMAN Kouamé Jean, Qui sont les Ahua d’Aniassué… ?, Op. cit., p. 10, 13, 14.
682
légende de l’enfant de la reine qui sera, en guise de sacrifice, jeté dans
les eaux du Comoé comme l’exigeaient les esprits du fleuve pour
permettre le passage des migrants. Le peuple prend alors le nom Baouli
qui signifie, l’enfant est mort, en souvenir de ce sacrifice douloureux1.
C’est une légende, il faut la prendre comme telle.
Une autre explication, celle-là de J. N. Loucou explique le nom
wawolé en ces termes : ‘’Quel drame que d’enfanter et d’infliger la
mort’’2. Elle est plus raffinée, mais n’est pas fondamentalement
différente de la première parce que faisant référence au sacrifice de
l’enfant. Des cartes anciennes permettent d’affirmer que le nom wawolé
en tant que tel, a existé longtemps avant la migration Assabou. Il est fait
état de Bacorees, une zone située au Nord de la côte Quaqua3. C’est
peut-être une zone particulière de l’Aowin, où furent installés les
Assabou par leurs hôtes, de sorte que cet endroit a donné son nom à ces
nouveaux occupants. Une explication plausible du nom wawolé en
langue wawolé est celle-ci : Ba veut tout aussi bien dire enfant que noble
son pluriel étant Wa. Le mot wole signifie accouchement ou naissance.
Wawolé peut donc signifier, de naissance noble.
Les groupes wawolé qui appartiennent à la migration Assabou
sont les suivants : les Walèbo, les Faafoè et leurs sous-groupes (exemple
les Prépressou, Fari, Gouamenessou), les Sa-Ahali, les Assabou-
Alanguira, les Nanafoè-Ahuafoè, les Nzikpri. Les Aïtou (Awoutou),
Asandrè et Ngban ne font pas parties de la migration Assabou. Les
Suamenle relèvent de cette migration Assabou, mais leur cas est
particulier, et nous expliquerons en quoi dans les pages à venir. Après la
1 - DELAFOSSE (M.), Essai de manuel de la langue angi, Paris 1900, p. 163.
2 - LOUCOU (J. N.), ‘’Entre l’histoire et la légende : l’exode des Baoulé au XVIII° siècle. De Kumassi
à Sakassou, les migrations d’une fraction du grand peuple akan’’, Afrique histoire, n° 5, pp. 43-50, p. 49.
3 - WEISKEL (T. C.), Op. cit., p. 7. ‘’Maps of Africa’’, publié par Todocus Hondius (1606), carte de
Matthaus (1638), carte de Petrus Bertius (1638), carte de John Speed (1662), carte d’Alexis Hubert
Jaillot (1674).
683
traversée du Comoé, les migrants qui ont suivi la reine Abraha Pokou se
sont rassemblés à Niamonou, ou plus généralement dans le Ndranouan.
C’est là que la reine Abraha Poku est décédée et c’est en ce lieu qu’elle a
été inhumée. Elle sera succédée par Akua Boni1.
La tradition orale du village d’Akawa indique que la reine Abraha
Pokou avait décidé de s’installer sur la rive de la rivière Ndraba, d’où
l’expression Ndranouan. Elle a pour proches parents Akua Ama, Tano
Adjo qui s’est installée à Tiassalé, Aya Agoua, Malan Ndri, Akua Boni,
Nzi Akpo, et Abraha Akpo. Niamonou où la reine Abraha Poku est
décédée n’est autre que l’actuel Medjehi2. Les habitants d’Akawa auront
la charge de veiller sur le lieu d’inhumation de la reine Pokou. Elle a été
enterrée dans le lit de la rivière Ndraba. Le rôle que les gens d’Akawa
jouaient auprès de la reine Abraha Pokou, leur a valu le surnom ‘’Agibli
me tie kpan’’ autrement dit le pilier central qui soutenait l’édifice du
royaume. Le nom Akawa donné au village veut simplement dire ‘’rester
ici’’ pour veiller sur la tombe de la reine Abraha Pokou.
Nana Woussou (Wusu) l’un des chefs guerriers au service de la
reine s’est installé à Kongokro. Akua Boni, Nzi Akpo et Abraha Akpo
iront à Walèbo. Les Assabou au cours de l’exode sont passés par Bettié,
et ont séjourné à Asseudji où certains sont même restés3. La tradition
orale de Kongokro ou simplement Kongo, indique que leurs ancêtres
étaient effectivement dans le Ndranouan avec la reine Abraha Pokou. A
Kpleyanouan où ils avaient des champs, les animaux domestiques de
l’élevage de la reine saccageaient leurs cultures. Ils partent donc s’établir
1 - Etude régionale de Bouaké, p. 27.
2 - Patrimoine, Radio-C.I, Akawa, chef lieu du canton Ndranouan, S/P de Bouaké, lundi 12-12-1996,
informateurs les notables, informateur principal, le chef Konan Yeboua Denis.
3 - Patrimoine, Radio-C.I, Akawa, chef lieu du canton Ndranouan, S/P de Bouaké, lundi 12-12-1996,
informateurs les notables, informateur principal, le chef Konan Yeboua Denis.
684
à Konoufo1. Une partie de leur groupe créera Kongo Tayamouinkro,
Kongo et d’autres villages comme Abikoffikro, Kongobonou,
Boudoukro, Sikabo. L’aïeule des gens de Kongo, Kouassi Amouin Blé
offrira 100 Ta de poudre d’or à la reine Akua Boni. Elle sera pour ce
geste surnommée Taya Amouin et recevra un grand tambour (Klenpli)2.
Les Ayaou appartiennent à la migration Assabou. En Asante, leur
groupe était constitué de 9 villages. Les chefs qui guidaient leur groupe
étaient Kouassi Nanglé, Ndoufou Toa, Assi kouamé, et Ndoufou Gbeklé
(Ndufu Bekré). Dans le Walebo, ils étaient installés sur les rives du
ruisseau Blelè. Ils auront des altercations à propos de la pêche dans le
Blelè avec les Asandrè dont le chef était alors Bokese3. Cet événement
va provoquer le déplacement des Ayaou. Il y a des Assabou qui n’ont
pas connu l’étape du Ndranouan, et c’est le cas des Ahali qui sous la
direction de Tano Adjo, se sont installés dans le Bas-Bandama, de même
que les Nanafoè qui sont comme le dit à juste titre l’étude régionale de
Bouaké, des parents des Ahua4.
Que faut-il comprendre par cette phrase ? Que simplement les
Wawolé du groupe Nanafoè sont une fraction des Ahua que l’on retrouve
chez les Anyi. C’est pourquoi, les traditions orales des Anyi Ahua du
village de Krébé dans le Moronou, disent que leurs ancêtres ont vécu à
Tiassalé5. C’est à la suite de querelles intestines avec les Ahali de
Tiassalé, que les Nanafoè sur autorisation de la reine Akua Boni (Akwa
Boni) seront installés dans les environs immédiats de Tiébissou6. Les
Nanafoè étaient guidés par Kongoue Kpen. Ils s’installent à Dian
1 - Patrimoine, Radio-C.I, Kongo, S/P de Sakassou. Kongo, village Walebo, lundi 12-08-1996,
informateurs, les notalbes de Kongo.
2 - Ibid.
3 - Au coeur de la Côte d’Ivoire, d’hier à aujourd’hui, Nanglèkro, Wawolé Ayaou, S/P de Bouaflé, 16-03-1998.
4 - Etude régionale de Bouaké, p. 27.
5 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Krébé, S/P d’Arrah, 29 juillet 1991.
6 - Etude régionale de Bouaké, p. 27.
685
Sakassou près des Gbomi et des Akrowoufoè. Un groupe proche des
Nanafoè, est celui des Kase ou Kasefoè1. On reconnaît là de toute
évidence le nom du peuple Kase qui vit encore à Kase, dans la région de
Kumase en Asante. Le fait que les Nanafoè du Wawolé et les Anyi Ahua
formaient un seul et même peuple, prouve comme nous l’avons affirmé
que la migration Assabou relève de la migration Aowin de 1721.
Ces mêmes querelles entre Nanafoè et Ahali, ont amené d’autres
Ahua à quitter Tiassalé pour fonder Ahua sur le cours inférieur du
Bandama, de même que les villages d’Elieso, Ahuanou et Ahuakré2. Les
Ahua qui sont demeurés à Tiassalé formeront le clan Mandu. La
direction politique de ce clan se trouve justement dans le village
d’Ahua3. Les Nanafoè, disent les récits, allaient à moitié nus, aborant
souvent un tison ardent ; attitude révélatrice du matriclan auquel ils
appartiennent, celui des Aduana, Ahua ou Atwea. Ces derniers sont vus
comme les premiers habitants de la terre dans l’aire akan. D’où peut-être
le nom Nanafoè (ancêtres) atrribué à certains d’entre eux.
Les Wawolé Ahali de Tano Adjo de même que les Wawolé Sa-
Ahali, ont indubitablement une partie de leur histoire qui est commune
avec celle des Anyi Ahali. L’on a des Anyi Ahali, comme l’on a des
Wawolé Ahali. Des Wawolé Ahali vivent à Brobo. Le peuple Ahali s’est
donc intégré aussi bien à l’ensemble Anyi qu’à celui des Wawolé. Des
Anyi Ahali vivent dans le Moronou dans la zone de Tiémélékro. Les Sa-
Ahali contrairement aux Ahali de l’Elomouen ont suivi la reine Abraha
Pokou dans le Ndranouan. Parmi les dirigeants Ahali, l’on cite Malan
1 - Etude régionale de Bouaké, p. 25.
2 - TRIAUD (Jean Louis), ‘’Un cas de passage collectif à l’Islam en Basse Côte d’Ivoire : le village d’Ahua au
début du siècle’’, CEA, 2e Cahier Mouton et Co volume XIV, MCMLXXIV, pp. 317- 337, p. 317.
Idem, in Colloque inter-universitaire Ghana-Côte d’Ivoire, 1974, pp. 542-574, p. 542.
3 - BAMBA (M. S.), Op. cit., Thèse de 3° cycle, p. 284.
686
Kpandji, Bela Diamla, l’aïeule Moo Tenin. Les Sa ou Safoè sont une
fraction des Ahali, et les Sono (Sondo) étaient des guerriers au service
des chefs Ahali1. Les premiers chefs des Sa étaient Ya Kofi Koua,
Kouadio Tano et Kouadio Kouassi. Les Sa ont créé des villages comme
Mougnan, Badao, Ndje2.
La tradition orale des Sa de Mougnan indique que l’aïeule Moo
Tenin s’installera dans le Walebo. Ses fils créeront plusieurs villages.
Son fils Kouassi Adjé créera Adjekro après l’abandon
d’Ahomokrofoèso, suite à une épidémie. Nana Aboa un autre fils de
Moo Tenin, créera Ndènzue. Il combattra en ce lieu les Gouro (Koueni)
avec l’aide de son frère Kouassi Adjé3. Kouassi Yeboè lui aussi fils de
Moo Tenin créera Yeboèkro. L’héritier de Kouassi Adjé, à savoir
Nguessan Ba sera le fondateur de Nguessanbakro. Allangba Yebouè
s’installera sur la limite des terres Sa avec les Faafoè. Un Abron appelé
Assouan Wè et originaire de Pinango s’installera parmi les Sa avec sa
famille4. Le nom Sa ou Safoè trouve son explication vraie en Twi. Il
signifie guerre ou guerriers. Le nom Ahali a pour racine Aha terme qui
en parler anyi et wawolé sert à désigner les Asante ou le pays de ces
derniers en général. Maintes traditions orales wawolé disent que les
ancêtres viennent d’Aha. Les Asante eux-mêmes entendent par Aha, la
chasse d’où le nom Ahafo qui fut donné aux contingents Asante chargés
par Opoku Ware d’exploiter la forêt giboyeuse au Nord du pays Asahié.
Les Sono étaient dirigés par Anoma Takyi5, dont le successeur est
Sono Akese. Ils partiront de la zone de Walebo passeront la zone de
Kongo et créeront Atoumabo, et se rassembleront dans la région de
1 - Dépouillement des archives de Bouaké, B/-2 Dep. 1, Archives du centre ORSTOM de Petit-Bassam.
2 - Ibid.
3 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Mougnan village wawolé Sa, S/P de Toumodi, 21-05-1990.
4 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Mougnan village wawolé Sa, S/P de Toumodi, 21-05-1990.
5 - Dépouillement des archives de Bouaké.
687
Mbahiakro. Dans cette région s’installeront des Wamela, des Abè, des
Alangoua (autour d’Alangouaso), des Ndjé, des Akpesse et des
Assumanifoè1 (entendre des Anyi Bini sujets d’Asuma Kari Kari). Le
Wawolé-Sud a été peuplé directement à l’aube même de l’exode
Assabou. Des Nanafoè-Ahua et des Ahali s’y sont installés en créant le
royaume Elomouen. C’est l’expédition d’Adjé Boni dans le Bas-
Bandama, qui a fait dire que Tiassalé est né d’une étape commerciale. Il
était un guerrier chargé par la reine Akua Boni de venir au secours des
Elomouen, victimes d’agresseurs venus de l’Est dont les traditions orales
disent ignorer l’identité, se contentant de dire qu’ils étaient des Asandrè /
Nzandrè2 (Asante).
M. S. Bamba s’étonnait que les traditions orales au sujet de ces
agresseurs disent qu’il s’agissait d’Asante, d’autant plus pensait-il que
les Wawolé depuis leur départ n’ont plus eu de rapport avec les Asante3.
Cet auteur se trompait car des Asante ont effectivement pourchassé les
Wawolé jusque dans le Bas-Bandaman. Ces agresseurs n’étaient que les
Suamenle, plus précisément les Suamara qui depuis la région de Dadièso
ont continué de pourchasser les Ahali de Tano Adjo. Remarquaons le
lien étymologique entre Suamenle et Suamanla/Suamala/Suamara. Adjé
Boni et ses guerriers parviendront à les vaincre. Cet épisode militaire est
évoqué par les traditions orales de Taabo avec des récits forts imagés. La
reine Akua Boni aurait envoyé des messagers auprès des Suamenle leur
réclamer le Kanwu (Barre de fer utilisé dans la confection des armes et
des outils).
1 - Dépouillement des archives de Bouaké.
2 - BAMBA (Mohammed Sekou), ‘’La formation d’une ethnie baoulé dans le Bas-Badaman : les
Ehomwen…’’, Op. cit., p. 7, 80.
3 - Idem.
688
Les Suamenle répondirent que les termites les avaient mangés. La
reine retorqua qu’elle enverrait des poulets picorer les termites. Les
Suamenle furent vaincus et condamnés à verser 100 ta de poudre d’or
(Taya) comme tribut de guerre1. Les premiers chefs des Suamenle ont
été Krowa Bilé et Kouassi Kôtôkô. Ils ont fait escale à Gbakaku, puis ont
fondé Leleble et Tayabo (Taabo)2. Suamanla ou Suamenle vient de
l’expression apprendre et comprendre la coutume. Opoku Ware aurait
demandé ainsi aux Suamara de Dadièso, de demeurer fidèles au trône de
l’Asante. Une telle explication est plus vraisemblable que celle qui dit
que Suamenle signifie porteurs de l’éponge à fusil. En effet la première
explication est donnée par la tradition orale des Suamara de Dadièso3.
Adjé Boni et ses hommes après leur victoire sur les Suamenle,
s’installèrent à Tiassalé où ils formèrent le clan Wandye-Agoua dans
lequel est recruté la garde royale Elomouen4. La thèse qui fait de
Tiassalé une étape commerciale n’est pas fondée. La mission d’Adjé
Boni fut avant tout militaire, mais il est évident que le climat de paix
qu’elle a permis, a été favorable aux échanges entre le littoral et
l’intérieur, le Bas-Bandaman servant de relais, Tiassalé de plaque
tournante. A la fin de la campagne, la reine Akua Boni exigea des
Elomouen une amende compensatoire aux frais de l’expédition. Ces
derniers répondirent : ‘’Nous sommes ta prime de guerre’’, arguant
qu’ils avaient tant souffert, qu’ils versaient des larmes de guerre. D’où le
nom Elomouen (larmes de guerre)5.
1 - BAMBA (M. S.), Op. cit., Thèse de 3° cycle, p. 215.
2 - Essai monographique du village de Taabo, par les étudiants de la 2e année de Duel 1975-1976.
Kasa Bya Kasa, IES, Université d’Abidjan, juin 1977.
3 - DIABATE (H.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 590, 591, 592.
4 - BAMBA (M. S.), Op. cit., Thèse de 3° cycle, p. 294, 298.
5 - Ibid.
689
Le sens qu’il faut donner à Tiassalé n’est pas à rechercher dans la
langue wawolé mais plutôt dans la langue Yè, celle des Battrafoè.
Malheureusement plus personne ne la parle. Tiassalé dit-on est l’esprit
du Bandaman en ce lieu qui fait l’objet d’un culte. Nous nous risquons à
émettre l’hypothèse selon laquelle Tiassalé peut signifier ‘’sur le
Tiassa’’, autrement dit le sanctuaire du Tiassa. Agoua, nom du clan royal
Walebo d’après M. Delafosse signifie la place où l’on se réunit pour
discuter des affaires du pays. Les réunions se tenaient sous le grand arbre
wale qui a donné le nom Walèbo au groupe1. Si l’explication de Walèbo
est tout à fait acceptable, il n’en est pas de même pour Agoua. En réalité
ce mot est la traduction en wawolé du mot kwa en langue twi, racine du
nom Kwaman, le petit royaume mère autour duquel s’est bâti la grande
confédération asante. Les Agoua sont donc simplement, les originaires
du Kwaman.
Les Faafoè, plus concrètement leurs dirigeants, appartiennent à la
branche cadette du clan royal Agoua. Leur nom, dit-on, viendrait de ce
qu’ils formaient l’aile droite de l’armée des Assabou2. Or, s’il ne
s’agissait que de cela, la prononciation aurait été Famafoè et non Faafoè.
Certes, l’on peut retorquer que le second est une contraction du premier.
En fait, Faafoè derive de Fa, un ancien titre akan de noblesse, un titre
royal qui veut dire l’indépendant, l’autonomiste. Justement les termes
courants pour exprimer l’idée d’indépendance et d’autonomie se disent
Fadi ou Faoundi en wawolé. La grande aïeule des Faafoè était Bouanli
Abo. L’ensemble faafoè comprenait des groupes alliés comme les Fari
dont le chef de migration sera Yao Kogui, les Prepressou dirigés par
Moungue Koua et Kofi Anga, les Gouamessounou. Les Faafoè créeront
la chefferie faafoè du Gossan, dans laquelle ils intrégreront des
1 - Cité par WEISKEL (T. C.), Op. cit., p. 8.
2 - ARBELBIDE (C.), Op. cit., p. 4, 5.
690
Akpatifoè qui leur serviront de guides lors de la reconnaissance de la
région de Bouaké. Ces Akpatifoè créeront le village de Kamonoukro.
Les dirigeatns faafoè créeront Kanoukro, Gbekèkro (Gbekèkro, n’est
autre que Bouaké, fondé par Koua Gbeke le 5e chef faafoè du Gossan) et
Kouassiblekro1.
Les Nzikpri formaient avec les Anyi Assiè un seul et même
peuple. Ils n’étaient pas que de simples compagnons d’exode comme on
les présente si souvent2. Mais cela suffit pour indiquer que les Wawolé
Assabou et des Anyi ont participé au même exode ; celui de 1721, qui est
parti de l’Aowin. Wawolé Nzikpri et Anyi Assiè disent que leurs
ancêtres sont sortis de terre dans une région du Ghana actuel3. Il est
parfois cité la localité de Bantaman ou de Bosomoiso (Bosemoreso)4.
Bosomoiso se trouve dans l’Asahié Wioso. Les habitants de cette localité
se disent originaires du quartier de Kumase appelé Apramso (Apremso),
d’où ils sont partis sous la direction de Nana Ebene. Remarquons, que
les traditions orales de Bosomoiso parlent aussi d’un trou d’où ont surgi
des hommes5. C’est à Apramso, que les Asante placèrent les canons pris
aux Denkyira6.
Les Nzikpri (Nzikpli) et les Assiè étaient donc des Asante qui,
suite aux luttes intestines ayant réglé de façon tragique la succession
d’Osei Tutu, se sont réfugiés à Bosomoiso. La grande offensive asante
contre l’Aowin en 1721, les contraint à fuir vers l’Ouest. Aux environs
de l’actuelle région de Toumodi, ils se scindent en deux. Les Assiè
s’intègrent à l’ensemble Anyi Morofoè, vont créer Assiè-Kumase ;
1 - Dépouillement des archives de Bouaké.
2 - Etude régionale de Bouaké, p. 27.
3 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Akakro Nzikpri, lundi, 22 avril 1990.
ISHOLA (Bio Sawe), Op. cit., p. 175.
4 - Etude régionale de Bouaké, p. 27.
5 - DAAKU (K. Y.), Op. cit., Part II, n° 4, Sefwi Wiawo, p. 104.
6 - FULLER (Sir Francis), Op. cit., p. 19.
691
tandis que les Nzikpri se fondent dans l’ensemble wawolé. A notre avis,
Nzikpri se compose de Nzi (pluriel d’Assiè) et Kpri/Kpli (gros ; grand),
autrement dit les Grands Assiè. L’un des chefs importants de la
migration Nzikpri, sera Kplé qui créera Molonou. Il était accompagné de
ses soeurs Ama Ahoue et Ama Assafo. Les Sèrè et Gokri relevaient du
grand groupe Nzikpri. Les Sèrè étaient guidés par Kouame Akafou et
son frère Kami Nian, le fondateur de Dounia. Les Sèrè étaient des
guerriers au service des chefs Nzikpri de Molonou, et avaient euxmêmes
comme guerriers à leur service les Gokri.
L’un des touts premiers villages Nzikpri dans le Ndranouan sera
Dila. Kouamé Akafou sera succédé par sa fille Kouadio Bouafo.
Kouamé Akafou a pris part à la guerre contre les Anyi Morofoè.
Kouadio Bouafo cèdera l’autorité à Nguessan Kpri Nzi frère du devin
Kouassi Assan, qui s’était distingué dans la guerre contre les Anyi. Par la
suite, Akra Alui fils de Kouadio Bouafo héritera du siège des Sèrè.
Konan Ndoli fils d’ama Assafo deviendra chef de Molonou. Les Nzikpri
du sous-groupe Nangui fondateurs de Yanguikro, étaient aussi des
guerriers au service des chefs Nzikpri de Molonou1. Bongui et Anzeme
deviendront des villages importants des Nzikpri de Molonou. Les
villages centres des Sèrè seront Ngonyakro et Kouassi Kouadiokro.
Au sein des migrants Assabou, figuraient des éléments d’origine
Denkyira, notamment les sujets d’Abili Kyimou qui dans un premier
temps, s’installèrent dans le Bas-Bandama avant d’être expulsés de là par
la reine Tano Adjo2. Les fondateurs de Toumodi-Sakassou sont des
Alanguira de la migration Assabou. Ils s’étaient installés à Kototibo.
1 - Dépouillement des archives de Bouaké.
2 - LOUCOU (J. N.), ‘’Note sur l’Etat baoulé précolonial…’’, p. 50.
692
C’est Nana Badou Bodo qui a créé Toumodi-Sakasso sur un site
précédemment occupé par les Ayaou. La reine Abraha Poku et la reine
Akua Boni, auront souvent recours à eux pour défendre les intérêts du
trône. Mais eux, les Alanguira-Assabou avaient pour mission
d’empêcher que des guerres éclatent. Le nom réel de leur village est
Tometi qui signifie ‘’défendre ma tête’’. En effet la reine Akua Boni leur
avait demandé de défendre son autorité1. Dans le cadre de cette politique,
leur groupe crée des foyers près des Faafoè, Ayaou, Ahali et des Gouro.
Dans le cadre de cette même politique, ils ont expulé les Ayaou.
Une querelle surviendra entre les Ayaou, les Asandrè et les futurs Kodè à
propos de la pêche dans la rivière Blelè. La reine Akua Boni enverra Bo
Kesse chef des Asandrè comme messager pour régler pacifiquement le
litige. Bo Kesse ceint d’un percal blanc autour de la taille, tenant un
bouquet de feuilles en signe de paix, sera cependant abattu par les
Ayaou. La reine fera alors appel à eux, les Alanguira, pour chasser des
rives du Blèlè les Ayaou. Dans la zone de Toumodi-Sakassou viendront
s’établir des gens de Kofeso, les Faso dirigés par Amon Toloubo, de
même que les sujets de Nana Koua.
Nana Koua après son installation, fera faire de vastes champs que
des moutons saccageaient. Koua s’en est plaint à Amon Toloubo qui a
rejeté sa plainte. L’affaire sera portée devant la reine Akua Boni. Alors
que Koua s’était présenté à la cour en tenue de chef, Amon Toloubo ne
portait que sa tenue en écorce d’arbre (bofouin). Amon Toloubo sera
jugé fautif par la reine, et déchargé de son autorité au profit de Koua qui,
se retira à Kofeso, à cause de la proximité de Faso le village d’Amon
Toloubo. Le groupe Kofeso et le groupe Faso relèvent du grand groupe
Tometi. Kofi Kan fils de Koua Blé Kouakou regroupera les habitants de
1 - Patrimoine, Radio-C.I, Toumodi-Sakassou, S/P de Sakassou, village wawolé Alanguira, lundi 10 avril 1995.
693
Kofeso, Faso et Tometi près de la sépulture de son père. Le nouveau
village prendra pour nom Tometi-Sakassou (Toumodi-Sakassou)1.
D’autres Alanguira-Assabou, les futurs Akpesse suivront la reine Abraha
Pokou pour s’établir dans le Ndranouan2. Ils étaient dirigés par Nana
Kouamé Djè. Dans le Walèbo, leur leader sera Konan Pokou qui les
mènera dans la région de Mbahiakro auprès des sono et des Abè (Ano
Abè). Boa Gbale un chef Akpesse créera Dominaso. Konan Pokou sera
le fondateur de Nzinziblekro. Une partie de la population de Dominaso
s’installera à Djokro et Nana Angua créera Anguakro. Le village de
Djokro sera rebaptisé Prikro-Ouellé3. Des Akpesse s’intègreront à
l’ensemble Anyi en créant le village d’Assiè-Akpesse dans le Moronou,
précisément dans la zone de Mbato. Encore une autre preuve que l’exode
wawolé assabou est le même que celui des Anyi.
L’on s’étonne que les migrants akan, considérés comme peu
nombreux, aient pu en si peu de temps occuper, un aussi vaste territoire
que celui du Wawolé actuel. Nonobstant l’apport démographique des
populations pré-wawolé, nous affirmons que les migrants akan, quand
bien même nous ne disposons d’aucune donnée chiffrée, étaient en
nombre fort considérable. L’on s’en rend compte rien qu’en énumérant
les groupes qui ont participé aux migrations alanguira puis assabou. Au
demeurant, le nom même assabou veut dire guerrier innombrable. En
outre, les migrations aïtou, asandrè et enfin ngban ne feront que
renforcer la croissance démogaphique des populations de souche akan.
1 - Patrimoine, Radio-C.I, Toumodi-Sakassou, S/P de Sakassou, village wawolé Alanguira, lundi 10
avril 1995.
2 - Patrimoine, Radio-C.I, Prikro-Ouellé, S/P de Ouellé, village wawolé Akpesse, 11 janvier 1993.
3 - Ibid.
694
1.4.- La guerre asante-bono et le peuplement aïtou
(Lomo-Awoutou)
Les traditions orales des Wawolé Aïtou, sont celles qui insistent
beaucoup sur le passage des ancêtres par la région de Kong et la
traversée du Comoé aux confins de celle-ci, venant de l’Est1. Les
traditions orales des Aïtou se trompent au sujet du monarque régnant de
Kong au moment de leur exode. Karamoko Oulé dont elles parlent, n’a
jamais été roi de Kong ; de plus il a vécu vers la fin du 19° siècle. Le
souverain de Kong au moment de l’exode des Aïtou ne pouvait qu’être
Sekou Ouattara2. Les Wawolé Aïtou du village d’Afokro disent que le
leader de leur exode se nommait Ahore Afo et est le fondateur d’Afokro.
Après le passage dans la région de Kong, ils se sont installés à
Lomokankro. Afo Ekou fils d’Ahore Afo, va organiser la zone Aïtou et
fixer les limites avec les Wawolé Agba. Afotobo un autre village aïtou a
été créé par Ahore Ekou, mais c’est Adjé Kofi qui a dirigé ses habitants
jusqu’à Lomokankro, Blèblèkongonou et Lomotinguèbo. Les Aïtou de
Nsièso ont eu pour leader d’exode Kouadio Ndoua. Ce dernier créera le
village d’Agbanhou près de Sokrobo3.
Les Aïtou à leur arrivée dans le Wawolé, ont séjourné dans le
Ndranouan puis se sont regroupés à Mantranhè une zone à l’Est de
Tiebissou4. La présence de la racine ou du préfixe lomo dans les noms
donnés aux premiers villages Aïtou de l’histoire, à savoir Lomokankro et
Lomotinguèbo, est révélateur de leur pays d’origine. En effet, lomo,
1 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Angonda (Afotobo, Nsièso), lundi 20 avril 1990.
2 - KODJO (G. N.), Op. cit., Thèse d’Etat, t. 1, p. 346, t. 2, p. 563.
3 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Angonda (Afotobo, Nsièso), lundi 20 avril 1990, Angonda
est un village issu d’un regroupement de villages walèbo et aïtou. Les anciens habitants d’Afotobo,
Nsièso, Afokro ont créé des quartiers qui portent les noms de leurs anciens villages à Angonda.
4 - Etude régionale de Bouaké, p. 27.
695
n’est autre que la prononciation en wawolé du nom Dwomo/Djomo une
composante du peuple bono. Des Dwomo vivent à Gomoa dans le Fante.
D’autres Dwomo/Djomo sont aussi les fondateurs du royaume mère de
l’Etat Nzema. Ce royaume se nommait Adjomolo (Jumore, Guiomray).
Des Aïtou/Awoutou (ce nom signifie, mélange ; hétéroclite) vivent en
Efutu dans la région de Winneba. La migration des Lomo-Aïtou est liée
à un fait historique important dans le monde akan ; la défaite du grand
royaume bono face à la confédération asante entre 1722-1723.
La source hollandaise qui fait allusion à cet événement historique
dit ceci : ‘’Les Assiantyns ont remporté une grande bataille contre un
district qui est situé derrière eux, ce district était environ trois fois plus
fort qu’eux, mais ils l’ont vaincu’’1. La date d’émission du document, à
savoir 1724 fait penser que cette guerre a eu lieu entre 1722 et 1723. Les
Lomo-Aïtou, atteignent le Wawolé certainement entre 1724 et 1725. Le
nom aïtou témoigne de leur hétérogénéïté car ils comprenaient sans
doute différents sous-groupes bono et guan. A cet égard, le sens de
plumeurs des poulets de la reine que l’on donne à Atoutou, autre
dénomination des Aïtou n’est pas du tout exacte. Atoutou dérive
d’afoutou terme akan qui veut dire réfléchir, émettre des pensées
positives. En effet, les Aïtou ont la réputation de trouver des solutions
aux problèmes complexes. C’est cela qui leur a valu le qualificatif
d’afoutou déformé en atoutou.
1 - D. G. Beus à l’Assemblée des Dix 8 janvier 1724. Wic 1067 Furley collection, cahier n° 42. Cité
par E. Terray, op. cit., Thèse d’Etat, p. 761.
696
1.5.- L’ambassade envoyée sur ordre d’Opoku Ware
et le peuplement asandrè
L’épisode de la venue de l’ambassade asandrè dans le Wawolé, a
été largement abordé lorsqu’il s’est agi dans les pages antérieures de
fixer des repères chronologiques pour appréhender la période du
peuplement assabou. Les Asandrè sont des ambassabeurs arrivés dans le
Ndranouan afin de demander au nom du roi Opoku Ware, la
réconciliation avec les Assabou et leur retour en Asante. Au sein de la
délégation asante il y avait Bo Kesse, Yeboa Asante et Kyereme Sikafo.
Finalement leur requête sera rejetée, et certains se résoudront à s’établir
eux-mêmes définitivement dans le Ndranouan1. Nous situons l’arrivée
des Asandrè autour de 1732, car la reine Akua Boni avait déjà quitté
Niamonou pour Walèbo. Or les départs du Ndranouan ont commencé dès
1730.
1.6.- La guerre de Bote (Bote Sa) et le peuplement
ngban
Le peuplement ngban est le résultat de la toute dernière migration
qui a déferlé sur le pays wawolé. Les Ngban disent les traditions orales
étaient des guerriers redoutables, en nombre fort considérable de sorte
que leur arrivée sur les bords du Comoé, a effrayé les Ano. Ils
négocieront cependant de manière pacifique leur installation. Ils se sont
installés depuis Kameleso jusqu’à Prikro en donnant corps à deux
groupes : les Ngban Bidjoso et les Ngban Yenga2. Quand une partie des
Ngban pénètre le pays wawolé, ses chefs sont accueillis à Walèbo par la
reine Akua Boni qui, leur offre un grand tambour (Klenkpli) dénommé
1 - Etude régionale de Bouaké, p. 27.
2 - DELAFOSSE (Maurice), Essai de manuel dela langue agni, p. 205.
OUATTARA Siriki, Op. cit., p. 300, 301.
DENIEL (Raymond), Op. cit., p. 207.
697
Hosorè Kôkô (l’on a peur de toi)1. Parmi les chefs de l’exode ngban, l’on
cite Akanza Johun, fondateur du siège royal des Ngban de l’Ano,
Awoura Kafou qui est mort noyé au moment de la traversée du Comoé.
Après la rencontre avec la reine Akua Boni à Walèbo, certains
ngban sont remontés vers le Nord en pays Djimini où ils ont vécu près
du rocher kpan yoboè. Ce lieu était riche en or, mais peu favorable à
l’agriculture. Ils sont donc revenus dans le Wawolé et ont séjourné à
Akpassano2. Les ngban qui ont fondé Akakro Ngban ont eu pour chef
d’exode Assemian Koa. Au cours de leurs déplacements, ils sont passés
par Ngban Yobouokro (ce village est présentement peuplé par les Ndjé),
Manarakro, Bonikro et Koabokabo. Aka Kpin l’un des successeurs
d’Assemian Koa les a amenés à Horèbo sur les bords de la rivière Talè.
Molonou Ngban est le village qui a reçu le siège de la chefferie ngban,
mais naguère c’est Akakro Ngban qui jouait ce rôle3.
Le chef Aka Kpin a amené plusieurs de ses notables comme
Kouakou Yao et Kouakou Djehou, a fonder des villags qui formeront
une ceinture sécuritaire autour d’Akakro Ngban. Afia Bandji la nièce du
chef Awoura Kafou est la personne qui mènera des Ngban à Kpan
Yoboè. Elle sera succédée par Akanza Akissi qui les ramènera à
Kpèbowoka. De ce lieu, Kouassi Nguessan, Allou Sèmou et Kouadio
Tano créent des villages. Celui de Kouassi Nguessan n’est autre que
Kpèbo Kouassi Nguessankro4. Tchin Djè le fondateur de Tchindjèkro est
petit-fils d’Afia Bandji et fils d’Afoué Tia. Les Ngban vont créer
plusieurs villages comme Assakro, Bongbossou, Gangoro, Landonou,
Kpouebo etc.
1 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Akakro Ngban, 13 août 1990, S/P de Toumodi
2 - Patrimoine, Radio-C.I, Tchindjèkro, lundi 24 août 1992, S/P de Tchindjèkro, Département de
Yamoussoukro, village wawolé ngban.
3 - Connais-tu mon beau pays ? Akakro Ngban village wawolé ngban, S/P de Toumodi, 13-08-1990.
4 - Patrimoine, Radio-C.I, Kpèbo Kouassi-Nguessankro, S/P de Tchindjèkro, Wawolé Ngban, 27-09-1993.
698
M. Delafosse n’était pas loin de la vérité lorsqu’il liait la migration
des Ngban aux invasions asante dans l’Abron Gyaman1. Ce sont plutôt
les guerres des Asante aidés de leurs alliés du Brong contre le Gonja
(pays ngbanya/ngbanye) qui l’explique. Le véritable nom des Gonja et
de leur pays est Ngbanya. Le Kitab Ghunja situe ces guerres appelées
Bote sa par les Bono de Takyiman en l’an 1145 de l’hégire autrement dit
en l’an 1732-1733 de notre ère2. Le Gonja est situé juste au Nord du
Brong. Ces guerres ont principalement touché le Gonja central. Les
Bono de Wenchi dans ce cadre ont fait une incursion chez les Dumpo
(les Dumpo sont des Guan) de Bui, cependant que la localité Dumpo
d’Old Bima était occupée par des contingents asante dirigés par le
Nsumankwahene Asabere. Les Bono de Takyiman, les Nkoranza et
même les Banda ont participé à ces guerres asante contre le Gonja3.
Les Ngban sont arrivés dans le Wawolé autour de 1735. Le
dialecte des Ngbanya, le Nganyito est un dialecte Guan. Les travaux de
Fynn ont montré que les Guan ont une langue qui s’apparente au Twi et
que leur organisation socio-culturelle, est proche de celle des Akan4. Les
Gonja tel que nommés par les Haoussa, sont appelés Kaboya/Kwaboya
par les Bono, et se nomment eux-mêmes Ngbanya. Ils habitent la région
qui va de Kintampo à Tamale5. Le lien étymologique entre Ngban du
Wawolé et Ngbanya du Gonja est plus qu’évident. Ce sous-groupe
wawolé a donc conservé son nom d’origine, qui est aussi celui du pays
1 - DELAFOSSE (M.), Op. cit., p. 205.
2 - TERRAY (E.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 768.
3 - Idem, p. 769.
4 - FYNN (J. K.), ‘’The Etsi of Ghan’’, Ghana social science, Journal, University of Legon, 1975, pp. 96-110.
GOODY (Jack), ‘’Ethnohistory and the Akan of Ghana’’, Africa, volume XXIX, n° 1, London
Oxford University, Press, January 1959, pp. 67-81, p. 75, 76.
5 - WARREN (D. M. ) and BREMPONG (K. O.), Op. cit., p. 21, 28.
699
de ses lointains ascendants ; des populations en majorité de souche
Guan1 .
Comme l’indique moult récits des traditions orales, la diffusion
tous azimuts des peuples du Wawolé dans leur espace, a commencé sous
le règne de la reine Akua Boni. Ce phénomène a donc débuté plus tôt
qu’on ne l’imagine, probablement dès 1730. Mais l’attention a été
beaucoup focalisée sur le peuplement intensif du Wawolé-Sud au 19è
siècle ; pour des raisons économiques2. Or le Bas-Bandamaa comme
nous l’avons montré, a été directement peuplé à l’aube de la fin de
l’exode.
2 – La diffusion des hommes dans l’espace wawolé
entre 1730 et le 19è siècle
La surpopulation, l’insuffisance des terres pour tous, sont les
raisons les plus évoquées pour expliquer les départs massifs du
Ndranouan à partir de 1730. Le choix de cette date, s’explique par deux
indices. C’est autour de 1735 que les Ngban sont accueillis à Walèbo par
la reine Akua Boni. Or les Assabou se sont installés dans le Ndranouan
vers 1725. La période intermédiaire entre les deux événements est bel et
bien 1730. La reine Akua Boni et les siens quittent Niamonou pour se
fixer à Walèbo près de la rivière Loka. Très vite, d’autres Agoua avec à
leur tête la princesse aka Nzan Amouin, partent de Ngbèdjo dans le
Walèbo, pour se diriger vers le Sud dans la forêt qu’ils appelleront aussi
Ngbèdjo. Ils étaient attirés par la recherche de l’or et le commerce. Ces
Walèbo au cours de leurs déplacements, occupent successivement les
1 - DAAKU (K. Y.), UNESCO Research project on oral tradition Gonja n° 1, IAS, Leong, Ghana
november 1969, p. 4, 27, 36, 63.
2 - Les travaux de J. P. Chauveau y sont pour beaucoup.
700
sites de Nguesankro, Ndabo et Kulofouèdan où est décédé Aka Nzan
Amouin. Ces Walèbo présentement vivent à Angonda1.
Les mêmes raisons économiques, vont expliquer l’accélèration
démographique du Wawolé-Sud au 19è siècle à partir du Wawolé
septentrional2. Le désir de terres nouvelles, pousse les Akpesse à quitter
Walèbo avec la bienveillance de la reine Akua Boni, pour aller s’établir
dans la région de Mbahiabkro, où ils créent Dominaso et Prikro-Ouellé.
Nous insistons sur le fait que la diffusion des hommes depuis le noyau
du Ndranouan et du Wawolé Nord en général, s’oriente dans toutes les
directions, pas seulement vers le Sud, au sujet duquel les travaux de
Chauveau ont donné tout un cachet particulier.
Peu après 1735, les Agba quittent en masse leur ancien noyau de
peuplement, Agba Onglessou, pour créer un autre presque continu le
long du Nzi. Cela ne se fera pas sans problème, car ils seront confrontés
aux Anyi Morofoè. Ces derniers désiraient aussi occuper ces terres. C’est
la raison profonde de la guerre Anyi Morofoè-Wawolé sur laquelle nous
reviendrons. La date à laquelle il faut situer cet événement est l’objet
d’une polémique. Les Agba en s’en allant, ont confié aux Ngban les
reliques de leurs ancêtres restées à Agba Kpri (Agba Kpli). Voici
l’origine de la grande alliance entre ces deux sous-groupes wawolé3.
Le chef Abraha Akpo à partir de Walèbo, conduit des Agoua à la
recherche de terres légèrement vers le Nord-Ouest. Dans un premier
temps, lui et ses sujets s’installent à Akpokoufoè sur les rives du
Bandama, mais leurs champs étaient à Kpandobo. Akpo Nguessan la
1 - Connais-tu mon beau pays ? Angonda, lundi 24 avril 1990, Radio-C.I.
2 - CHAUVEAU (J. P.), Notes d’histoire économique et sociale, Kokumbo et sa région, baoulé-sud,
Côte d’Ivoire, Paris, ORSTOM, 1979, 227 p. Travaux et documents de l’ORSTOM, n° 104.
3 - Etude régionale de Bouaké, p. 34.
701
fille d’Abraha Akpa décédera à Sayabo et sera inhumée à Walèbo. Un
chef des Ayaou appelé Allani Kouassi qui s’était placé sous la tutelle
d’Abraha Akpo, amènera ce dernier à adopter sa fille Akissi Nguessan.
Elle sera rebaptisée Akpo Nguessan en souvenir de la fille défunte
d’Abraha Akpo. Abraha Akpo et ses hommes se fixent à Béoumi (l’on
me voit) où ils donnent naissance au sous-groupe des Wawolé Kodè1.
Béoumi comprend quatre quartiers qui sont Kongoloso, Assoue Nda,
Béoumi et Kossiakro. L’accession à la chefferie est tournante, et passe
d’un quartier à un autre entre les descendants d’Abraha Akpo.
Des Alanguira, les futurs Yaourè motivés par le besoin de terres
fertiles et aurifères, se dirigent vers l’Ouest avec à leur tête Yao Ware.
Ils s’installent dans l’angle que forme le confluent du Bandama et de la
Marahoué. Les Yaourè ont rencontré les autochtones Yonin-Yonin ou
encore Namalè à qui, ils se sont imposés en leur attribuant le nom
Kangabonou (esclaves de la forêt ou de la brousse). Ces derniers
aujourd’hui, parlent un dialecte apparenté au Gouro, tandis que les
Yaourè de souche Alanguira, les Nwanyo (ce terme signifie ‘’je dis’’ en
wawolé) parlent wawolé2.
Des raisons très particulières, ont motivé les déplacements des
Goli et des Ayaou. Les premiers vivaient à Goliblénou dans le Walèbo.
Les sarcasmes qu’ils ont émis à l’endroit des Agoua du village
d’Ondukupri qui, revenant du marché de Mèbo où ils s’étaient rendus
pour se procurer du vin de palme pour les funérailles d’un enfant de la
reine akua Boni, en revenaient couvert de latérite ; sera à l’origine de
leur départ. La reine Akua Boni fera payer cher aux Goli ce crime de lèse
1 - Ibid. Patrimoine, Radio-C.I, Béoumi, S/P de Béoumi, Wawolé Kodè, l’undi 05 juin 1995,
informateur Attoungbré Kouadio Jean, chef de canton de Béoumi, Dépouillement des archives de Bouaké.
2 - HOUFFFOUE-N. Thérèse, L’exploitation de l’or chez les Yaourè de Côte d’Ivoire, Mémoire de
Licence, Faculté des Lettres, Département d’Histoire, 28 p., p. 3, 4, 5.
702
majesté en dépêchant contre eux des guerriers. Mango Alè Bodo envoit
ses sujets se réfugier à Bodokro1.
Les Ayaou ont eu des mésententes avec les Asandrè au sujet du
contrôle des pêcheries dans la rivière Blèlè. Au cours d’une altercation,
Bokesse le chef des Asandrè est tué. Les Ayaou au moment de l’exode,
faisaient parties de l’aile droite de l’armée de la reine Abraha Pokou. Or
dans le Walèbo, ils perdront cette position privilégiée auprès de la reine
Akua Boni. En effet, il y avait une lutte sourde des différents groupes
pour être les plus proches de la reine. Les Ayaou n’acceptaient pas que
leur place auprès de la reine soit mis à mal par les Asandrè, les nouveaux
venus. La tradition orale Ayaou explique le nom Ayaou par le fait que la
reine Akua Boni s’est résignée à voir s’en aller de proches sujets, donc
de voir ‘’mourir une partie de ses entrailles’’. Asi Kouame part avec une
partie des Ayaou à Kokoabo. Après négociation, il reçoit des terres de la
part des Gouro. C’est dans une rizière que les Gouro installeront Asi
Kouamé et ses hommes. Ils les appelleront pour cette raison Sadji c’està-
dire les gens de la rizière (ce terme est en Gouro).
Des Ayaou vont à Djekouahou puis Atosse d’où ils créent
plusieurs villages comme Ayaou Keklénou, Assamanbo, Akouébo,
Nanglékro. Le foyer Ayaou est à l’Ouest du Bandama, juste au-dessus
des terres Yaouré2. La volonté des Nzikpri de quitter Walèbo, n’aurait
pas été dit-on du goût de la reine Akua Boni. Cependant Kouamé Akafou
chef des Nzikpri du sous-groupe Sere, fait créer les villages de
Noumoukoussou, Yakro, Kangrassou, Kouamé Akafou kro, Djassanou et
1 - Etude régionale de Bouaké, p. 28.
Patrimoine, Radio-C.I, Bodokro, Wawolé Goli, 14-12-1992, Département de Béoumi.
2 - Au coeur de la Côte d’Ivoire, d’hui à aujourd’hui. Radio-C.I, Nanglékro, S/P de Bouaflé, Wawolé
Ayaou, 16-03-1998.
Etude régionale de Bouaké, p. 28.
703
Medjakro1. Cette diffusion des hommes ne se fait nullement dans
l’insubordination. Le système politique akan, laisse une large autonomie
aux zones et villages détenteurs de sièges de commandement par rapport
à l’autorité supérieure du monarque.
Kouamé Akafou recherchait un espace vital pour son peuple ; eu
égard aux coutumes, la reine Akua Boni ne pouvait s’opposer à cela.
D’autres chefs Nzikpri et leurs sujets avec la permission de la reine, iront
s’installer sur les terres de leur choix. Des Nzikpri s’installent dans la
zone de Toumodi et créent des villages comme Zahakro, Kouadiokro,
Akakro Nzikpri, Anikro, Toto Kouassikro, Kouamé Bonou, Dougba,
Ndoukakro. Toto Kouassi le fondateur de Toto Kouassikro venait de
Molonou. Il a reçu des terres de Kouao Niangouen un Walèbo. Anikro a
été fondé par Ani Adjé qui a reçu des terres auprès des Faafoè. De
Walèbo, des Nzikpri se répandent dans la zone de Didiévi, créent
Didiévi, Bounké, Anzenie, Nguessankro. Asè Okrogni un chef Nzikpri
fonde le village de Kplessou. Afoué Zaha sera la fondatrice de Zahakro
et Ledjoukou Kouadio le fondateur de Kouadiokro2.
Selon la tradition politique akan, le souverain a le devoir de
s’assurer que ses sujets sont pourvus en terres pour leur besoin de
survie. La diffusion des Wawolé dans leur espace, a été une politique
voulue et même encouragée par la reine akua Boni. C’est pour permettre
à ses sujets de disposer d’assez de terres que la reine Akua Boni fera la
guerre aux Anyi Morofoè, et une tentative militaire infructeuse à l’Ouest
du Bandama contre les Kouéni. Il s’agit notamment de la défaite de Baba
Ouléba (cette expression, signifie ossuaire des Wawolé en gouro)3. Le
1 - AHOUA Michel Kangha, Parcours Nzikpli ( hier une tribu, aujourd’hui un canton), Paris, Ecole
des Hautes Etudes, VIe section, 1965, 153 p., p. 11.
2 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Akakro Nzikpri (Akakro Nzikpli), lundi 22 avril 1990, Wawolé Nzikpri.
3 - Etude régionale de Bouaké, p. 34.
ARBELBIDE (C.), Op. cit., p. 6.
704
pouvoir central conscient de la pression démographique qui l’a lui-même
amené à quitter Niamonou pour Walèbo, ne pouvait que donner sa
bénédiction aux départs vers des terres nouvelles et attrayantes.
Il se peut que le cas des Nzikpri ait suscité quelques réticences, vu
la place de ces derniers dans la puissance militaire de l’Etat wawolé de
Walèbo. Les Nzikpri avaient la réputation d’être de vaillants guerriers au
service du pouvoir royal. Dans la même foulée de cette diffusion des
Wawolé, des Faafoè quittent le Ndranouan, pour s’établir dans la zone
de Bouaké. Les dirigeants Faafoè du clan Agoua s’installent à Gossan y
fondant Kanoukro, Gbekekro et Kouassiblékro. Le Fari (Fali) fondent
Boblenou leur centre de dispersion, mais établissent leur chef-lieu à
Konankankro. Celui des Prepressou (Kplekplessou) est placé à
Kahankro. Les Gouamessounou se réfugient dans un premier temps dans
l’Ano, d’où certains reviennent faire la paix avec les chefs Faafoè qui,
les autorisent à s’installer sur le site de l’actuelle gare de Kan1.
Des Faafoè essaiment dans le Wawolé-Sud, y créant Kokumbo et
vingt autres villages2. Les chefs faafoè du Gossan ont tant bien que mal
maintenu sous leur férule, une certaine cohésion politique dans
l’ensemble faafoè. Cela a fait dire qu’une véritable dyarchie politique a
eu cour dans le Wawolé, avec d’un côté la confédération walèbo, et de
l’autre, la confédération faafoè3. Certes l’autorité des dirigeants faafoè
du Gossan dans leur zone était incontestable, jouissant eux-mêmes d’une
large autonomie politique, surtout qu’ils appartenaient à une branche
1 - Etude régionale de Bouaké, p. 43.
2 - Ibid.
LOUCOU (J. N.), ‘’Note sur l’Etat baoulé précolonial…’’, p. 52.
CHAUVEAU (J. P.), ‘’Société baule précoloniale et modèle segmentaire. Le cas de la région de
Kokumbo’’, Cahiers d’Etudes Africaines, Mouton volume XVII, cahier 4, pp. 415-434.
3 - LOUCOU (J. N.), Op. cit., p. 42.
705
cadette du clan royal Agoua. Cependant, ils reconnaissaient le droit
d’aînesse de Walèbo et donc sa préséance.
Les Nanafoè qui s’étaient installés dans la région de tiébissou
(Tiewissou) venant du Bas-Bandama, se répandent à nouveau dans le
Wawolé-Sud, y créant vingt deux villages. Le deuxième successeur
d’Akua Boni, le roi Kouamé Toto pour mettre fin aux querelles
intestines entre les Nanafoè au 19è siècle, leur envoit le guerrier Boni
Kyim, un descendant des anciens chefs Nanafoè de l’exode. Grâce à
l’autorité de ce dernier sur les Nanafoè du Sud, son village Attiegouakro
(Attiebouakro) deviendra leur chef lieu1. Sa présence sécurisante attirera
de nombreux Nanafoè dont l’aire de peuplement désormais, s’étirera
entre Tiébissou et le Bandama.
Les Aïtou ont créé une trentaine de villages dans le Wawolé-Sud.
Leur essaimage a donc été très important. Matranhè sera leur centre de
dispersion et c’est de là, qu’ils créent Lomokankro puis Lomotinguèbo
leur chef lieu. Les Aïtou dans le Wawolé-Sud fondent Agbahou,
Afotobo, Afokro, Nsièso, Konan Kokorèkro etc. et placent leurs limites
territoriales avec les Agba sur la rivière Orogo. Des Gbomi partiront de
Gbofia dans la région de Tiébissou sous la conduite de Nguessan Bilé,
avec l’idée de faire fortune dans la région de Toumodi. Ils désiraient
régler des dettes familiales énormes. Ils créeront un autre Gbofia dans le
Wawolé-Sud en souvenir de leur village d’origine. C’est Oufoué Djè le
chef Nanafoè de Djèkro qui leur a cédé des terres. Nguessan Bilé et ses
hommes l’ont aidé à combattre les Aïtou. Ce sont des conflits de terre
qui opposaient les Nanafoué de Djèkro aux Aïtou. La sécurité que
procurait la présence de Nguessan Bilé et de ses hommes, a attiré la
1 - Etude régionale de Bouaké, p. 43.
CHAUVEAU (J. P.), ‘’L’image de l’agriculture baoulé (C.I.) et les développeurs référence
précoloniale et réalités historiques’’, Economie rurale n° 147, janvier-mars 1982, pp. 95-101, p. 98.
706
venue de Nanafoè et de Gbomi venus de la région de Tiébissou, qui
fondent Yablékro, Kouyi et Kougbou. L’ancêtre de Nguessan Bilé se
nomme Assamoa Boni Loukou et est le fondateur de Gbofia dans la
région de Tiébissou1.
Malan Ndri frère de Malan Kpandji mène des Sa depuis le
Ndranouan jusqu’aux rives du Bandama où, il fondent plusieurs villages
comme Gbelissou, Anokro, Subiakro et Broukro. Ils seront dit-on
appelés Akouè parce qu’au moment de leur installation, l’épouse du chef
attendait un enfant2. Le sous-groupe Akouè va grossir avec l’arrivée de
Faafoè, sujets du chef Kouamé Dio, fondateur de Diokro et de ceux du
chasseur Nguetta originaires de Djamlabo3. Nous pensons que le nom
Akouè dérive de kouen qui signifie affrontement, guerre. En effet les
Akoué ont fait une guerre intensive aux Gouro pour occuper l’espace qui
est le leur. Des Akoué créeront Kossou à partir de Gbelissou4.
Des Ahali partent du Ndranouan, se dirigent vers l’Est,
s’établissent au Sud de la colline Lanso, créent Kouadiakro, Brobo et
d’autres, le futur groupe sono ; s’installent dans la région de Mhabiakro.
Des Sa dont les chefs sont des fils de Moo Tenin ont créé venant de
Walèbo, plusieurs villages dans la région de Toumodi. Entre autres,
Mougnan, Kankro, Ndenzu. Sur proposition de Nana Aboa, ils occupent
des points stratégiques pour rester maîtres de leurs terres vis-à-vis des
Kouéni qu’ils ont expulsé de la région, mais aussi des autres groupes
wawolé. Ils fixent donc leurs limites avec les Faafoè à Kouloukoubo5.
1 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Gbofia, S/P de Toumodi, lundi 22 avril 1990.
2 - Compte rendu de la sortie du 25-27 février à Subiakro par les étudiants de la 2e année de Duel
(1976-77), Kasa Bya Kasa, pp. 95-113, p. 96.
3 - Compte rendu de sortie du 24-26 février 1979 à Diokro par les étudiants de la 1ère année de Duel
(1978-79), p. 70, 71. Enquête ethnographique à Ngattakro, S/P de Yamoussoukro par les étudiants
de Duel I (1976-77), Kasa Bya Kasa, IES, février 1981, pp. 57-69, p. 58.
4 - Patrimoine, Radio-C.I, Kossou, 2-11-1996.
5 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I., Mougnan S/P de Toumodi, lundi 22 avril 1990.
707
Les Ngban ont fondé environ treize localités dans le Wawolé-
Sud1. Il faut retenir que la diffusion des hommes dans l’espace wawolé
entre 1730 et le 19è siècle, s’est faite dans une atmosphère de
compétitions parfois conflictuelles. D’où les nombreuses escarmouches
entre sous-groupes wawolé relevées ici et là. Il y aura des escarmouches
entre Yaourè et Nanafoè, entre Nanafoè et Agba, entre Nzikpri et Agba,
entre Walèbo et Sa, entre Nanafoè et Aïtou etc.2 Les Nzikpri disent avoir
empêché les Walèbo et les Faafoè de s’établir sur leurs terres même
vacantes, les réservant pour d’autres Nzikpri3.
L’apparition du fait de l’essaimage des populations dans le nouvel
espace, de chefferies avec situation de pouvoir local4 n’est nullement
surprenant. Cela entre dans le cadre normal de l’autonomie très large
accordée aux régions, dans le système politique akan. Dans le Wawolé,
cette autonomie se concrétisa par les Akpassoua, entités politiques et
territoriales s’exerçant sur des hommes et qui s’appuient sur des sièges
ancestraux. Malgré la territorialité et l’autonomie, une hiérarchie subtile
existait. En effet, chaque sous-groupe en son sein en avant dernier
recours, s’en référait à son chef lieu. Pour les Nanafouè du Sud, c’était
Attiégouakro, pour les Ngban, c’était soit Akakro Ngban ou Molenou,
pour les Aïtou, c’était Lomotinguebo, pour les Faafoè Kouassiblékro etc.
Au sommet de la pyramide, était le pouvoir de Walèbo auquel l’on
s’adressait en dernier recours, ce qui était rare. Il arriva que la reine
Akua Boni nomme des représentants auprès des pouvoirs locaux, comme
elle le fit en imposant aux Wawolé du groupe Tometi, Koua en lieu et
place d’Amon Touloubo. Ces pouvoirs locaux ont-ils été la cause ou la
1 - LOUCOU (J. N.), Op. cit., p. 52.
2 - Etude régionale de Bouaké, p. 43.
3 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Akakro Nzikpri, lundi 22 avril 1990.
4 - CHAUVEAU (J. P.), ‘’Société baoulé et modèle segmentaire’’, Cahier d’Etudes Africaines 68,
XVIII (4) 1978, pp. 415-434, p. 428.
708
Carte n° 24
709
conséquence de la déliquescence du pouvoir royal de Walèbo ? Ni l’un,
ni l’autre, car la conception politique chez les Akan, veut que chaque
groupe tienne son essence existentielle des sièges de commandements,
des lignages, ou des ensembles familiaux. Dans le Wawolé, l’ensemble
familial est l’Aoulobo ; il comprend outre la lignée des ancêtres
fondateurs, les dépendants par adoption, les enfants des hommes et les
personnes d’origine servile et leurs descendants. Aoulobo veut
littéralement dire ‘’sous la cour’’, autrement dit à l’ombre de la cour.
Donc les sous-groupes wawolé, ne pouvaient que s’en remettre
d’abord et avant tout à leurs chefs respectifs. C’est pour respecter cette
logique que le roi Kouamé Toto pour régler les conflits internes entre
Nanafoè, délègue Boni Kyim un légitime descendant des chefs de
l’exode de ce groupe pour régner sur eux. Le tout dernier recours restait
bien entendu le détenteur du trône walèbo. Walèbo désignait le domaine
royal, c’est-à-dire les terres directement administrées par le roi. Le
véritable fondateur de Sakassou est le roi Kouakou Djè, successeur,
immédiat de sa mère, la reine Akua Boni. C’est l’inhumaiton de celle-ci
en cet endroit, qui l’a amené à adopter le nom Sakassou (le lieu de la
sépulture) pour nommer la cour royale et ses environs. La soeur de
Kouakou Djè, la princesse Adjoua Yéboué va fonder la localité de
Manhounou. Il y aura alors alternance du pouvoir entre les membres du
lignage royal Agoua à Sakassou et à Manhounou.
L’Etat de Walèbo a fortement contribué à l’unité du Wawolé et à
l’existence d’une conscience ethnique chez ces groupes hétéroclites qui
l’ont composé et le compose encore. Le royaume Elomouen et la
chefferie Suamenle ont été créés concomitamment à celui de Walèbo.
Mais, l’expédition d’Adjé Boni a permis à la reine Akua Boni de les
incorporer dans sa sphère de domination. Le prestige d’Akoua Boni a été
710
grand, la diffusion des hommes dans toutes les directions y compris dans
le Wawolé-Sud, s’est fait avec sa bénédiction et même ses
encouragements. Elle a instauré la sécurité dans le Bas-Bandama en
mettant fin à l’état de guerre endémique que les Suamenle faisaient
régner. Certains Suamenle, vont se réfugier en plein milieu Dida, où, ils
donneront naissance au groupe Mamini1. Akua Boni a rassemblé les
forces militaires wawolé pour mettre un terme aux infiltrations des Anyi
Morofoè sur ses terres. Elle n’a jamais ressenti les pouvoirs régionaux
créés conformément aux traditions politiques akan comme une défiance
à son autorité.
Cependant quand cela était nécessaire, elle brisait par la force les
insubordinations. Elle aura recours aux Kodè pour mater la rébellion des
Sa de Salegele2. Elle chargera Kouao Gnanguè et Bouassi Pri deux
originaires d’Arrah, de mettre fin aux troubles que semaient les
Ananfofoè dans la région de Toumodi3. Quand le chef d’Akawa,
Akpedrin Malan refusera de lui remettre une partie des armoiries du
trône, Akua Boni le fait décapiter par le devin Asoa Kouamé au cours
d’une expédition lancée par les guerriers de Walèbo4. Akoua Boni a eu le
souci de pourvoir ses sujets en terres cultivables, pour résoudre le
surpeuplement du Ndranouan. Après son règne, il n’eut plus une cause
qui suscita une mobilisation générale de l’ensemble des Wawolé.
L’absence de sollicitation du pouvoir central par les pouvoirs régionaux,
explique la dégénérescence progressive de l’Etat wawolé de Walèbo. Le
roi Kouakou Djè pendant son règne, disposait de notables fidèles dans
tout le wawolé que l’on appelait Djèfoè (les gens de Djè)5.
1 - Etude régionale de Bouaké, p. 29, 32.
2 - Patrimoine, Radio-C.I, Béoumi, lundi 05 juin 1995.
3 - Pays profond, Radio-C.I, 14-06-1995, Toumodi-Sakassou. L’on rencontre les Ananfo dans l’Abron
Gyaman.
4 - Patrimoine, Radio-C.I, Akawa, lundi 16-12-1996.
5 - Patrimoine, Radio-C.I, Kpèbo Kouassi Nguessankro, 27 septembre 1993, S/P de Tchindjèkro.
711
Ce que l’on a appelé un processus d’émiettement du pouvoir
central a été en réalité une politique voulue, suscitée par Akoua Boni.
Quand les Anyi ont failli y faire obstacle, elle est intervenue
énergiquement. La tutelle est avant tout une alliance, qui se concrétise
dès que le besoin s’en ressent, comme dans le cas de la guerre contre les
Anyi Morofoè. La cause de celle-ci a été la lutte pour le contrôle des
terres aurifères des régions de Toumodi, de Dimbokro et des terres
fertiles sur la rive Ouest du Nzi. Les Anyi Assiè, Alangoua, Ahali et
Essandane y créeront des implantations qui visiblement gênaient les
Wawolé Agba et Nzikpri désireux aussi de s’établir dans ces régions1.
L’essaimage des Anyi Morofoè à partir de leurs tout premiers
villages ; Kassiandagoabo, Adi Brobo, Elubo, Wawanou, Assalewanou,
Eblie, Abi Kouassi Kulo etc., se fera à un rythme rapide. Ils se répandent
entre le Kan et les collines de Toumodi, vers Didiévi, Bocanda puis à
l’Est et au Sud du Nzi. D’autres s’aventurèrent même dans la région de
Bouaké, créant des villages voisins de localités wawolé2. Cela, au
moment même où les Wawolé éprouvent aussi le besoin d’essaimer, et
que déjà les Agba ont amorcé leur descente vers le Sud. La rencontre des
deux désirs d’essaimer, explique la guerre Anyi Morofoè-Wawolé. Le
‘’casus belli’’ est né de deux événements. D’une part, l’incursion des
Anyi Sawua (Sawoua) à Tiassalé où ils s’emparent de richesses et de
captifs3, et d’autres part, les attaques fréquentes d’Akatia, chef guerrier
de Boa Badjo contre les villages wawolé. La contre offensive des
Wawolé est fulgurante. Les Anyi Morofoè sont vaincus et des
prestigieux chefs de leur exode, sont tués ou faits prisonniers. C’est
quand la reine Akoua Boni sera informée des agissements des Anyi
1 - MBRA EKANZA (S. P.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 140, 141, 144, 145, 150.
2 - Etude régionale de Bouaké, p. 32, 34.
3 - Ibid.
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Morofoè à l’endroit de ses sujets, qu’elle décidera de la riposte, après
avoir rassemblé des guerriers venus de tout le Wawolé. Leur nombre
était donc considérable1. D’après Michel Prescay la date de ce conflit
serait 1780, cependant que Kouamé Aka propose la période qui va de
1760 à 1770. S. P. Mbra Ekanza situe cette guerre entre 1770-1780 et J.
N. Loucou la place en 17852. Aucune de ces dates proposées ci-dessus
ne rencontrent notre adhésion. En effet, nous avons pu établir grâce aux
sources hollandaises, que la migration des Anyi tout comme celle des
Wawolé Assabou a commencé en 1721. Or cette guerre a été faite par les
membres de la génération de l’exode. En outre, c’est lorsque les Agba
cèdent la région d’Agba Onglessou aux Ngban arrivés dans le Wawolé
vers 1735 ; et qu’ils se dirigent vers les rives du Nzi et vers le Sud, qu’ils
sont confrontés à l’obstacle anyi. La période probable de la guerre anyi
morofoè-wawolé, se situe entre 1736 et 1740.
L’un des corollaires de l’essaimage, fut le brassage humain à
grande échelle qu’il entraîna entre les différents sous-groupes wawolé. A
titre d’exemples, des Walèbo, Ahali et Agba se sont installés dans le
Yaourè, attirés par l’exploitation de l’or. Des Ndjè de Bocanda se sont
fixés à l’Ouest de Dimbokro. Dans la zone de Bocanda, des Ahali créent
le village d’Ahali Kohenzikro, des Goli créent le village de Goli. Des
Ngban se sont établis parmi les Kodè, des Agba sont allés chez les Ahali,
et des Aïtou chez les Ngban, en y créant le village de Nkankro. Des
Kodè et Walèbo se sont installés parmi les Goli, des Walèbo parmi les
Aïtou, des Yaourè dans le Katienou et chez les Ahali3. Des Walèbo
s’installeront à Broubrou dans la région de Tiassalé.
1 - DIABATE (H.), Op. cit., Thèse d’Eat, p. 362, 363, 376.
2 - KOUAME Aka, Op. cit., p. 45, 46, 48.
MBRA EKANZA (S. P.), Op. cit., Thèse d’Etat, p. 125, 126, 127.
LOUCOU (J. N.), ‘’Note sur l’Etat baoulé précolonial…’’, p. 50.
3 - Etude régionale de Bouaké, p. 43.
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Au 19° siècle, l’intense circulation des hommes en quête de
fortune, souvent des jeunes hommes ambitieux, vont partout dans le
Wawolé faire du commerce1. Il y aura au sein du Wawolé, l’absorption
et la phagocytose d’éléments de peuples déjà constitués. Des Anyi
Elusofoè du Ngatianou vont s’installer à Ananda en pays Wawolé. Des
Anyi Ndenian, sans doute des membres du clan Adifè s’installent chez
les Kodè, Goli, Satrikan et Bro. Des Anyi Amantian pendant le règne du
roi des Elomouen Andjibi Tiendie viendront s’établir dans la région de
Tiassalé. Ils étaient dirigés par Ettien Komlan et aideront les Battrafoè de
Niaba à repousser une attaque des Abidji (Enyembe-Ogbrou). Ces
Amantian vont créer les villages de Morokro, Kondjèbouman et
Koyekro2. Des Alangoua et des Denkyira vont s’associer sous la
direction de Mian Kadjo pour créer dans la région de Tiassalé les
villages de Binao, Botendè et Broubrou3.
Les nombreux brassages humains dans le Wawolé, vont renforcer
la conscience ethnique, le sentiment d’être wawolé restera fort au-delà
des sous-groupes, reflets de l’histoire du peuplement.
1 - Etude régionale de Bouaké, p. 43.
2 - Connais-tu mon beau pays ? Radio-C.I, Kondjèbouman, Anyi amantian, S/P de Tiassalé 21-01-
1991.
3 - Ces Alangoua et Denkyira venaient de la zone d’Alangoua Ewiawoso.
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